Nice : Christian Estrosi visé par une enquête pour détournement de fonds publics après le signalement d'Eric Ciotti
Par Dimitri Scudo
Le parquet de Nice a ouvert fin août une enquête pour détournement de fonds publics visant l'ancien maire Christian Estrosi, après un signalement de son successeur Eric Ciotti portant sur plus de 312 000 euros de frais de représentation remboursés sans justificatif entre 2016 et 2025.
Le parquet de Nice a ouvert une enquête pour détournement de fonds publics visant Christian Estrosi, ancien maire de la ville, à la suite d'un signalement transmis par son successeur à la mairie, Eric Ciotti. L'affaire porte sur plus de 312 000 euros de frais de représentation remboursés sans justificatif entre 2016 et 2025, une somme d'abord mise en lumière par l'association Transparence citoyenne, qui avait déposé plainte. Le procureur de la République de Nice, Damien Martinelli, a confirmé mercredi 16 septembre l'ouverture de cette procédure, confirmant une information de Nice-Matin.
Voilà un dossier qui dépasse la simple querelle de clocher niçoise. Quand une collectivité rembourse, pendant neuf ans, des notes de frais sans exiger la moindre pièce comptable, ce n'est pas seulement l'élu qui est en cause : c'est toute une chaîne de contrôle qui a visiblement renoncé à fonctionner.
Une chronologie qui dit beaucoup
Le déroulé des faits est désormais établi. Peu après son arrivée à la mairie en mars, à l'issue d'une triangulaire remportée sous la bannière Union des droites pour la République-Rassemblement national après trois mandats de Christian Estrosi, Eric Ciotti a sommé son prédécesseur et rival de produire les justificatifs manquants. Devant l'absence de réponse satisfaisante, il a transmis fin juillet un signalement au parquet au titre de l'article 40 du code de procédure pénale. L'enquête a été ouverte fin août.
Interrogé dès 2025 sur ces frais de représentation, Christian Estrosi avait assuré qu'il s'agissait « exclusivement de repas avec des investisseurs », des personnalités du monde de l'économie ou de la culture, destinés à faire avancer les dossiers de la ville et de la métropole. L'explication peut se défendre sur le fond : un maire de grande ville reçoit, déjeune, démarché. Mais elle se heurte à un principe que n'importe quel entrepreneur ou contribuable applique chaque jour : une dépense engagée avec de l'argent public se justifie. Point. Neuf années sans justificatifs, cela ne relève plus de l'oubli administratif, mais d'une pratique installée.
L'avocat de l'ancien maire n'a pas réagi dans l'immédiat. Rappelons, car la rigueur l'impose, que Christian Estrosi n'a été mis en examen dans aucune des procédures qui le concernent, et qu'il bénéficie à ce stade de la présomption d'innocence.
Le voisinage avec le pouvoir ne protège plus
Christian Estrosi fait déjà l'objet de plusieurs autres enquêtes, dont une portant sur la gestion de la reconstruction dans sa collectivité. Ce n'est pas un détail : cela dessine un environnement judiciaire de plus en plus dense autour d'un homme qui fut l'un des piliers régionaux de la droite avant de rejoindre Horizons et l'orbite macroniste.
C'est là que l'affaire prend une dimension proprement politique. Pendant des années, la proximité avec le pouvoir central a fonctionné comme un bouclier symbolique pour nombre d'édiles locaux : qui aurait osé regarder de trop près les comptes d'un maire courtisé par l'Élysée ? Ce temps-là semble révolu. Et c'est une bonne nouvelle pour la probité publique, quels que soient les calculs du signaleur.
Car il faut être lucide : Eric Ciotti n'a évidemment rien d'un acteur désintéressé. Le signalement sert sa victoire, verrouille sa légitimité et enterre un peu plus un rival qu'il a battu dans les urnes. Une droite sérieuse doit le voir. Mais elle doit voir aussi que la démarche, elle, est impeccable : demander les pièces, attendre, puis saisir le parquet selon la voie prévue par le code de procédure pénale. C'est exactement ce qu'on attend d'un exécutif local soucieux de l'argent des contribuables. Si le geste profite politiquement à son auteur, c'est d'abord parce que le fond lui donne raison.
Un test pour la parole de la droite
Reste la somme : 312 000 euros de frais de représentation sans justificatif, sur neuf ans. À l'échelle d'un budget municipal comme celui de Nice, ce n'est pas colossal. À l'échelle du discours que la droite tient depuis des décennies sur la rigueur budgétaire et la bonne gestion des deniers publics, c'est un test de crédibilité. On ne peut pas dénoncer le laxisme comptable des collectivités de gauche et fermer les yeux sur des pratiques analogues quand elles émanent d'un homme longtemps classé dans son camp.
L'enquête dira ce qu'il en est juridiquement. D'ores et déjà, elle rappelle une règle que la droite ferait bien de revendiquer haut et fort : l'argent public n'est pas l'argent de l'élu, et la justification des dépenses n'est pas une option réservée aux autres.
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