Jean-Luc Mélenchon s'émeut des 9 000 détenus qui dorment sur un matelas au sol
Par Dimitri Scudo
Le candidat LFI juge que la France « se déshonore » avec 9 000 détenus couchés par terre. Le 17 octobre, face aux commerces pillés, il avait surtout visé le Premier ministre, tout en désavouant « le pillage ».
Jean-Luc Mélenchon, candidat de La France insoumise à la présidentielle de 2027, a jugé mardi 3 novembre sur X que la France « se déshonore » avec « 9000 détenus couchés par terre sur un matelas en prison ». Il répondait à Gérald Darmanin, ministre de la Justice, invité le matin même du Face-à-Face d'Apolline de Malherbe sur BFMTV et RMC, où il avait été interrogé sur la surpopulation carcérale.
Le chiffre est exact, à quelques unités près. Au 1er octobre, les prisons françaises comptaient 90 937 détenus pour 63 452 places opérationnelles, soit une densité de 143,3 %, et 8 959 personnes dormaient sur un matelas posé au sol, 52 % de plus qu'un an plus tôt, selon les statistiques du ministère de la Justice publiées le 2 novembre.
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Ce que Jean-Luc Mélenchon répond à Gérald Darmanin
Le message s'ouvre sur une riposte. « Darmanin m'agresse pour que je parle de lui », écrit le candidat. Selon lui, le ministre a prétendu qu'il aurait traité une journaliste de fasciste et qu'il souhaiterait saboter l'élection présidentielle. Il ajoute : « À 8h du matin, je pense qu'il était sobre et seuls ses propos sont stupéfiants. » Le soupçon d'ivresse est écarté avec une délicatesse qui suffit à le faire exister.
Vient ensuite un accord inattendu : « Cependant, je lui donne raison pour le reste. » Jean-Luc Mélenchon propose de « s'interroger sur la détention préventive » et de « ne pas réserver les bracelets aux importants condamnés à de la prison ferme ». Son remède ne passe pas par la construction de places : il consiste à incarcérer moins.
Le 17 octobre, Jean-Luc Mélenchon visait d'abord Sébastien Lecornu
La compassion du candidat connaît ses priorités. Samedi 17 octobre, les manifestations contre la vie chère ont tourné à l'émeute dans plusieurs villes : vitrines brisées, boutiques de luxe et de téléphonie pillées, voitures incendiées, hôtel de ville de Limoges en grande partie détruit par les flammes. La Fédération du commerce et de la distribution comptait 1 500 commerçants touchés et des dégâts estimés à plusieurs centaines de millions d'euros.
Le lendemain, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez recensait plus de 1 800 interpellations et plus de 500 policiers, gendarmes et sapeurs-pompiers blessés. À Lyon, un commerçant décrivait « la guerre ». Le bilan s'est alourdi depuis, comme le détaille notre récit des violences urbaines du 17 octobre.
Jean-Luc Mélenchon, qui défilait à Paris ce jour-là, avait bien assuré que « ceux qui partagent notre combat n'ont rien à faire dans le pillage, le saccage ». Mais l'essentiel de sa colère était allé au Premier ministre, accusé d'avoir « joué avec le feu, en comptant sur le pourrissement », et apostrophé en ces termes : « Vous n'êtes pas un homme d'État. Juste un commis qui est en train de provoquer une crise de régime. »
Le 17 octobre, les commerçants pillés ont eu droit à un désaveu des casseurs. Le 3 novembre, les détenus ont droit au déshonneur de la nation. Chacun ses sinistrés.
Prisons pleines : moins d'incarcérations ou plus de places ?
En un an, le nombre de détenus est passé de 84 862 à 90 937, soit une hausse de 7,2 %, quand les places opérationnelles ne progressaient que de 1,5 %. Les maisons d'arrêt, qui accueillent les prévenus et les courtes peines, affichent une densité de 178 %. La surpopulation tient d'abord à une justice qui incarcère davantage.
Moins de détention provisoire et davantage de bracelets : la proposition revient à soulager les cellules en laissant dehors, sous bracelet ou en liberté, une partie de ceux que les juges veulent y placer avant leur procès. Il reste 8 959 matelas à ranger.
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