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Immigration

Quimper : un Algérien en situation irrégulière condamné à deux ans ferme pour un coup de couteau à son hébergeant

Par Roman Thill

Un Algérien de 30 ans, en situation irrégulière, a été condamné vendredi 11 septembre 2026 à deux ans de prison ferme et à une interdiction définitive du territoire pour avoir blessé au couteau l'ami qui l'hébergeait à Quimper, dans la nuit du 7 septembre.

Quimper : un Algérien en situation irrégulière condamné à deux ans ferme pour un coup de couteau à son hébergeant

Les faits remontent à la nuit de dimanche à lundi, vers 1 heure du matin, à Quimper (Finistère). La police récupère sur le parking de l'hôpital un homme blessé d'un coup de couteau à l'oreille. Son récit est immédiat : celui qu'il héberge, un ami de longue date, vient de l'agresser après une dispute en ville. « Il m'a coupé la tête », décrit-il au téléphone. Bilan médical : quatorze points de suture et dix jours d'interruption totale de travail.

L'agresseur présumé, Abderrahmane Hatto, est un ressortissant algérien de 30 ans, en situation irrégulière sur le territoire français. Au moment des faits, il était ivre et sous l'emprise de cocaïne, comme le rapporte Ouest-France. Jugé vendredi 11 septembre 2026 en comparution immédiate devant le tribunal correctionnel de Quimper, il a choisi la ligne de la dénégation totale.

« C'est moi la victime »

Droit dans le box, l'accusé n'a rien reconnu. « Je suis victime ! », a-t-il lancé à l'audience, par la voix d'une interprète. Son ami, qu'il décrit comme « un frère », aurait selon lui été menacé par une « bande d'Albanais » et l'aurait « sacrifié » pour couvrir cette affaire. « Pourquoi je vais lui mettre un coup de couteau alors qu'on est frères ? », a-t-il martelé, avant de renvoyer la responsabilité de son état à l'alcool.

La stratégie est classique, mais elle bute ici sur un faisceau d'éléments matériels. Un appel, la vidéosurveillance et un témoin : la procureure les a alignés méthodiquement pour établir qu'il n'y avait « pas de doute sur la culpabilité de monsieur ». Elle a surtout souligné le « positionnement » du prévenu, révélateur à ses yeux d'« une absence totale de prise de conscience de la gravité des faits ». Elle a requis dix-huit mois de prison avec maintien en détention, assortis d'une interdiction définitive du territoire français.

Pour la défense, Me Vincent Lauret a contesté la valeur des déclarations de la victime, absente à l'audience : « S'il y en a un qui est un menteur absolu, c'est lui. La culpabilité doit reposer sur des éléments objectifs, des preuves », a plaidé l'avocat en requérant la relaxe.

Une condamnation plus lourde que les réquisitions

Le tribunal, présidé par Loïc Waroux, n'a pas suivi la défense. Abderrahmane Hatto a été condamné à deux ans de prison ferme, sans aménagement de peine, soit au-delà des réquisitions du parquet. L'interdiction définitive du territoire français a été prononcée, mesure rare dans sa version perpétuelle et qui traduit la gravité retenue par les juges.

Sur le plan judiciaire, le dossier est donc exemplaire de célérité : quatre jours entre les faits et la condamnation, une peine supérieure aux réquisitions, un maintien en détention effectif. La chaîne pénale, souvent critiquée pour sa lenteur et son embouteillage, a ici fonctionné comme le droit le permet.

Reste la question que posent immanquablement de tels faits divers, et qu'on ne peut plus balayer d'un revers de main : celle de l'exécution. Abderrahmane Hatto se trouvait en situation irrégulière, hébergé par un compatriote, au moment où il a planté son couteau dans l'oreille de celui qui lui ouvrait sa porte. L'interdiction définitive du territoire est une décision de justice solennelle, mais son effectivité à la sortie de peine dépendra d'une chaîne administrative et diplomatique dont on connaît les fragilités, en particulier avec l'Algérie, qui rechigne régulièrement à délivrer les laissez-passer consulaires nécessaires aux reconduites. Les relations franco-algériennes, tendues de longue date sur la question des visas et des éloignements, ne plaident pas pour un optimisme béat.

Hospitalité trahie, statut de victime revendiqué

Il y a aussi, dans ce procès, quelque chose qui dépasse le seul fait divers. Un homme héberge gratuitement un ami d'enfance dépourvu de titre de séjour. Cet ami, alcoolisé et sous cocaïne, le blesse gravement, puis se présente à la barre en victime d'un complot albanais. L'inversion des rôles n'a convaincu personne dans la salle d'audience, mais elle illustre une forme de déni qui est devenue une figure récurrente des audiences correctionnelles : ne rien reconnaître, accuser un tiers, s'affubler du statut de victime.

À Quimper, la justice a tranché vite et fermement. C'est le moins que l'on puisse attendre d'elle, et il faut le noter. La suite, celle qui se jouera dans deux ans à la porte de la prison, relèvera d'une autre volonté : celle de l'État, face à Alger, de faire exécuter ce que ses tribunaux prononcent.

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