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Justice

Angers : un détenu réunionnais en permission de sortie tue deux personnes et part en cavale, il risque la perpétuité

Par Rudy Levasseur

Stéphane I., 45 ans, comparaît à partir de ce lundi devant la cour d'assises d'Angers pour deux meurtres et une tentative commis en juin et juillet 2023, alors qu'il bénéficiait d'une autorisation de sortie de prison. Il risque la réclusion criminelle à perpétuité.

Angers : un détenu réunionnais en permission de sortie tue deux personnes et part en cavale, il risque la perpétuité

Le procès s'ouvre ce lundi à la cour d'assises d'Angers et durera cinq jours. À la barre, Stéphane I., 45 ans, originaire de Saint-André (La Réunion), accusé d'avoir tué deux personnes et tenté d'en étrangler une troisième entre le 20 juin et le 2 juillet 2023. Détail qui donne à ce dossier une portée qui dépasse le seul fait divers : l'ensemble de ces crimes a été commis alors que l'homme, incarcéré, bénéficiait d'une autorisation de sortie.

Une journée de liberté qui bascule dans la cavale

Stéphane I. purgeait une peine pour avoir agressé au marteau une surveillante pénitentiaire avec laquelle il avait entretenu une relation. Un profil, déjà, qui aurait dû inspirer la plus grande prudence : l'homme avait en outre été condamné à deux reprises pour des violences commises sur des femmes. Malgré ce passif, une autorisation de sortie lui est accordée le 20 juin 2023, officiellement pour effectuer des démarches administratives à Alençon. Il n'y mettra jamais les pieds dans ce but.

Le fugitif se rend d'abord au domicile d'une femme de 40 ans, mère de famille, qui lui avait rendu visite à plusieurs reprises en prison. Son corps sans vie est découvert le 22 juin : elle a été étranglée. Six jours plus tard, une jeune femme de 26 ans surprend un intrus chez elle. Stéphane I. tente de lui voler sa voiture, la frappe et tente de l'étrangler ; elle ne doit son salut qu'à l'intervention d'un passant qui surprend la scène depuis la rue. Le 2 juillet enfin, les policiers découvrent le corps de Jean-Claude Havard, 72 ans, conseiller municipal de Chailland, petite commune située entre Rennes et le Mans, qui se serait opposé à ce que le fugitif lui dérobe là encore son véhicule.

Une traque de quinze jours, une arrestation musclée

La cavale mobilise une centaine de policiers et de gendarmes. Des appels à témoins sont diffusés, et c'est finalement le signalement d'un habitant, qui a repéré l'homme dans une école en travaux fermée au public, qui permet de le localiser. L'interpellation, le 4 juillet 2023, est à l'image du personnage : cerné, Stéphane I., au physique athlétique, saute du troisième étage du bâtiment pour tenter de s'échapper, avant d'être maîtrisé, non sans mal, « avec beaucoup de virilité », commentera à l'époque le commissaire responsable de l'opération.

Devant les enquêteurs comme à l'audience, l'accusé affiche une certaine forme de déposition minimale : « J'ai fait du mal », reconnaît-il sobrement, selon les comptes rendus de la presse réunionnaise qui suit le procès. Son propre avocat ne cache pas la difficulté de la tâche, concédant que le dossier est « assez à charge ». Difficile, en effet, de plaider l'élan irrépressible quand les crimes s'échelonnent sur près de deux semaines et que l'accusé a pris soin, entre chaque épisode, de se cacher et de chercher les moyens de prolonger sa fuite.

La question que le procès ne doit pas éluder

Au-delà de la culpabilité, qui semble peu contestable, ce procès pose une question de fond que la droite porte depuis des années : comment un détenu multirécidiviste, condamné pour des violences répétées envers des femmes, auteur en détention d'une agression au marteau sur une surveillante, a-t-il pu bénéficier d'une sortie encadrée par le seul contrôle de sa parole ? Les permissions de sortie répondent à une logique de réinsertion dont personne ne conteste le principe pour les profils adaptés. Encore faut-il que l'évaluation du risque prime sur l'automatisme procédural.

Car le bilan est là : une mère de famille étranglée, un élu de 72 ans tué pour une voiture, une jeune femme qui ne doit la vie qu'au hasard d'un passant. Trois drames qui n'auraient jamais eu lieu si la porte de la prison était restée fermée ce 20 juin. La chaîne de décision qui a conduit à cette autorisation mériterait d'être examinée avec la même rigueur que le parcours criminel de l'accusé. On ne demande pas aux magistrats et à l'administration pénitentiaire de prédire l'avenir ; on est en droit d'attendre qu'ils tiennent compte du passé, surtout quand celui-ci est écrit en lettres de violence.

Un accusé seul face aux parties civiles

L'enfance de Stéphane I., décrite par sa tante aux enquêteurs, s'est déroulée à Saint-André dans un climat de grande violence auprès d'un père brutal. Arrivé dans l'Hexagone vers 19 ans, il n'y a jamais construit de vie stable. Cette tante, qui l'a en grande partie élevé, sera d'ailleurs la seule à témoigner en sa faveur, mardi matin, par visioconférence depuis La Réunion. Aucun autre membre de sa famille n'a fait le déplacement : l'accusé affrontera seul, pendant cinq jours, le regard des parties civiles.

L'excuse sociale, sans doute convoquée par la défense, n'efface ni la préméditation, ni la répétition, ni le choix délibéré de la fuite. Elle éclaire un parcours, elle ne décharge personne de ses actes. Le verdict est attendu vendredi soir. Stéphane I. encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

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