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Justice

À Nice, deux touristes chinois attirés dans un guet-apens par un chauffeur Bolt : Amine Ben Bacha condamné à 18 mois ferme

Par Roman Thill

À Nice, dans la nuit du 28 février 2026, deux touristes chinois qui avaient commandé un véhicule Bolt ont été détournés vers une placette du quartier des Moulins, tabassés et dépouillés. Le chauffeur, Amine Ben Bacha, 19 ans, déjà condamné pour trafic de stupéfiants, a été condamné à 18 mois de prison avec maintien en détention.

À Nice, deux touristes chinois attirés dans un guet-apens par un chauffeur Bolt : Amine Ben Bacha condamné à 18 mois ferme

Il est 4 heures du matin, le 28 février 2026, lorsqu'une jeune femme née en 1991 commande un chauffeur via l'application Bolt, boulevard Carabacel, à Nice. Douze minutes plus tard, un véhicule arrive. Ce n'est pas celui annoncé sur l'application, et le conducteur n'est pas seul : un homme l'accompagne. La touriste chinoise et son ami montent pourtant. Ils ne reverront leurs biens que devant un tribunal.

Un trajet détourné, un quartier choisi

Au lieu de filer vers l'aéroport, le chauffeur emprunte la voie Mathis puis bifurque vers une placette du quartier des Moulins, secteur niçois dont la réputation n'est plus à faire, théâtre régulier de trafics et de règlements de comptes. C'est là que le guet-apens se referme : les deux touristes sont roués de coups et dépouillés de leurs affaires, comme le relate Nice Matin.

Le scénario est rodé. Signe avant-coureur dès la prise en charge : un véhicule différent de celui réservé, un passager non annoncé, une course de nuit vers un aéroport, donc vers des clients chargés de bagages, d'espèces et d'appareils coûteux. Tout indique une préméditation, pas un coup de tête. Or la préméditation est précisément ce qui distingue le délit crapuleux du crime calculé, et ce qui aurait dû peser lourd sur le banc des peines.

Un profil déjà bien connu de la justice

Car le conducteur n'est pas un inconnu. Amine Ben Bacha, 19 ans, a déjà été condamné à Grasse en mai pour trafic de stupéfiants. Il est par ailleurs mis en examen dans une autre affaire, cette fois de proxénétisme. À son âge, le casier et le parcours dessinent une trajectoire : celle d'un multirécidiviste en voie d'installation, qui additionne les branches de la délinquance organisée comme d'autres collectionnent les petits boulots.

Pour l'agression des deux touristes, il écope de 18 mois d'emprisonnement, avec maintien en détention. La décision de le garder derrière les barreaux est évidemment bienvenue. Reste le quantum : dix-huit mois pour un guet-apens, des violences en réunion et un vol, commis par un individu déjà condamné quelques mois plus tôt. À ce tarif-là, on peine à voir où se situe la dimension dissuasive de la sanction pénale, dont le législateur ne cesse pourtant de vanter la fermeté à chaque fait divers médiatisé.

La vitrine touristique en dommages collatéraux

Il y a aussi une dimension que la justice ne chiffre pas : l'image de la Côte d'Azur. Nice vit en partie des visiteurs étrangers, et la clientèle chinoise compte parmi celles que les professionnels du tourisme courtisent depuis des années. Deux vacanciers tabassés à 4 heures du matin dans un quartier sensible, après avoir fait confiance à une plateforme de VTC internationale, voilà le genre de récit qui voyage très vite sur les réseaux sociaux asiatiques et dans les ambassades. La France a déjà payé ce prix : à Paris, les autorités chinoises ont par le passé émis des mises en garde à leurs ressortissants après des séries d'agressions ciblant les touristes asiatiques.

Du côté des plateformes, l'affaire pose une question concrète : comment un chauffeur peut-il se présenter avec un véhicule différent de celui déclaré, et un complice à bord, sans que quoi que ce soit bloque la course ? Les applications de VTC vendent avant tout un sentiment de sécurité : trajet tracé, conducteur identifié, prix fixé. Quand ces verrous sautent si facilement, c'est tout le modèle qui s'ébrèche, et avec lui la confiance de clients qui n'ont souvent aucun autre repère dans une ville inconnue.

Ce que dit cette peine

Au-delà du fait divers, ce dossier résume assez bien deux réalités que la droite pointe depuis longtemps. D'abord, la récidive n'est pas une exception statistique mais un mode de vie pour une partie de la délinquance urbaine : condamné en mai pour stupéfiants, mis en examen pour proxénétisme, jugé pour un guet-apens violent, le tout avant la vingtaine. Ensuite, l'échelle des peines ne suit plus la gravité ressentie des faits. Quand un piège tendu à des étrangers de passage se solde par dix-huit mois, dont on ignore la part réellement effectuée, difficile de soutenir que la réponse pénale est à la hauteur du signal envoyé aux victimes, et à ceux qui hésiteraient à reproduire le même schéma.

Les deux touristes, eux, repartiront de Nice avec un souvenir de la France que ni l'office de tourisme ni le ministère de l'Intérieur ne pourront effacer.

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