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Justice

Marne : cinq ans de prison pour Jean-Louis Leroux, l'éleveur qui avait tiré sur un voleur de gasoil après des dizaines de vols

Par Rudy Levasseur

La cour d'assises de la Marne a condamné à cinq ans de prison Jean-Louis Leroux, éleveur de 53 ans jugé pour tentative de meurtre après avoir tiré sur un jeune homme venu siphonner le carburant de ses tracteurs à Ambrières, dans la nuit du 1er février 2020.

Marne : cinq ans de prison pour Jean-Louis Leroux, l'éleveur qui avait tiré sur un voleur de gasoil après des dizaines de vols

La cour d'assises de la Marne a tranché. Jean-Louis Leroux, éleveur de 53 ans à Ambrières, a été condamné à cinq ans de prison pour avoir tiré un coup de fusil dans le ventre de Diego H., un jeune homme de 19 ans venu avec deux complices siphonner du gasoil sur les tracteurs de son exploitation, dans la nuit du 1er février 2020. Le verdict est intervenu le 24 septembre, au terme de trois jours de débats à Reims, alors que l'accusé encourait trente ans de réclusion criminelle. Pour aider l'agriculteur, une cagnotte a été ouverte, que voici :

https://www.leetchi.com/fr/c/soutien-a-jean-louis-leroux

Une nuit de trop après des années de vols

Les faits ne sont pas contestés. Cette nuit-là, trois individus s'affairent autour des machines agricoles pour y dérober du carburant. Jean-Louis Leroux sort de chez lui avec son fusil. Il tire sur Diego H., qui courait vers lui dans l'obscurité pour prendre la fuite avec ses complices. Le jeune homme n'était ni armé ni menaçant, un point sur lequel l'accusation a insisté. Le délit de tentative de vol en réunion des trois jeunes a été reconnu dès l'ouverture des débats.

Ce qui distingue ce dossier d'un simple fait divers, c'est son arrière-plan. L'éleveur avait subi une trentaine de vols de gasoil et de carburant au cours des années précédentes, des dizaines de passages qui avaient fini par le user. « Je voulais les arrêter, je voulais juste que ça s'arrête », a-t-il répété au cours de l'instruction. Difficile de ne pas voir dans cette affaire le symptôme d'un malaise rural bien documenté : dans nombre de cantons, les exploitations sont devenues des cibles récurrentes, les gendarmes sont loin, les plaintes s'accumulent et les suites judiciaires se font attendre. Quand l'Etat n'assure plus la protection des biens, il ne faut pas s'étonner que certains finissent par se substituer à lui, avec les drames que cela implique.

Un tir à bout portant, un jeune homme entre la vie et la mort

Reste la gravité du geste, que les débats ont longuement établie. L'expert en balistique a expliqué que le tir avait été déclenché « à trois ou quatre mètres » de la victime, précisant qu'à cette distance les plombs agissent « comme une balle ». Diego H. a frôlé la mort : un mois de coma, sept opérations pour retirer des plombs dispersés dans les organes digestifs, une partie du côlon et de l'intestin grêle retirée. L'expertise a chiffré son infirmité permanente à 8 %. La question de la « mutilation ou infirmité permanente », aux conséquences pénales directes, a opposé la défense aux parties civiles pendant toute une après-midi.

On peut comprendre l'exaspération d'un exploitant volé à répétition sans pour autant absoudre un tir sur un fuyard désarmé. C'est précisément l'équilibre que la cour a dû trouver, et c'est là que le dossier devient politique : la légitime défense, en France, reste encadrée par une exigence stricte de proportionnalité que beaucoup, dans les zones rurales, jugent déconnectée de leur réalité quotidienne.

La défense d'un homme "excédé", pas d'un criminel

Tout au long du procès, Jean-Louis Leroux, qui comparaissait sous contrôle judiciaire, a contesté avoir voulu tuer, assurant avoir agi « dans la panique ». L'expert psychologue a écarté toute altération du discernement, tout en soulignant que l'accusé « ne cherche pas à se déresponsabiliser ou à minimiser son acte ». Il a décrit un homme « impulsif, qui monte vite dans les tours, mais sans violence manifeste ». Son beau-frère, en larmes à la barre, a raconté l'avoir accueilli après les faits : « Il n'arrêtait pas de dire qu'il regrettait, qu'il n'aurait pas dû sortir avec son fusil. »

Son avocat, Me Gérard Chemla, a plaidé le portrait d'un homme « intensément normal », père de deux enfants, éprouvant « une souffrance psychique indicible ». Quelques mois avant le drame, sa femme l'avait quitté. « Une vie de famille gâchée par son acharnement au travail », a résumé l'avocat.

Une peine mesurée, un message ambigu

En condamnant Jean-Louis Leroux à cinq ans de prison, très loin des trente ans encourus, la cour a manifestement retenu le contexte de harcèlement subi par l'éleveur. La peine reconnaît à la fois la réalité de l'acte et celle de l'exaspération qui l'a précédé.

Mais l'essentiel se joue ailleurs que dans ce verdict. Tant que des agriculteurs seront dévalisés des dizaines de fois sans réponse effective de la puissance publique, d'autres finiront par sortir avec un fusil. Ce procès aurait dû être aussi celui de l'insécurité rurale chronique et de son traitement judiciaire. Il ne l'a pas été. Les trois voleurs, eux, ont vu leur tentative de vol en réunion reconnue, mais c'est bien l'éleveur volé qui repart avec une condamnation criminelle. De quoi nourrir, dans les campagnes, le sentiment tenace d'une justice qui protège moins ceux qui travaillent que ceux qui les dépouillent.

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