Préfète de Gironde : "aucune sorte de cambriolage" dans les zones brûlées, les habitants racontent autrement
La préfète de Gironde, Fabienne Buccio, a affirmé jeudi qu'aucun pillage n'avait été constaté dans les secteurs évacués par les incendies. Des habitants et des gendarmes rapportent pourtant des faits contraires.

Fabienne Buccio ne démord pas. Interrogée sur les pillages éventuels dans les zones sinistrées par les incendies de Landiras et La Teste-de-Buch, la préfète de Gironde a tranché : "il n'y a eu aucune sorte de cambriolage". Une formule catégorique, presque théâtrale, pour balayer d'un revers de main des témoignages qui s'accumulent pourtant depuis des jours.
Des faits qui dérangent
Car la réalité, ces mots bien propres ne parviennent pas à l'effacer. Plusieurs habitants de Cazaux, de La Teste, de Landiras même, ont rapporté des intrusions nocturnes, des cambriolages avérés, des biens disparus dans des maisons laissées à l'abandon. Des gendarmes, contactés en off par des confrères, confirment discrètement avoir constaté des délits. Le procureur de Bordeaux a même ouvert une enquête pour "vols en réunion". Mais pour la représentante de l'État, rien. "Aucune sorte". Pas la moindre. Le déni bureaucratique dans toute sa splendeur.
On connaît la musique. Dès que l'administration sent poindre une critique qui pourrait atteindre sa compétence légendaire, le réflexe est toujours le même : nier frontalement, attendre que la tempête médiatique passe, compter sur l'amnésie collective. Sauf que les Girondins sinistrés n'ont pas la mémoire courte. Ils ont retrouvé leurs portes fracturées, leurs tiroirs vidés, leurs garages saccagés. Certains avaient à peine quitté leur domicile que des charognards opportunistes s'y engouffraient.
L'omerta de la communication d'État
Le plus cocasse, ou le plus révoltant, c'est cette langue de bois préfectorale qui s'érige en vérité officielle contre le témoignage des citoyens. Mme Buccio n'a pas dit : "quelques faits isolés, nous les traitons". Non. "Aucune sorte". Comme si le mot magique suffisait à conjurer le désordre. Comme si les habitants étaient des enfants à qui on raconte que le loup n'existe pas, alors que les empreintes de griffes sont encore fraîches sur la porte.
On se demande où se situe la limite entre la communication de crise et le mépris affiché pour ceux qui souffrent. Ces mêmes habitants qu'on a priés d'évacuer "pour leur sécurité", qu'on a laissés errer dans des gymnases surchargés, qu'on a rassurés avec des promesses de protection. La protection, justement. Où était la gendarmerie pendant que les voleurs opéraient ? Pourquoi les patrouilles n'ont-elles pas été renforcées dans des secteurs pourtant bouclés ?
Le coût du déni
Le bilan matériel des incendies est déjà catastrophique. Plus de 20 000 hectares partis en fumée, des milliers d'hectares de forêts, des maisons réduites en cendres. Mais ce déni préfectoral ajoute une insulte symbolique à la blessure réelle. Il dit aux sinistrés : vos yeux vous trompent, votre vécu ne compte pas, seul compte le communiqué de presse. Cette posture, on la retrouve à chaque crise. L'État français préfère encore et toujours sauver les apparences plutôt que reconnaître ses failles.
Les enquêtes en cours finiront peut-être par établir l'ampleur exacte des pillages. Entre-temps, la préfette de Gironde aura au moins réussi un exploit : transformer une catastrophe naturelle en symbole de l'arrogance administrative. Pas sûr que les électeurs de la région l'oublient.
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