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Économie

Carburant en flèche : Roland Lescure oppose le détroit d'Ormuz aux manifestants et s'en tient aux aides ciblées

Par Dimitri Scudo

Roland Lescure, ministre de l'Économie, a défendu vendredi sur BFMTV la politique d'aides ciblées face à la hausse des prix des carburants, tout en confirmant l'objectif de ramener le déficit public à 5% du PIB en 2027 grâce à 54 milliards d'euros d'économies.

Carburant en flèche : Roland Lescure oppose le détroit d'Ormuz aux manifestants et s'en tient aux aides ciblées

Le gouvernement ne cèdera pas à la rue. C'est en substance le message passé par Roland Lescure, ministre de l'Économie, ce vendredi sur BFMTV, alors que la flambée des prix à la pompe alimente des appels à manifester. Le ministre dit « entendre l'inquiétude des Françaises et des Français », mais refuse toute inflexion majeure de sa doctrine : des aides ciblées, prolongées, et pas de geste fiscal généraliste.

« J'entends déjà ceux qui soufflent sur les braises. Certains appellent à descendre dans la rue. Malheureusement, ce ne sont pas les manifestations qui vont rouvrir le détroit d'Ormuz », a-t-il lancé, ajoutant que le gouvernement continuerait à « piloter les aides du mieux possible pour éviter que ça nous coûte une fortune », en se concentrant « sur ceux qui ont le plus besoin ». Et de rappeler l'évidence comptable : « au final, ce sont les contribuables qui paieront ».

Sur le fond, la formule est juste : la France ne maîtrise ni le prix du baril ni la géopolitique du Golfe, et une remise générale sur les carburants se paierait en déficit supplémentaire. Sur la forme, l'exercice est plus risqué. Répondre à des ménages étranglés par le plein que la rue ne sert à rien peut se lire comme du réalisme, ou comme de la condescendance. Le souvenir des Gilets jaunes, nés précisément d'une taxe carburant, devrait pourtant inciter le gouvernement à manier ce sujet avec plus de précaution que de boutades.

Des aides prolongées, mais toujours ciblées

Concrètement, le dispositif s'étire. Le ministre du Commerce, Serge Papin, a indiqué que l'aide aux « gros rouleurs », initialement prévue jusqu'au 30 septembre, ne « s'arrêtera pas » à cette date. Le gouvernement a annoncé la prolongation des aides jusqu'en décembre pour les secteurs les plus exposés, et le relèvement du soutien aux pêcheurs, de 25 à 35 centimes par litre.

Le ciblage se défend : aider tout le monde, y compris ceux qui n'en ont pas besoin, revient à subventionner la consommation de carburant aux frais du budget. Mais la méthode a ses limites connues. Chaque dispositif ciblé crée des seuils, des exclus de quelques kilomètres ou de quelques euros, et une armée de contrôles administratifs. C'est précisément ce type d'usine à gaz qui avait nourri la frustration de 2018. Ajouter des aides sectorielles les unes aux autres, pêcheurs ici, gros rouleurs là, revient aussi à gérer la crise au coup par coup, sans stratégie énergétique de fond.

Le déficit en ligne de mire

Car l'arrière-plan de cette fermeté est budgétaire. Sébastien Lecornu a annoncé jeudi un effort de 54 milliards d'euros sur les dépenses publiques en 2027, pour contenir le déficit à 5% du PIB l'an prochain, contre 5,4% cette année. Roland Lescure a insisté sur la nécessité de cette trajectoire : « En 2026, on a été affectés par des chocs internationaux, des chocs nationaux, ce qui se traduit par une croissance divisée par deux, de 1% à 0,5%. La France résiste mais ça croît moins. »

Le ministre a justifié l'effort par l'alternative : « si on ne fait rien, on sera autour de 6,5% du déficit public, c'est absolument impossible ». Auprès de l'AFP, il a qualifié l'objectif de 5% d'« ambitieux, mais évidemment réalisable », précisant qu'il suppose « des efforts importants partout, pour l'État, pour les collectivités locales et pour les administrations de Sécurité sociale ».

Croissance et crédibilité, le difficile équilibre

Lescure entend aussi ménager la croissance : maintien du crédit impôt-recherche, baisse de la surtaxe sur l'impôt sur les sociétés à 5 milliards d'euros contre près de 8 cette année. « On souhaite préserver les moteurs de croissance. C'est important », a-t-il détaillé, tout en revendiquant « des efforts importants de réduction de dépenses, efforts qu'on n'a jamais vus », de nature à montrer « aux marchés financiers, à ceux qui nous prêtent, que nous prenons la réduction du déficit public au sérieux ».

On ne peut qu'approuver l'intention. Après des années de dérive, ramener le déficit de 5,4% à 5% resterait toutefois un objectif modeste au regard des 3% européens, et il repose sur un pari : que 54 milliards d'économies ne cassent pas une croissance déjà divisée par deux. Le gel du point d'indice des fonctionnaires et de certaines retraites, évoqué dans le plan Lecornu, montre que l'effort sera réel, donc politiquement coûteux.

Reste la question de cohérence. D'un côté, le gouvernement invoque la rigueur pour refuser toute baisse générale des taxes sur le carburant ; de l'autre, il multiplie les aides ciblées dont il reconnaît lui-même qu'elles finiront payées par le contribuable. La vraie réponse à la dépendance au pétrole du Golfe ne se trouve ni dans la rue ni dans les guichets d'aides : elle s'appelle sobriété énergétique choisie, nucléaire et compétitivité. Sur ce terrain, l'exécutif n'a pour l'instant pas grand-chose de neuf à proposer.

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