Le Rempart

Justice

Meurtre de Lola : 360 000 euros de dommages et intérêts dus par Dahbia Benkired, insolvable, que le fonds de garantie paiera à sa place

Par Dimitri Scudo

Le 1er septembre 2026, la cour d'assises de Paris a fixé les sommes que Dahbia Benkired, condamnée à la perpétuité incompressible pour le meurtre de Lola Daviet, devra verser à la famille de la victime. Insolvable, elle ne paiera rien : un fonds indemnisera à sa place.

Meurtre de Lola : 360 000 euros de dommages et intérêts dus par Dahbia Benkired, insolvable, que le fonds de garantie paiera à sa place

C'était la dernière étape judiciaire d'une affaire qui avait bouleversé la France entière. Le 1er septembre 2026, la cour d'assises de Paris a rendu sa décision sur les intérêts civils dus par Dahbia Benkired, condamnée en octobre 2025 à la réclusion criminelle à perpétuité incompressible pour le meurtre de Lola Daviet, 12 ans, tuée en 2022. Le total atteint environ 360 000 euros au bénéfice de la famille. Une somme que la condamnée, insolvable, ne versera jamais : c'est le fonds de garantie des victimes qui l'acquittera à sa place. Autrement dit, la solidarité nationale, donc en définitive le contribuable.

Des montants à la mesure de l'indicible

Dans son arrêt, consulté par Actu Paris, la cour a d'abord évalué les souffrances subies par la victime elle-même. « Considérant qu'au regard des souffrances physiques et psychiques subies par Lola, âgée de 12 ans, des sévices d'une cruauté extrême subis de son vivant pendant plus d'une heure trente, la cour possède les éléments d'appréciation suffisants pour évaluer le montant de l'indemnisation des préjudices subis par Lola au titre des souffrances endurées à 100 000 euros et à la somme de 50 000 euros au titre du préjudice résultant de l'angoisse de mort imminente », indique la juridiction. « L'enfant n'a pu que ressentir, en dépit de son jeune âge, un danger croissant et une peur pour sa vie », ajoute-t-elle pour justifier ce préjudice d'angoisse. Ces 150 000 euros seront affectés aux héritiers de la jeune victime.

Que la justice s'attache à chiffrer, heure par heure, l'angoisse d'une enfant face à sa mort dit quelque chose de la rigueur du travail accompli par la cour. On mesure aussi, à lire ces motifs, l'impossibilité absolue de toute réparation réelle : aucune somme ne pèse face à une heure trente de cruauté extrême.

Le père décédé, la famille renvoyée à janvier

La cour s'est également prononcée sur les préjudices subis par le père de Lola, Johan Daviet, décédé le 23 février 2024, soit moins d'un an et demi après sa fille. Trois types de préjudices ont été retenus : le préjudice d'inquiétude, estimé à 10 000 euros, le préjudice d'affection, à 50 000 euros, et le préjudice lié au deuil pathologique, à 15 000 euros. Le second frère de Lola touchera 23 000 euros, et cinq autres membres de la famille, dont sa grand-mère, ses oncles et tantes et son grand frère, se partageront 12 000 euros au titre du préjudice d'attente et d'inquiétude et du préjudice d'affection.

En revanche, pour la mère et le frère de Lola, la cour n'a pas statué. Un renvoi avait été demandé lors de l'audience de mai par leur avocate, Me Clotilde Lepetit, afin qu'une expertise évalue le deuil pathologique de la famille. « C'est le deuil au-delà du deuil qui fait qu'on ne peut plus vivre en réalité. Et la famille ne peut plus vivre. Elle ne peut plus fêter Noël. Elle ne peut plus se regarder qu'en pleurant. J'en suis encore moi-même très choquée de ce qu'il faille une expertise pour déterminer ça », avait-elle déclaré à l'audience. L'indemnisation devrait être fixée en janvier prochain. Le mot de l'avocate mérite d'être entendu : il faut désormais une expertise médicale pour établir qu'une famille détruite par un tel crime ne vit plus. La procédure a ses exigences, mais elle ajoute, à chaque étape, des mois d'attente à des proches déjà brisés.

Enfin, deux associations de protection de l'enfance, constituées parties civiles lors de l'audience d'octobre 2025, ont vu leurs demandes jugées recevables : Dahbia Benkired devra verser 1 540 euros à Innocence en Danger et 2 000 euros à la Fondation pour l'Enfance.

Une condamnation symbolique, une facture pour la collectivité

Reste le point qui posera question, et à juste titre. Cette condamnation civile, aussi soigneusement motivée soit-elle, restera théorique. Dahbia Benkired, qui purge une peine de perpétuité incompressible, est insolvable. Le mécanisme d'indemnisation des victimes d'infractions violentes prévoit heureusement que le fonds de garantie avance les sommes lorsque l'auteur ne peut pas payer : la famille de Lola ne sera donc pas privée de ces indemnités, et c'est le moins que l'on puisse exiger. Mais la réalité est têtue : c'est la collectivité qui règlera la note.

On peut se féliciter que ce filet de sécurité existe, car l'inverse serait inacceptable. On peut aussi s'interroger sur ce qu'il dit de notre justice pénale : la condamnation civile d'un criminel insolvable tient davantage du symbole que de la sanction patrimoniale. La responsabilité personnelle, principe fondateur du droit, s'y trouve réduite à une formule. Et pendant que la famille attendra jusqu'en janvier pour connaître l'indemnisation de la mère et du frère de Lola, la facture, elle, est déjà connue : environ 360 000 euros, assumés par tous, pour un crime commis par une seule.

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