Carburants : pour Roland Lescure, les taxes « n'empêchent pas de dormir », le Rassemblement national dénonce le mépris de Bercy
Par Dimitri Scudo
Mercredi 28 octobre, lors de l'examen du budget à l'Assemblée nationale, le ministre de l'Économie a reconnu que la France taxe ses carburants plus que ses voisins, avant d'assurer que cette fiscalité ne l'empêchait pas de dormir. Une formule qui a fait bondir le Rassemblement national.
Une sortie remarquée dans un hémicycle clairsemé
La séquence aura suffi à embraser les débats budgétaires. Mercredi 28 octobre, lors de l'examen du budget à l'Assemblée nationale, le ministre de l'Économie, Roland Lescure, a reconnu devant les députés que les carburants coûtent plus cher en France que chez nos voisins européens « parce qu'on taxe plus ». Un aveu auquel il a aussitôt accolé une formule qui a fait bondir l'opposition : « Moi, ce n'est pas une taxe qui m'empêche de dormir. Je sais que ça en empêche de dormir d'autres, mais moi ça ne m'empêche pas de dormir, ça permet de financer plein d'infrastructures, c'est très bien », a-t-il lâché devant un hémicycle clairsemé, rapporte RMC.
La déclaration intervient alors que le litre de gazole avoisine toujours les 2,40 euros, dans un pays où la flambée des cours, liée à la guerre au Moyen-Orient, étrangle depuis des mois les automobilistes, les artisans et les professions du transport. Pour des millions de Français contraints de prendre la route chaque matin, le plein est devenu une ligne de budget qui ne laisse guère de place au sommeil tranquille.
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La réplique du Rassemblement national
La réponse du Rassemblement national, qui réclame une baisse massive de la fiscalité sur les carburants, ne s'est pas fait attendre. « Sachez, monsieur Lescure, qu'elles empêchent des millions de travailleurs, d'entrepreneurs, de retraités et de familles de dormir, et même de vivre », lui a rétorqué Marine Le Pen depuis les bancs de l'Assemblée. Jordan Bardella a, de son côté, dénoncé un « insupportable mépris macroniste ».
Le parti d'opposition a fait de ce dossier l'un des axes de son contre-budget : TVA à 5,5 % sur les carburants, suppression des hausses de la TICPE et des CEE. Des propositions que le locataire de Bercy avait déjà balayées début octobre, jugeant qu'avec un budget Le Pen, on « rêverait en couleurs ». Le ministre invoquait alors le coût pour les finances publiques : une baisse de 20 centimes par litre d'accises représenterait près de dix milliards d'euros de recettes en moins.
Le gouvernement campe sur ses positions
Sur le fond, l'exécutif ne bouge pas. Refus d'une baisse généralisée des taxes, refus du blocage des prix réclamé par La France insoumise, refus de la taxe sur les superprofits défendue par la gauche. Le gouvernement préfère miser sur des aides ciblées pour les gros rouleurs et sur la libération, annoncée le 7 octobre par le Premier ministre Sébastien Lecornu, de dix millions de barils de gazole puisés dans les stocks stratégiques, une mesure censée faire refluer les prix à la pompe de 12 à 18 centimes par litre.
L'efficacité de ce geste reste toutefois incertaine. Interrogés début octobre par CNEWS, automobilistes et professionnels du secteur se disaient sceptiques, l'évolution des cours restant suspendue aux tensions internationales. Les aides promises « à partir du 1er octobre » par le ministre en septembre n'ont, quant à elles, pas empêché la note de rester salée à la pompe.
Le prix de l'honnêteté fiscale
Roland Lescure aura au moins le mérite de la clarté. En reconnaissant que le différentiel de prix avec nos voisins tient d'abord à la fiscalité, le ministre a posé un constat que les automobilistes français vérifient chaque jour aux frontières, quand ils franchissent le pas pour faire le plein moins cher en Espagne ou au Luxembourg. Reste la forme : assumer que cette ponction lui laisse le sommeil léger, au moment où des rond-points se remettent à se dresser de Gap à Bandol, relève d'un sens de la mesure qui n'échappera à personne.
Déjà épinglé pour une sortie sur les retraites, souligne Capital, le locataire de Bercy accumule les petites phrases. En septembre, il opposait le détroit d'Ormuz aux manifestants, comme le relatait alors Le Rempart. Cette fois, c'est l'aveu tranquille d'un État qui taxe plus que ses voisins et s'en félicite. Les contribuables qui passent, eux, des nuits à calculer comment boucler le mois, jugeront sur pièces.
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