La Courneuve : la citoyenneté d'honneur attribuée à Rima Hassan attaquée devant la justice
Par Clarence Azolina
Deux associations, Avocats sans frontières et l'Organisation juive européenne, ont saisi le tribunal administratif de Montreuil pour faire annuler la délibération de La Courneuve élevant l'eurodéputée LFI Rima Hassan au rang de citoyenne d'honneur.

La distinction était censée honorer une combattante de la liberté. Elle finira peut-être devant les juges. Le 18 juin 2026, le conseil municipal de La Courneuve, en Seine-Saint-Denis, a voté une délibération élevant l'eurodéputée LFI Rima Hassan au rang de citoyenne d'honneur de la ville. Deux associations, Avocats sans frontières (ASF), présidée par l'avocat Gilles-William Goldnadel, et l'Organisation juive européenne (OJE), viennent de déposer un recours en annulation devant le tribunal administratif de Montreuil. Leur grief est frontal : pour les requérants, l'élue insoumise « fait l'apologie du terrorisme ».
Un titre honorifique détourné de son usage ?
La citoyenneté d'honneur obéit, dans la tradition républicaine, à une grille de lecture assez claire. Elle récompense le plus souvent des personnalités étrangères, des prisonniers politiques, des figures ayant lutté pour la liberté. La référence la plus citée reste Nelson Mandela, distingué par la ville de Paris en 2013. C'est précisément sur ce terrain que la délibération courneuvienne interroge : quelle lutte pour la liberté la commune entend-elle saluer chez Rima Hassan, élue du Parlement européen connue pour ses prises de position très marquées sur le conflit au Proche-Orient ? Difficile de ne pas y voir un acte politique autant qu'honorifique, une municipalité LFI décorant l'une des siennes. Quand une collectivité publique transforme un symbole républicain en outil de communication partisane, elle ne doit pas s'étonner que des justiciables demandent au juge administratif de vérifier la légalité de l'opération.
Le maire LFI assume, les associations contre-attaquent
La municipalité n'entend pas battre en retraite. « Nous ne reculerons pas », a lancé cette semaine sur les réseaux sociaux Aly Diouara, le député-maire Insoumis de La Courneuve, après que ses services ont été notifiés de l'existence du recours par la juridiction administrative. Une posture de combat qui a le mérite de la cohérence : pour l'aile radicale de la gauche, la cause défendue par Rima Hassan est précisément une lutte pour la liberté, et la distinction relèverait d'une forme de continuité historique. L'argument se heurte toutefois à un obstacle de taille : aux yeux d'une large partie de la classe politique et de la communauté juive, les prises de position de l'eurodéputée relèvent moins du militantisme que de la provocation frontalière, d'où la formule d'apologie du terrorisme reprise par les requérants. Le tribunal administratif devra donc trancher une question que la mairie aurait peut-être mieux fait de ne pas poser.
Un duo d'associations rodé au contentieux
Ce n'est pas la première fois qu'ASF et l'OJE joignent leurs forces. Leurs plaintes sont souvent déposées de concert, à l'image de celles qui avaient visé le chroniqueur Guillaume Meurice, classées sans suite par le parquet de Nanterre en avril 2024, après sa plaisanterie polémique sur France Inter visant Benyamin Netanyahou. Ce précédent pourrait servir la défense de la commune : le juge n'a pas toujours suivi les deux associations. Mais la configuration est différente. Il ne s'agit plus ici de poursuivre des propos au pénal, où la liberté d'expression joue à plein, mais d'attaquer un acte administratif, la délibération d'un conseil municipal. Le débat portera donc sur la légalité et l'objet de la délibération, terrain juridique autrement plus favorable aux requérants.
Le symbole avant tout
Au-delà du contentieux, l'affaire dit quelque chose de l'état du débat public. Une mairie de banlieue rouge consacre l'une des figures les plus clivantes de la gauche radicale ; deux associations répondent par le droit. Chacun campe sur son terrain, et c'est finalement le juge administratif de Montreuil qui hérite d'un différend que la politique n'arrive plus à régler. En décorant Rima Hassan, La Courneuve a voulu envoyer un message. Le recours déposé par Gilles-William Goldnadel et ses alliés est la réponse du berger à la bergère : dans une démocratie, les symboles publics ne sont pas la propriété des majorités municipales, et ce que le conseil vote, le juge peut le défaire.
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