Pension alimentaire impayée : Sébastien Delogu présente ses excuses et dit avoir remboursé les 20 000 euros dus à son ex-compagne
Par Rudy Levasseur
Le député LFI des Bouches-du-Rhône Sébastien Delogu a annoncé samedi 19 septembre avoir remboursé l'intégralité de la pension alimentaire de ses deux enfants, qu'il ne versait plus depuis mars 2025, soit près de 20 000 euros.

Sébastien Delogu a choisi la contrition publique. Le député La France insoumise des Bouches-du-Rhône, élu dans les quartiers Nord de Marseille, a annoncé samedi 19 septembre, dans un communiqué, avoir remboursé l'intégralité de la pension alimentaire qu'il ne versait plus depuis plus d'un an à la mère de ses deux enfants. Une affaire révélée début septembre par Mediapart, et dont la facture s'élèverait à près de 20 000 euros.
« Payer cette pension est un devoir. Je tiens à m'en acquitter comme je l'ai fait pendant des années », a déclaré le parlementaire de 39 ans, assurant avoir « pris les dispositions nécessaires pour régulariser cette situation et rembourser l'intégralité de la somme. C'est chose faite ». Il a également tenu à présenter des excuses, d'une formulation assez rare pour être notée : « Les difficultés que j'ai pu rencontrer récemment sont de ma responsabilité et je n'ai pas l'intention de me soustraire à mes obligations. Je m'en excuse d'autant plus que mes enfants n'ont pas à en subir les conséquences. »
Dix-huit mois d'impayés, révélés par la presse
Le déroulé des faits mérite d'être rappelé. Selon Mediapart, Sébastien Delogu avait cessé de verser cette pension alimentaire en mars 2025. Son ex-compagne, mère de ses deux enfants, a porté plainte. Ce n'est qu'après la publication de l'enquête du site d'information, début septembre, que le député s'est résolu à régulariser sa situation, soldant l'ardoise d'environ 20 000 euros accumulée en dix-huit mois.
La chronologie, à elle seule, pose une question de fond : un élu de la nation, doté d'une indemnité parlementaire de plus de 7 000 euros bruts mensuels, auxquels s'ajoutent les frais de mandat, peut-il sérieusement invoquer des « difficultés » pour justifier dix-huit mois d'impayés envers ses propres enfants ? Beaucoup de pères divorcés, aux revenus infiniment plus modestes, s'acquittent chaque mois de cette obligation sans que la justice ni les médias aient à s'en mêler. L'excuse des difficultés personnelles, si elle peut être réelle, sonne singulièrement dans la bouche d'un homme dont la situation matérielle est, par construction, à l'abri du besoin.
Le contraste entre le discours et la pratique
C'est bien là que réside le coeur du problème politique. Sébastien Delogu n'est pas un député quelconque : il s'est construit une image de tribun des quartiers populaires, porte-voix des familles modestes, dénonçant à longueur d'interventions les « riches » et les « irresponsables » qui se soustraient à leurs devoirs. La France insoumise a fait de l'exemplarité morale un argument de campagne permanent, réclamant sans relâche des comptes aux adversaires, des démissions, des sanctions.
Or la pension alimentaire n'est pas un impôt contestable ni une cotisation discutable : c'est la contribution minimale d'un père à l'entretien de ses enfants, le premier cercle de la solidarité, celui qui précède toutes les politiques publiques. Qu'un élu qui théorise la redistribution à l'échelle du pays ait laissé sa propre famille sans le versement prévu pendant un an et demi, et jusqu'à ce que la presse s'en empare, nourrit une lecture difficile à esquiver : la morale sociale invoquée en public s'arrêterait-elle au seuil du domicile ?
Un réflexe de communication plus qu'un élan de conscience
Reste la question de la sincérité du geste. Les excuses et le remboursement interviennent après la révélation médiatique, pas avant. Difficile, dans ces conditions, d'y voir autre chose qu'une opération de limitation des dégâts : lorsque l'information est publique et la plainte déposée, régulariser devient la seule stratégie tenable. La vraie contrition se mesure dans le silence et la discrétion, pas dans un communiqué diffusé un samedi soir.
Cet épisode s'inscrit par ailleurs dans un parcours déjà mouvementé. Sébastien Delogu s'est illustré ces dernières années par des coups d'éclat contestés, notamment en juin 2024, lorsqu'il avait brandi un drapeau palestinien dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale, ce qui lui avait valu une sanction disciplinaire avec retenue sur son indemnité. Un style assumé, celui du député « du peuple » contre les usages de la « vieille politique ». Mais ce style trouve ici sa limite : les obligations d'un père envers ses enfants ne relèvent ni du combat politique, ni du rapport de force symbolique, ni du storytelling.
Une affaire qui dépasse le cas individuel
Au-delà de la personne, cette affaire interroge la crédibilité d'un mouvement qui entend gouverner. La France insoumise demande aux Français de lui confier les destinées du pays, ses finances, sa justice, sa police. Elle ne peut espérer y parvenir qu'à condition que ses représentants donnent d'abord, dans leur vie propre, l'exemple des devoirs élémentaires qu'ils entendent imposer aux autres.
Sébastien Delogu a payé, et c'est tant mieux pour ses enfants, premières victimes de cette histoire. Mais le remboursement contraint, obtenu sous la pression d'une révélation journalistique et d'une plainte, n'efface pas dix-huit mois de manquement. Dans la vie publique comme dans la vie privée, la régularité des devoirs accomplis vaut mieux que les excuses bien rédigées.
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