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À Brest, l'influenceur algérien « Zazou Youcef » interpellé alors qu'il était frappé d'une OQTF et interdit du territoire

Par Roman Thill

Youcef Aziria, condamné en 2025 à 18 mois de prison ferme pour apologie du terrorisme, a été interpellé à Brest dans la nuit du samedi 12 au dimanche 13 septembre 2026, alors qu'il était assigné à résidence en région parisienne.

À Brest, l'influenceur algérien « Zazou Youcef » interpellé alors qu'il était frappé d'une OQTF et interdit du territoire

Il avait été condamné à dix-huit mois de prison ferme, frappé d'une obligation de quitter le territoire français en 2024, puis d'une interdiction du territoire de dix ans. Et pourtant, c'est dans les rues de Brest que Youcef Aziria, alias « Zazou Youcef », a de nouveau été interpellé dans la nuit du samedi 12 au dimanche 13 septembre 2026, rapporte Le Télégramme. L'influenceur algérien, suivi par plus de 400 000 personnes sur son compte TikTok à l'époque des faits, avait été aperçu quelques jours plus tôt dans la cité du Ponant par plusieurs témoins, alors même qu'il était censé être assigné à résidence en Île-de-France.

Le dossier est lourd. Originaire de Mostaganem, ce jeune père de famille avait été interpellé une première fois à Brest, en janvier 2025, dans le quartier de Bellevue. Le 24 février suivant, le tribunal judiciaire de Brest le condamnait à dix-huit mois de prison ferme pour apologie publique d'un acte de terrorisme et provocation à la violence, des infractions commises sur son compte TikTok. La peine était assortie d'une interdiction du territoire français de dix ans. La cour d'appel de Rennes a intégralement confirmé cette condamnation le 20 juin 2025. L'homme a purgé sa peine à la maison d'arrêt de Ploemeur, dans le Morbihan.

Une OQTF qui n'a jamais été exécutée

Voilà le point qui mérite qu'on s'y arrête. L'OQTF, prononcée et notifiée en 2024, n'a jamais débouché sur un éloignement effectif. L'interdiction du territoire, prononcée par deux degrés de juridiction, n'a pas davantage été suivie d'effet concret puisque l'intéressé, à sa sortie de prison, a été assigné à résidence en région parisienne. Un étranger condamné pour apologie du terrorisme, dont la présence en France est légalement indésirable, reste donc sur le sol national, sous un régime de contrôle dont on mesure aujourd'hui l'efficacité : il a quitté sa zone d'assignation pour revenir précisément à Brest, là où il avait été arrêté la première fois.

Ce n'est pas un cas isolé, et c'est bien là le problème. Les OQTF non exécutées sont depuis des années un angle mort de la politique migratoire, régulièrement documenté par les rapports de la Cour des comptes et dénoncé par l'ensemble de la droite. Mais lorsque l'intéressé est non pas un migrant anonyme, mais un homme condamné pour apologie d'actes terroristes devant des centaines de milliers d'abonnés, la défaillance cesse d'être administrative pour devenir un sujet de sûreté. Difficile d'y voir autre chose qu'une impuissance de l'État, organisée par ses propres règles : quand l'expulsion est impossible en pratique, on assigne ; quand l'assignation n'est pas respectée, on interpelle ; et le cycle recommence.

De retour sur TikTok cinq jours après sa sortie

L'autre enseignement de cette affaire tient au profil de l'intéressé. Selon Le Télégramme, Youcef Aziria avait repris ses publications sur TikTok dès sa sortie de détention, sur un compte créé cinq jours auparavant et qui comptait déjà près de 6 000 abonnés. « Je viens de sortir de prison. J'ai plein de trucs à faire et plein de choses à régler », déclarait-il dans une vidéo diffusée dans la nuit de mardi à mercredi, s'exprimant principalement dans sa langue natale.

La scène a de quoi interroger. Un homme condamné pour avoir diffusé l'apologie du terrorisme sur les réseaux sociaux retrouve, sitôt libéré, une plateforme et une audience. Les peines prononcées (prison ferme, interdiction du territoire) n'ont pas altéré sa capacité de nuisance numérique. Cela pose une question que le législateur a jusqu'ici traitée avec une mollesse remarquable : la condamnation pénale peut-elle durablement priver un individu de sa tribune numérique, quand la création d'un nouveau compte prend cinq minutes ? Pour les victimes du terrorisme, la réponse actuelle tient en un constat : non.

Une assignation à résidence facilement contournée

Reste la question du contrôle. Assigné à résidence en Île-de-France, l'homme a pu se rendre à Brest, y être vu par plusieurs témoins, y rester plusieurs jours, avant d'être interpellé. Les forces de l'ordre ont fait leur travail, et rapidement une fois l'alerte remontée. Mais le dispositif lui-même montre ses limites : sans contrôle effectif et rapproché, l'assignation à résidence repose sur la bonne volonté de l'assigné. Dans le cas d'un profil comme celui-ci, c'est un pari que la sécurité publique ne devrait pas avoir à courir.

La justice doit désormais trancher la suite de la procédure : Youcef Aziria sera-t-il déféré à Brest ou en région parisienne ? Au-delà de cette question de procédure, l'essentiel se joue ailleurs. Tant qu'une OQTF et une interdiction du territoire prononcées contre un homme condamné pour apologie du terrorisme resteront des mesures sans exécution, ce genre d'affaire se reproduira. L'État de droit n'est fort que si ses décisions s'appliquent. Sur ce point précis, l'affaire Aziria est moins une anecdote bretonne qu'un symptôme national.

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