Le Rempart

Justice

Saint-Pierre-des-Corps : nuit d'émeutes après un rodéo urbain, neuf policiers et gendarmes blessés, un policier en garde à vue

Par Roman Thill

Une nuit de violences urbaines a secoué Saint-Pierre-des-Corps (Indre-et-Loire) dans la nuit de samedi à dimanche après une collision entre un scooter en rodéo urbain et un véhicule de police. Deux véhicules de police ont été incendiés, neuf policiers et gendarmes blessés, et le conducteur du véhicule de police placé en garde à vue.

Saint-Pierre-des-Corps : nuit d'émeutes après un rodéo urbain, neuf policiers et gendarmes blessés, un policier en garde à vue

Il aura suffi d'une collision sur le parking du centre commercial de la Rabaterie pour embraser toute une ville. Dans la nuit de samedi à dimanche, Saint-Pierre-des-Corps, en Indre-et-Loire, a connu une nuit d'émeutes d'une rare intensité : deux véhicules de police incendiés, un troisième endommagé, neuf policiers et gendarmes blessés, une vingtaine de voitures brûlées entre Saint-Pierre-des-Corps et Tours, et un calme retrouvé seulement vers 4 heures du matin.

Un rodéo urbain qui dégénère

Les faits sont établis par la source policière citée par Le Figaro. Vers 19 heures samedi, la brigade spécialisée de terrain intervient pour mettre fin à un rodéo urbain impliquant deux scooters. Les conducteurs refusent d'obtempérer. L'un d'eux percute alors le véhicule de police, perd le contrôle de son engin et chute. Blessé à la jambe, il est pris en charge par les pompiers et hospitalisé. Le maire (DVD) de la commune, Olivier Conte, a rassuré dimanche : l'homme est tiré d'affaire et devrait retrouver l'usage de sa jambe après « une grosse rééducation ».

C'est là que la mécanique, désormais tristement rodée, s'enclenche. Une centaine de jeunes prennent à partie les deux équipages présents, puis environ 250 personnes, selon les policiers, se dispersent en petits groupes violents, lançant des projectiles sur les forces de l'ordre. Il faut l'envoi de deux sections de la CRS 8 et l'appui d'un hélicoptère de la gendarmerie pour contenir la situation. Les policiers ont usé d'une centaine de moyens lacrymogènes. Selon une source bien informée, les émeutiers auraient même dérobé du matériel, dont des gilets pare-balles, aux forces de l'ordre.

Difficile de ne pas voir dans cette séquence la réplique, à plus petite échelle, des nuits qui ont suivi la mort de Nahel en 2023 : un incident routier impliquant un refus d'obtempérer, une rumeur qui enfle, un quartier qui s'embrase, et des forces de l'ordre transformées en cible. Le point commun est là : avant même qu'une enquête commence, la faute est déjà jugée dans la rue.

Le policier en garde à vue : le signal envoyé

Car c'est l'autre fait majeur de cette affaire. Selon le parquet de Tours, le policier qui conduisait le véhicule percuté par le scooter a été placé en garde à vue pour « blessures routières ». Dans le même temps, les cinq émeutiers interpellés le sont pour « participation avec arme à un attroupement avec visage dissimulé ». Sur le papier, chacun répond des faits qui le concernent, et la garde à vue est une mesure classique dès lors qu'un accident fait un blessé. Soit.

Mais politiquement, le message perçu est tout autre : celui d'une équivalence. Le policier qui intervenait sur un rodéo urbain, ces rodéos que la loi d'août 2018 a justement érigés en délit passible de cinq ans de prison et de la confiscation du véhicule, se retrouve entre les mains de la justice dans les mêmes heures que ceux qui ont brûlé des voitures et blessé neuf de ses collègues. Les syndicats Alliance et SCSI ont d'ailleurs immédiatement diffusé les images des affrontements et apporté leur soutien aux fonctionnaires impliqués. On comprend la crispation : chaque nouvelle affaire de ce type nourrit chez les policiers le sentiment d'être jugés plus vite que ceux qu'ils affrontent.

Le maire Olivier Conte, lui, a choisi l'apaisement. « Je vais tout faire pour apaiser les choses et que ce soir soit calme. J'ai demandé au préfet que l'enquête soit diligentée rapidement de manière juste pour que toute la lumière soit faite sur cet accident d'une extrême gravité devant témoins », a-t-il déclaré au micro d'Ici Touraine. Une position habile, qui vise à couper l'herbe sous le pied des accusateurs du dimanche soir. Reste que l'appel au calme, si nécessaire soit-il, ne règle rien de fond : il traite l'épisode, pas le phénomène.

La facture des émeutes, un sujet qui monte

Au-delà de la chronique judiciaire, cette nuit tourangelle s'inscrit le coût des violences urbaines devient un enjeu budgétaire assumé. Le retour de la garantie émeutes dans le budget 2026 inquiète les entreprises, et le Sénat a voté une surprime spécifique pour couvrir le surcoût de ces destructions. Il faut dire que les précédents donnent le vertige : les seules émeutes ayant suivi les victoires du PSG ont coûté 105 millions d'euros, selon Le Figaro. À Saint-Pierre-des-Corps, une vingtaine de véhicules incendiés, trois véhicules de police détruits ou endommagés, des renforts CRS, un hélicoptère : la facture, là encore, sera payée par les assurés et les contribuables, rarement par les auteurs.

La leçon politique tient en une contradiction que ni la gauche ni le gouvernement n'ont jamais vraiment tranchée : la République demande à ses policiers d'intervenir dans des quartiers où une partie de la population les considère comme des adversaires, puis elle les soumet, dès le premier incident, à la même procédure que les délinquants qu'ils poursuivaient. À force, le calcul devient simple pour les fonctionnaires : moins d'initiative, moins d'interventions, moins de présence. Et dans les rues de la Rabaterie, c'est le vide qui s'installera. Cinq interpellations pour une nuit à 250 émeutiers, voilà un ratio qui dit déjà beaucoup du rapport de force réel.

L'enquête dira si le policier a commis une faute de conduite. Elle devra le faire vite et de manière transparente, comme le demande le maire. Mais elle ne pourra pas éluder la question qui se pose chaque fois un peu plus fort : combien de temps un État peut-il tolérer qu'un refus d'obtempérer se transforme, en quelques heures, en nuit de guérilla urbaine ?

Partenaires

Vous pourriez aussi aimer

Suite

Saint-Pierre-des-Corps : nuit d'émeutes après un rodéo urbain, neuf policiers et gendarmes blessés, un policier en garde à vue — Le Rempart