Campagne présidentielle : le maire LFI de Saint-Denis hostile au temps de parole du Rassemblement national sur LCI
Par Roman Thill
Invité de Darius Rochebin sur LCI dimanche 25 octobre, Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis, s'est dit opposé à ce que les responsables tenant des « propos racistes », en visant le Rassemblement national, disposent d'un temps de parole durant la campagne présidentielle. Le parti visé est crédité de 37 % des intentions de vote au premier tour.
C'est une sortie qui ne manquera pas de faire réagir. Dimanche 25 octobre, au micro de Darius Rochebin sur LCI, Bally Bagayoko, maire La France insoumise de Saint-Denis, s'est dit opposé à ce que le Rassemblement national conserve un temps de parole durant la campagne présidentielle. « Je ne suis pas pour dire que celles et ceux qui tiennent à longueur de journée des propos racistes puissent avoir du temps de parole », a déclaré l'édile, selon l'extrait diffusé par la chaîne sur ses réseaux sociaux, en visant la formation de Marine Le Pen.
Un parti visé qui n'a rien d'un groupuscule
La formation ainsi désignée à l'exclusion du débat public n'est pas une organisation marginale. Selon le dernier baromètre Odoxa-Backbone, réalisé pour la presse régionale, Public Sénat et le Nouvel Obs et publié le 14 octobre, Marine Le Pen recueillerait 37 % des intentions de vote au premier tour de la présidentielle du 18 avril 2027, soit près de deux fois plus que ses deux poursuivants, Jean-Luc Mélenchon (18 %) et Édouard Philippe (17 %). Au second tour, la candidate du RN serait gagnante face à tous les adversaires testés, avec 68 % des suffrages face au leader insoumis et 53 % face à l'ancien Premier ministre.
Un sondage Toluna Harris Interactive pour M6 et RTL, publié le 12 octobre, confirme cette domination : entre 35 % et 37 % des Français attribueraient leur vote à Marine Le Pen selon les scénarios étudiés. En 2022, la candidate RN avait déjà rassemblé plus de treize millions de suffrages au second tour de la présidentielle. Le Rassemblement national se présente par ailleurs comme le premier parti de France par le nombre de ses adhérents.
La parole de millions d'électeurs en question
La proposition de Bally Bagayoko, émanant d'un maire de la République, porte donc sur l'expression médiatique de la formation arrivée en tête de toutes les enquêtes d'opinion, et au-delà sur celle des millions d'électeurs qu'elle représente. À moins de six mois du premier tour, le temps de parole des candidats et de leurs soutiens relève de règles encadrées, d'abord par le principe d'équité, puis par l'égalité stricte durant la campagne officielle, sous l'autorité de l'Arcom et du Conseil constitutionnel. Ces règles s'imposent aux médias audiovisuels, quelle que soit l'appréciation que tel ou tel élu porte sur les formations en lice.
Le débat sur les propos que l'édile de Saint-Denis qualifie de racistes relève, lui, de la justice : la loi punit déjà l'incitation à la haine et la discrimination, et c'est au juge qu'il appartient de condamner, le cas échéant, des propos déterminés. Aucune disposition ne permet en revanche de priver un parti politique légal, représenté au Parlement et régulièrement élu, de sa place dans le débat démocratique.
Une gauche radicale tentée par l'exclusion
Cette déclaration s'inscrit dans une campagne déjà vive, où la question du cordon sanitaire et du traitement médiatique du Rassemblement national traverse régulièrement le débat public. Elle intervient alors que La France insoumise, formation du maire de Saint-Denis, se situe loin derrière le RN dans les intentions de vote, avec 18 % des suffrages exprimés pour son leader Jean-Luc Mélenchon. Ni la direction du Rassemblement national ni celle de LFI n'avaient, ce lundi matin, réagi publiquement à ces propos. Ils devraient néanmoins nourrir, dans les prochains jours, la controverse sur les limites que certains responsables politiques entendent fixer au pluralisme de la campagne qui s'ouvre.
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