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Présidentielle 2027 : Lecornu presse les banques françaises de prêter à Marine Le Pen

Par Roman Thill

Sébastien Lecornu a réuni les grandes banques françaises à Matignon le 20 juillet pour les inciter à financer les campagnes présidentielles, dont celle du Rassemblement national, qui cherche en vain à emprunter 10,7 millions d'euros.

Présidentielle 2027 : Lecornu presse les banques françaises de prêter à Marine Le Pen

Une réunion à Matignon officialisée avec retard

Sébastien Lecornu planche sur la campagne présidentielle de 2027. Pas la sienne : celles des autres. Le Premier ministre a réuni à Matignon, lundi 20 juillet, les représentants des principales banques françaises pour les inciter à accorder des prêts aux candidats au scrutin des 18 avril et 2 mai 2027, rapporte franceinfo. Parmi les cas évoqués, celui de Marine Le Pen, dont le Rassemblement national peine à décrocher un emprunt dans l'Hexagone. Signe que le sujet est sensible : l'entourage du chef du gouvernement n'a officialisé cette réunion que plusieurs jours plus tard, le jeudi suivant.

Le parti frontiste cherche à emprunter 10,7 millions d'euros, alors que les dépenses de campagne doivent être comptabilisées à partir du 1er avril 2026. Donné largement au-dessus des 5% dans les intentions de vote, le RN démarche depuis plusieurs mois des établissements français et européens, en Italie, en Allemagne, en Hongrie et au Royaume-Uni. En vain à ce stade, a confirmé à franceinfo le trésorier du parti, Kévin Pfeffer, début juillet.

L'argument de l'ingérence étrangère

Pour justifier son intervention, Matignon avance un raisonnement qui ne manque pas de logique : « de ne pas mettre dans la campagne des réseaux financiers étrangers », explique l'entourage du Premier ministre. L'arrière-plan est connu. En 2014, face aux refus des banques hexagonales, Marine Le Pen s'était tournée vers une banque russe pour emprunter plus de 9 millions d'euros. En 2022, c'est un établissement hongrois qui lui avait accordé un crédit d'un peu plus de 10 millions d'euros. « Pour garantir le bon déroulement de la campagne et de ses enjeux démocratiques, il est essentiel que tous les candidats, quel que soit leur bord politique, puissent accéder à des financements français pour financer leur campagne », poursuivent les équipes de Sébastien Lecornu.

Sur le fond, difficile de donner tort à l'exécutif : une démocratie où le principal parti d'opposition, crédité d'une place au second tour par les enquêtes d'opinion, serait contraint de se financer à Moscou ou à Budapest poserait un vrai problème de souveraineté. Le précédent russe de 2014 a assez nourri les polémiques pour que l'on comprenne la préoccupation. Reste une question de méthode : faut-il que l'Etat devienne le banquier en dernier ressort de la vie politique ?

L'Etat en garant du risque bancaire

Car la solution esquissée par Matignon va loin. Devant les banques réunies le 20 juillet, l'idée d'« un accord entre plusieurs banques, dans le cadre duquel l'Etat pourrait couvrir une partie du risque de non-recouvrement » a été mise sur la table. Il s'agit de « reprendre un bout de la banque de la démocratie », explique-t-on dans l'entourage du Premier ministre, en référence à la proposition phare de l'ancien locataire de Matignon François Bayrou. L'exécutif espère concrétiser ce dispositif à l'automne, dans le cadre de la loi de finances.

Autrement dit, le contribuable pourrait demain éponger une partie des créances irrécouvrables des candidats. Le président de la Fédération bancaire française, Daniel Baal, également président du Crédit mutuel, va dans le même sens : il propose que l'Etat se porte garant des prêts ou qu'il verse une avance aux candidats. La demande est révélatrice : les banques, invitées à faire preuve de civisme, répondent qu'elles veulent bien, à condition que l'Etat assume le risque. Chacun comprendra que le patriotisme bancaire s'arrête là où commence l'addition.

Pourquoi les banques rechignent

La frilosité des établissements n'a pourtant rien d'arbitraire. « Prêter à des candidats à la présidentielle est devenu bien plus risqué », estime-t-on au sein d'un des établissements invités par le Premier ministre. La loi prévoit que les candidats dépassant 5% des suffrages exprimés au premier tour peuvent être remboursés par l'Etat jusqu'à 8 millions d'euros, et 10,7 millions s'ils accèdent au second tour. Mais ce mécanisme est conditionné à l'approbation des comptes par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques.

Les précédents plaident pour la prudence. « Qui aurait pu penser que le président sortant Nicolas Sarkozy, en 2012, se fasse invalider ses comptes de campagne ? », a rappelé Daniel Baal le 4 mai sur BFM Business. Valérie Pécresse, en 2022, a dû faire appel aux dons de particuliers pour rembourser son emprunt après avoir échoué sous la barre des 5%. L'ancien député Jean Lassalle a, lui, lancé mi-juillet une cagnotte pour financer sa troisième candidature.

Dans le cas du RN s'ajoute un facteur spécifique : la condamnation en appel de Marine Le Pen pour détournement de fonds publics, à hauteur de 2,8 millions d'euros à rembourser au Parlement européen si la peine était confirmée en cassation, « n'est pas de nature à rassurer les banques », affirme une source bancaire à franceinfo. Les banques « ne prêtent pas sur des critères coup de cœur » et prennent des « décisions rationnelles », a assuré à l'AFP Maya Atig, directrice générale de la FBF.

Un blocage qui dit quelque chose du système

Face à ce refus persistant, Marine Le Pen avait réagi le 29 avril, sur X : « Les prêts de particuliers ne peuvent pas financer une campagne présidentielle. Donc, on fait quoi ? » La question, loin d'être rhétorique, touche au cœur du dispositif français de financement de la vie politique. « C'est un problème », reconnaissait d'ailleurs Daniel Baal, interrogé le même jour sur RTL.

Il y a là un paradoxe que la droite républicaine devrait regarder en face. D'un côté, le législateur a verrouillé le financement des campagnes, interdisant les prêts de personnes morales et plafonnant les dons, au nom de la probité. De l'autre, il a laissé aux banques privées le soin d'arbitrer, par leurs décisions de crédit, quels candidats peuvent matériellement faire campagne. Quand le refus de prêt frappe systématiquement le même parti, quel que soit son poids électoral, on ne peut plus parler de simple gestion du risque : on touche à une forme de filtrage de l'offre politique par le secteur financier. La FBF, qui représente environ 320 banques, renvoie d'ailleurs la balle au gouvernement : « L'élection présidentielle relève de l'intérêt général, il appartient à l'Etat d'étudier la mise en œuvre de solutions publiques particulières et propres à cette élection. »

La suite se jouera à l'automne, dans la loi de finances. D'ici là, l'exécutif devra trancher une question délicate : garantir les prêts des candidats, c'est préserver le pluralisme démocratique ; mais c'est aussi socialiser un risque que ni les banques ni, visiblement, les règles actuelles ne veulent porter. À un an du scrutin, le casse-tête n'est pas près de se résoudre.

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