Écrits antisémites attribués à Jordan Bardella : Mediapart publie, le président du RN dément et annonce des poursuites
Par Rudy Levasseur
Mediapart affirme avoir mis la main sur des échanges antisémites datant de 2013 et attribués à Jordan Bardella, au début de sa carrière politique. Le président du Rassemblement national dénonce des « faux grossiers » et annonce saisir la justice.
Le journal en ligne Mediapart a publié ce dimanche 28 septembre une enquête signée Alexandre Berteau et Antton Rouget, affirmant détenir des échanges privés de Jordan Bardella remontant au tout début de sa carrière politique, en 2013. Des conversations dans lesquelles apparaîtraient des propos d'un antisémitisme brut, alors que l'actuel président du Rassemblement national est présenté par Marine Le Pen comme le futur premier ministre en cas de victoire du RN à la présidentielle de 2027.
Ce que dit Mediapart, ce que répond Bardella
Selon Mediapart, l'enquête repose sur de nombreuses conversations privées agrémentées de témoignages. Parmi les formules rapportées par les médias qui ont eu accès à l'article : « Les banques sont toutes détenues par des juifs », ou encore « Le juif doit dominé (sic) les autres peuples, les écraser et les voler ». Des phrases qui, si elles sont authentiques, relèvent non d'une maladresse de jeunesse mais d'une idéologie construite, celle-là même que le RN prétend avoir congédiée depuis plus de dix ans.
L'intéressé conteste fermement. Sollicité par Mediapart, il a évoqué des « faux grossiers », selon la formulation reprise dans l'article lui-même. D'après franceinfo, le président du RN a annoncé des poursuites judiciaires contre le journal. BFMTV rapporte de son côté des mots plus fleuris, Bardella qualifiant l'affaire de « barbouzerie » et de « dinguerie ». Le démenti est donc total : il ne s'agit pas de contextualiser des propos regrettés, mais de nier en bloc l'authenticité des documents.
Ce choix a sa logique. Reconnaître, même partiellement, des écrits de 2013 aurait rouvert le procès en dédiabolisation au pire moment. Nier, et attaquer en justice, place le débat sur le terrain de la preuve : à Mediapart de démontrer l'authenticité des échanges, à la justice de trancher. Reste que la posture du « tout faux » est aussi celle qui se retourne le plus violemment si un seul élément matériel venait à être confirmé.
Une question de méthode et de calendrier
Il faut le dire avec netteté : si ces écrits sont authentiques, ils sont indéfendables, et aucune fidélité partisane ne saurait les excuser. L'antisémitisme n'est pas un détail de jeunesse, et le RN, s'il veut gouverner, ne peut pas se permettre la moindre ambiguïté sur ce point. La France a suffisamment payé pour savoir ce que valent ces vieux réflexes.
Mais il faut aussi regarder la méthode en face. Mediapart place son enquête dans un dossier intitulé « Rassemblement national : les faux-semblants de la dédiabolisation ». L'intitulé annonce la conclusion avant l'enquête : il ne s'agit pas de chercher si la normalisation du RN est réelle, mais de démontrer qu'elle est factice. Le journal publie en outre des pièces datant de 2013, exhumées à dix-huit mois d'une échéance présidentielle où Bardella est donné favori ou presque. Difficile d'y voir un pur hasard de calendrier.
On connaît la trajectoire : Mediapart a construit son modèle sur le réflexe anti-RN, quitte parfois à confondre le journalisme d'investigation avec la mobilisation éditoriale. Cela ne rend pas ses révélations fausses, mais cela impose un examen des pièces que le paywall de l'article, réservé aux abonnés, complique singulièrement au moment où nous écrivons.
Un test pour le RN autant que pour le journal
L'épisode vaut comme un test double. Pour Mediapart d'abord : accuser un futur candidat à Matignon d'écrits antisémites engage une responsabilité considérable. Si les conversations sont authentifiées, l'enquête fera date. Si elles s'avèrent tronquées, décontextualisées ou fabriquées, ce sera un naufrage dont le journal ne sortira pas indemne, et un argument en or massif offert à ceux qui dénoncent une presse militante.
Pour Bardella ensuite. Sa défense la plus solide n'est pas l'invective mais la procédure : qu'il porte plainte, que les documents soient expertisés, que les témoins cités s'expriment à découvert. Le président du RN a bâti son ascension sur une image de rigueur personnelle à l'opposé des dérives de l'ancien Front national. C'est ce capital qui est aujourd'hui en jeu, et c'est devant les juges, pas sur les plateaux, qu'il se défendra le mieux.
Une dernière observation s'impose. Les électeurs du RN, depuis des années, répondent aux révélations de presse par une défiance croissante envers ceux qui les publient, au point que certains scoops semblent renforcer le parti qu'ils visent. Si Mediapart espérait, à dix-huit mois de la présidentielle, porter un coup à la dynamique Bardella, l'histoire récente invite à la prudence : à vouloir trop souvent dédiaboliser le diable, on finit par le rendre sympathique. Seule compte désormais la question factuelle : ces écrits sont-ils de lui ? La justice devra répondre, et chacun devra en tirer les conséquences.
Partenaires
Vous pourriez aussi aimer
Suite




