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Propos antisémites attribués à Jordan Bardella : une majorité de Français rejette l'idée d'une démission, selon un sondage

Par Dimitri Scudo

Selon une enquête YouGov pour Le HuffPost publiée ce samedi 3 octobre, 60 % des Français jugent graves les propos antisémites attribués à Jordan Bardella, mais seuls 38 % estiment que le président du RN devrait démissionner.

Propos antisémites attribués à Jordan Bardella : une majorité de Français rejette l'idée d'une démission, selon un sondage

Les révélations de Mediapart sur des propos antisémites attribués à Jordan Bardella dans sa jeunesse ont secoué le monde politique cette semaine. De gauche comme de droite, des responsables ont appelé le président du Rassemblement national à « tirer les conséquences » en démissionnant. L'opinion publique, elle, est loin de suivre ce mot d'ordre, révèle l'enquête YouGov réalisée pour Le HuffPost et publiée ce samedi 3 octobre.

Une condamnation réelle, des conséquences refusées

Le constat initial est net : 60 % des personnes interrogées jugent graves les écrits exhumés, dans lesquels le jeune Bardella affirmait notamment que « les banques sont toutes détenues par des Juifs » ou que « le juif doit dominé (sic) les autres peuples ». Ces propos sont même tenus pour « très graves » par 65 % des sympathisants de gauche et 46 % des macronistes.

Mais entre la condamnation morale et la sanction politique, les Français tracent une ligne claire. 47 % d'entre eux estiment que ces révélations ne doivent pas pousser Jordan Bardella à démissionner de la présidence du RN, contre seulement 38 % qui pensent l'inverse. Concernant Marine Le Pen, 45 % jugent qu'elle n'a pas à prendre ses distances avec son protégé, contre 35 %.

Ce décalage mérite d'être souligné : il signifie que les Français savent distinguer la gravité d'un propos et l'instrumentalisation politique qui peut en être faite. Exiger la tête d'un adversaire à la veille d'une échéance électorale, sur la base de documents datant de sa jeunesse, n'emporte visiblement pas la conviction d'une majorité. Les électeurs entendent juger les hommes sur leur action présente, pas seulement sur des écrits de jeunesse opportunément ressortis.

Le socle RN, totalement imperméable

C'est au sein de l'électorat du Rassemblement national que le résultat est le plus spectaculaire : 92 % des sympathisants RN excluent l'idée d'une démission de leur président. Seuls 3 % répondent un timide « oui probablement ». Mieux, ou pis selon le point de vue : 62 % des proches de l'extrême droite jugent ces révélations « pas graves », dont 34 % « pas graves du tout », et 90 % d'entre eux refusent toute mise à distance de Bardella par Marine Le Pen.

Cette imperméabilité a une explication rationnelle qu'un élu RN résume sans fard. Tout en reconnaissant que la séquence « n'aidait pas » la stratégie de dédiabolisation, il parie : « Je pense que ça n'aura pas d'impact car on a été tellement attaqué, justement ou injustement, que ça ne porte plus ». Difficile de lui donner tort sur le diagnostic : quand tout devient affaire d'État, plus rien ne l'est. À force d'agiter le même anathème depuis des années, une partie de la presse et de la classe politique a usé sa propre arme. C'est une leçon dont les adversaires du RN feraient bien de prendre acte s'ils veulent vraiment le combattre efficacement plutôt que le conforter.

Popularité intacte et leçon politique

Marine Le Pen, engagée dans sa quatrième course à l'Élysée, a choisi la solidarité totale : « Nous portons à Jordan Bardella une confiance absolue, et rien n'entravera notre volonté et notre détermination », a-t-elle déclaré. Un pari qui, à ce stade, ne semble pas lui coûter cher. Les deux têtes du RN occupent toujours les deux premières places du classement des personnalités YouGov, et Jordan Bardella conserve 40 % d'opinions favorables, un point devant la candidate à l'Élysée, comme les mois précédents.

Reste l'inconnue judiciaire : Jordan Bardella a saisi la justice, qui devra dire si les documents fournis par Mediapart sont authentiques. C'est là, et non dans la bataille des communiqués, que se jouera la vérité de cette affaire. En attendant, l'enseignement de ce sondage est limpide : les campagnes médiatiques à charge, si répétées soient-elles, ne font plus basculer l'opinion. Les Français jugent, condamnent même les propos, mais refusent que l'on décide à leur place qui doit gouverner ou se retirer. Un peu d'humilité démocratique ne ferait pas de mal à ceux qui confondent encore scoops et verdicts électoraux.

Enquête réalisée en ligne par YouGov du 29 septembre au 1er octobre 2026, sur un échantillon de 1007 personnes représentatives de la population française de 18 ans et plus.

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