Carburants : pour échapper aux prix à la pompe, Jean-Pierre Farandou vante le télétravail aux Français
Par Rudy Levasseur
Alors que le gazole a franchi les 2,40 euros le litre ce lundi 21 septembre, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou encourage les salariés à privilégier le télétravail pour limiter leurs déplacements, pendant que deux réunions se tiennent à Matignon.

Le litre de gazole a franchi la barre historique des 2,40 euros, le SP95-E10 approche les 2,20 euros, et près de 16% des stations-service étaient en difficulté d'approvisionnement ce lundi 21 septembre en France. Face à cette flambée, le gouvernement de Sébastien Lecornu multiplie les réunions à Matignon. Et le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a livré sa contribution à la crise : encourager les Français à se mettre en télétravail le plus souvent possible afin de réduire leurs dépenses de carburant.
Le télétravail comme pare-feu social
Interrogé sur franceinfo, le ministre du Travail et des Solidarités a donc invité les salariés qui le peuvent à travailler davantage depuis leur domicile, le temps que les prix à la pompe redescendent. Dans le même temps, il s'est dit « prêt à mettre en place des mesures de chômage partiel pour soulager les entreprises qui ont une baisse d'activité », frappées par la hausse des coûts de transport.
Le raisonnement se tient sur le papier. Il se grippe dès qu'on le regarde de près. Le télétravail est une option réservée aux métiers de bureau : les cadres, les salariés des services, une minorité de la population active. Or ce sont précisément les autres qui souffrent le plus du prix du litre : les artisans, les commerciaux de terrain, les ouvriers, les soignants à domicile, et ces actifs des zones périurbaines et rurales pour qui la voiture n'est pas un choix mais une condition d'accès à l'emploi. Dire aux Français de télétravailler, c'est, en creux, répondre à la crise du pouvoir d'achat par une solution qui ne concerne pas ses premières victimes.
La situation des infirmières libérales illustre crûment ce décalage. Le syndicat Convergence infirmière alerte ce lundi : les professionnelles qui se rendent au domicile des patients « se déplacent à perte ». L'indemnité forfaitaire versée par l'Assurance maladie reste figée à 2,75 euros depuis janvier 2024, quand le gazole atteignait dimanche 2,41 euros en moyenne. Difficile de proposer le télétravail à une infirmière dont le travail consiste justement à se déplacer.
Deux réunions à Matignon, et des aides plutôt que des baisses de taxes
Sur le terrain ministériel, la journée a été rythmée par deux rendez-vous autour du Premier ministre Sébastien Lecornu. Le premier, à 11 heures, était « consacré à l'approvisionnement en carburants », en présence de ministres et de directeurs d'administrations centrales. Le second, prévu à 15h30, porte sur « l'accompagnement à court et moyen termes » des Français face à l'envolée des prix. Le gouvernement a indiqué que de nouvelles aides étaient envisagées pour les gros rouleurs.
Ce choix des aides ciblées, plutôt qu'une baisse générale de la fiscalité sur les carburants, structure le débat politique. Le ministre de l'Économie Roland Lescure a précisé sur France Inter qu'environ 17% des stations étaient en difficulté, « quasiment exclusivement des stations Total », qui plafonnent leurs prix. De son côté, Philippe Casbas, patron de l'Ufip, réfute toute idée de « surmarges » de la profession et prévient : plafonner les prix généralisément « ne ferait que provoquer une pénurie de carburant ». La situation des stations Total, saturées, donne un premier aperçu concret de ce mécanisme.
Attal contre la baisse de la TVA, la droite face à ses choix
Gabriel Attal, candidat à la présidentielle, a choisi ce lundi de s'en prendre aux partisans d'une baisse des taxes sur le carburant, au premier rang desquels Marine Le Pen, qui réclame de ramener la TVA de 20% à 5,5%. « Ils mentent aux Français, parce qu'on a une situation de finances publiques, malheureusement, qui n'est pas celle de nos voisins », a-t-il déclaré, ajoutant : « À la fin, vu la situation dans laquelle on est, il y a toujours quelqu'un qui paye. »
L'argument n'est pas dénué de fondement : avec un déficit qui reste au-dessus des standards européens, une baisse massive de la TVA aurait un coût budgétaire considérable. Mais la position d'Attal a un revers politique évident. Elle laisse le gouvernement défendre l'orthodoxie fiscale pendant que le pouvoir d'achat s'érode, et que sa réponse visible se résume, pour l'heure, à des aides encore à préciser et à un conseil de télétravail. Pour un exécutif déjà fragilisé, cette combinaison , garder les taxes, saupoudrer des aides, recommander le travail à domicile , peut aisément être perçue comme un aveu d'impuissance plus que comme une stratégie.
Un contexte qui ne s'arrange pas
La crise trouve son origine dans les tensions au Moyen-Orient, matérialisées ce lundi par une nouvelle attaque contre un navire dans le détroit d'Ormuz, où transite 20% du pétrole mondial transporté par voie maritime. Deux membres d'équipage ont été légèrement blessés. La ministre déléguée à l'Énergie Maud Bregeon a reconnu sur LCI que « ce qui se passe au Moyen-Orient impacte directement les prix », tout en assurant que les stocks de gaz sont sécurisés pour l'hiver. Le prix de référence du gaz augmentera néanmoins de 6,3% le 1er octobre, après +5,6% en août. Le chèque énergie, de 150 à 270 euros pour 4,2 millions de ménages modestes, devrait être reconduit en 2027.
Pendant ce temps, la colère sociale s'organise : les routiers manifestaient à Paris pour réclamer des aides supplémentaires, et des pêcheurs bloquaient ce matin le port de Cannes. David Lisnard, maire de Cannes venu à leur rencontre, a relayé leur message : « On n'a pas besoin d'aide, nous, on n'est pas des mendiants, on demande à travailler. » Un propos qui résume le paradoxe du moment : ce que demande une partie de la France qui travaille, ce n'est ni le télétravail ni l'assistance, mais des conditions qui rendent le travail possible.
Partenaires
Vous pourriez aussi aimer
Suite


