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Tee-shirt de soutien à Ceuta : Mbappé justifie son geste par "une pensée" pour les migrants morts

Par Roman Thill

Kylian Mbappé a expliqué pourquoi il n'avait porté que partiellement, mardi à Elche, le tee-shirt de soutien aux habitants de Ceuta, ville espagnole en crise migratoire, évoquant "une pensée" pour les migrants ayant perdu la vie.

Tee-shirt de soutien à Ceuta : Mbappé justifie son geste par "une pensée" pour les migrants morts

Un geste qui a fait polémique avant les explications

Depuis mardi soir, la polémique enflait en Espagne et au-delà. Lors de l'entrée des joueurs avant la rencontre entre Elche et le Real Madrid, Kylian Mbappé, Vinicius et Ibrahima Konaté n'avaient porté que partiellement le tee-shirt de soutien aux habitants de Ceuta, ville autonome espagnole confrontée à une crise migratoire. Le message de solidarité était ainsi en partie caché, et le geste n'a pas manqué d'être relevé par les journalistes comme par plusieurs responsables politiques espagnols.

Mercredi soir, l'attaquant français a choisi de s'expliquer via une déclaration adressée au quotidien AS. « La première chose que je tiens à dire, c'est que je suis pleinement solidaire de Ceuta et de toutes les victimes. Car avant d'être joueur, je suis un être humain », a-t-il indiqué, avant d'ajouter qu'il voulait aussi « avoir une pensée pour tous les migrants qui ont perdu la vie et qui vivent eux aussi dans des conditions difficiles ».

"Ne pas hiérarchiser les souffrances"

L'ancien joueur du Paris Saint-Germain a tenu à rappeler un point de fait : ce sont les clubs qui ont introduit ces tee-shirts, et non les joueurs. Sa position, a-t-il concédé, n'est pas « facile » à tenir. « Les gens peuvent penser que je suis contre les habitants de Ceuta, mais non, absolument pas. Je n'ai rien contre eux et je les soutiens à 100 % dans mes pensées », a-t-il insisté.

Le cœur de sa justification tient en une formule : « Je ne veux pas hiérarchiser les souffrances. » Il souhaite, dit-il, « transmettre un message de positivité et de paix » et espère que la situation sera « rapidement résolue ».

C'est précisément là que le raisonnement du Bondynois mérite d'être interrogé. Car le tee-shirt en question ne demandait pas de hiérarchiser les souffrances : il exprimait une solidarité avec les habitants d'une enclave espagnole soumise à une pression migratoire sans précédent, des habitants dont la sécurité et le quotidien sont directement affectés. Compatir au sort des migrants morts en Méditerranée est légitime ; en faire une raison pour rabattre le soutien affiché aux Ceutis, c'est autre chose. Refuser de choisir, dans cette affaire, revient à choisir quand même : celui qui ne prend pas parti pour les résidents d'une ville sous tension prend le parti de l'équivalence. Or il n'y a pas d'équivalence entre la détresse d'un migrant qui franchit clandestinement une frontière et la situation d'habitants qui voient leur ville submergée. Les confondre au nom de l'humanité, c'est dédouaner ceux qui organisent et profitent de ces passages.

Tebas monte au créneau, Elche ironise

La sortie de Mbappé n'a pas calmé le débat outre-Pyrénées. Le président de la Liga, Javier Tebas, a publiquement défendu le tee-shirt de soutien à Ceuta et critiqué l'attitude de Mbappé et de Vinicius, jugeant en substance que c'était « mal ». Le ton est inhabituel de la part d'un dirigeant qui préfère d'ordinaire ménager les vedettes de son championnat, signe que le sujet touche un point sensible dans l'opinion espagnole.

Du côté d'Elche, on a aussi ironisé sur le comportement du Français, furieux après une provocation de Gonzalo Villar en cours de match, le club évoquant le « fair play » à son sujet. La soirée madrilène a donc laissé des traces au-delà du seul protocole d'avant-match.

Une posture de star planétaire, pas une position

Au fond, l'épisode illustre une posture désormais classique chez les très grandes icônes du sport mondial : parler d'humanité en général pour ne jamais avoir à trancher en particulier. Mbappé n'est ni le premier ni le dernier à procéder ainsi. Mais sur un dossier aussi concret que Ceuta, où il s'agit de frontières, de souveraineté et de la vie quotidienne de dizaines de milliers d'Espagnols, la compassion générique fait figure d'esquive. On peut soutenir à la fois la mémoire des morts en mer et les habitants d'une ville en crise ; encore faut-il accepter de le dire clairement, sans conditionner l'un à l'autre. En liant son soutien à Ceuta à une pensée obligée pour les migrants, le capitaine des Bleus a surtout réussi à satisfaire tout le monde en apparence, et à ne convaincre personne en réalité. Les habitants de Ceuta, eux, attendaient un geste sans astérisque.

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