Carburants : Gabriel Attal refuse la baisse des taxes et mise sur le bonus pour l'électrique d'occasion
Par Rudy Levasseur
Invité de RTL ce vendredi 25 septembre, Gabriel Attal a jugé « politicienne » la baisse des taxes sur les carburants réclamée par le Rassemblement national, lui préférant l'extension du bonus écologique aux véhicules électriques d'occasion.
Invité de RTL ce vendredi 25 septembre, Gabriel Attal a tranché sans détour : face à la flambée des prix à la pompe, pas question de baisser les taxes sur les carburants. Le candidat à l'élection présidentielle de 2027 préfère défendre la ligne gouvernementale des aides ciblées et y ajouter sa pierre : étendre le bonus écologique, aujourd'hui réservé au neuf, à l'achat ou au leasing de véhicules électriques d'occasion.
Le contexte est connu : les prix de l'essence et du gazole s'envolent dans le sillage de la crise du détroit d'Ormuz, et l'exécutif a annoncé une rallonge de 450 millions d'euros, avec notamment le prolongement et l'élargissement des aides « grands rouleurs ». Une enveloppe conséquente, mais Gabriel Attal entend la justifier par la contrainte budgétaire : « On a une situation budgétaire qui est dégradée, on doit avoir un soutien ciblé sur les Français qui travaillent », a-t-il affirmé au micro de RTL.
Le pari de l'électrique d'occasion
L'ancien Premier ministre veut inscrire sa proposition dans la durée plutôt que dans l'urgence. « Des Ormuz, il y en aura probablement d'autres à l'avenir. La question que moi je me pose, c'est comment on fait pour les prochaines crises qui surviendront dans un an, dans cinq ans, dans dix ans ? », a-t-il expliqué, plaidant pour que la France soit « moins exposée à ce qui se passe à l'étranger ».
Sur le fond, le raisonnement n'est pas dépourvu de cohérence : traiter la cause plutôt que le symptôme, en sortant les ménages de la dépendance au pétrole importé, est un objectif que la droite peut partager. Reste que le remède proposé épouse fidèlement la doxa macroniste : bonus, véhicule électrique, transition. « Il commence à y avoir un marché de l'occasion et avec un bonus, les Français pourraient avoir accès à une voiture électrique de qualité autour de 10.000 euros », a assuré Gabriel Attal.
C'est là que le bât blesse. Pour un smicard de province qui roule 60 kilomètres par jour dans une diesel de quinze ans, la perspective d'un véhicule électrique à 10.000 euros, même bonifié, reste une équation délicate : autonomie, bornes, durée de vie de la batterie d'occasion. Le diagnostic de fond est audible, mais la solution ressemble fort à celle qu'appliquent depuis des années ceux-là mêmes qui ont conduit le pays à la situation budgétaire « dégradée » qu'Attal invoque désormais comme bouclier.
La baisse des taxes, un « dernier recours »
Sur la baisse des taxes sur l'énergie, ardemment réclamée par le Rassemblement national, le candidat n'a pas mâché ses mots, la qualifiant de « politicienne ». Une charge d'autant plus délicate à manier qu'Emmanuel Macron, invité du 20 heures de TF1 jeudi soir, n'a lui pas exclu cette option, tout en espérant d'abord faire reculer les prix.
Gabriel Attal a tenté de ménager le président : « Ça serait populaire de tenir cette position comme Marine Le Pen mais ça serait aussi très politicien. Je pense qu'il l'a présentée comme un dernier recours », a-t-il supposé. L'exercice est périlleux : condamner une mesure que le chef de l'État garde dans sa manche revient à parier que la situation ne s'aggravera pas. L'intéressé l'a d'ailleurs concédé lui-même : « Si les prix explosent de manière encore plus stratosphérique, et qu'à la fin les gens ne peuvent même plus aller travailler, évidemment que cela aura un impact sur le fonctionnement de l'économie qui coûtera presque peut-être plus cher que de baisser temporairement les taxes ».
Aveu intéressant, qui vide en partie le mot « politicien » de sa substance. Si la baisse des taxes devient défendable lorsque la crise s'aggrave, alors le débat n'est pas de principe mais de seuil. Et sur le seuil, chacun jugera : le RN estime qu'il est déjà franchi pour des millions de Français qui ont vu le plein bondir, tandis que le camp macroniste préfère attendre la « stratosphère ».
Une discipline macroniste qui a un coût
En toile de fond de cette sortie médiatique se lit la stratégie d'un candidat qui entend occuper le créneau de la sérieux budgétaire face à Marine Le Pen, sans se couper d'Emmanuel Macron. Positionnement logique, mais inconfortable : l'argument de la dégradation des finances publiques revient à admettre l'échec d'une décennie de gestion dont Gabriel Attal fut, comme Premier ministre, l'un des visages.
Les 450 millions d'euros d'aides ciblées, financés dans un budget déjà exsangue, illustrent la méthode habituelle : plutôt que desserrer l'étau fiscal pour tous, l'État choisit qui il aide, avec des guichets, des critères et des files d'attente. La droite sait ce que vaut cette préférence du guichet sur la baisse générale de la pression : elle coûte cher à administrer, elle exclut toujours quelqu'un, et elle entretient la dépendance au dispositif public là où une baisse d'impôt profiterait immédiatement à chaque actif.
Quant au pari électrique, il suppose que l'appareil productif français et européen suive, que le réseau de bornes tienne la distance et que les ménages modestes franchissent le pas. Autant de conditions sur lesquelles le candidat devra être précis s'il veut que sa proposition dépasse le stade de la formule de plateau. Car à onze mois d'une présidentielle où le pouvoir d'achat dominera, expliquer aux automobilistes qu'on ne baissera pas leurs taxes mais qu'on les aidera à changer de voiture est un pari politique dont la solidité reste à démontrer.
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