Jérôme Cahuzac prédit la mort politique de Jordan Bardella : l'étrange leçon d'un condamné pour fraude fiscale
Par Clarence Azolina
Dans une chronique de Sud Ouest consacrée à la semaine politique en Lot-et-Garonne, Jérôme Cahuzac, ancien ministre du Budget condamné pour fraude fiscale, pronostique un avenir sinistre à Jordan Bardella, accusé par Mediapart de propos antisémites, ce que le président du RN nie fermement.

La chronique politique dominicale de Sud Ouest, qui passe chaque semaine en revue les petites phrases du Lot-et-Garonne et d'ailleurs, s'est cette fois arrêtée sur un parallèle pour le moins chargé : celui de Jordan Bardella et Jérôme Cahuzac. Le président du Rassemblement national est visé par des accusations de Mediapart portant sur des propos antisémites qu'il aurait tenus. Le principal intéressé dément avec véhémence, qualifiant ces révélations de fake news et dénonçant, note la chronique, un mode de défense « à la Trump ». Promis, juré, craché, l'ancien admirateur d'Alain Soral n'aurait jamais été traversé par la moindre pensée antisémite.
Le parallèle Cahuzac, une analogie qui interroge
C'est là qu'entre en scène Jérôme Cahuzac. L'ancien ministre du Budget de François Hollande, qui nia en 2012 l'existence de son compte en Suisse avant que les dénégations ne cèdent la place à l'aveu, à la chute puis à la condamnation, trois ans de prison ferme pour fraude fiscale, selon franceinfo, s'est retrouvé « exactement dans la même position », souligne la chronique. De cette expérience personnelle du mensonge démasqué, l'ex-ministre tire, selon Le Canard enchaîné, un pronostic funeste pour celui que Marine Le Pen verrait bien l'accompagner à Matignon en cas de victoire à la présidentielle : « Il est mort, mais il ne le sait pas encore. » Selon La Dépêche, qui reprend la confidence, Cahuzac a assorti sa sentence d'une explication : « La première déclaration emporte tout. » Autrement dit, quiconque commence par nier serait déjà condamné par ce premier réflexe.
Le raisonnement a l'élégance de la formule, mais il mérite qu'on s'y arrête. Ce que décrit Cahuzac, c'est sa propre trajectoire : un coupable qui a menti devant la représentation nationale. En transposer la mécanique à Jordan Bardella suppose que l'accusation de Mediapart vaille verdict. Or, à ce stade, il s'agit de déclarations rapportées par un média d'investigation, contestées par l'intéressé, et non d'une décision de justice. Confondre le cas d'un fraudeur fiscal confondu par les faits avec celui d'un responsable politique visé par des révélations de presse, c'est faire bon marché de la présomption d'innocence, principe dont la droite se fait traditionnellement plus soucieuse que la meute médiatique.
Qui parle, et avec quelle autorité ?
Il y a d'ailleurs dans cette leçon de morale une dimension qui n'a pas échappé à tous : la voix qui la dispense. Jérôme Cahuzac, condamné définitivement pour avoir caché son argent au fisc et menti au pays, entend désormais distribuer les certificats de crédibilité. Mieux, ou pis : l'ancien ministre s'est présenté aux élections législatives, comme le rapportait la presse, ce qui donne à sa sentence un arrière-goût de retour en grâce médiatique plus que de retraite républicaine. Qu'un homme dont le nom reste attaché à l'une des plus graves ruptures de parole de la Ve République devienne l'arbitre des élégances du déni, voilà qui en dit long sur la façon dont certains médias fabriquent leurs autorités.
Cela ne dispense pas Jordan Bardella de la clarté la plus complète. Son passé de jeunesse, son ancienne admiration revendiquée pour Alain Soral, personnage sulfureux entre tous, offrent à ses adversaires un terrain de chasse facile, et le président du RN ne peut s'en étonner. Mais entre exiger des explications et prononcer une mort politique par analogie, il y a la distance qui sépare le journalisme de la sentence. Mediapart, comme le note avec perfidie la chronique de Sud Ouest, n'en demandait « sûrement pas autant » : la formule de Cahuzac dépasse même le propos de l'accusation initiale.
Un contexte de pression maximale sur le RN
L'épisode s'inscrit dans une séquence où la pression judiciaire et médiatique sur le Rassemblement national atteint un sommet. La condamnation de Marine Le Pen et ses conséquences ont déjà rebattu les cartes au sommet du parti : le politologue Jérôme Jaffré estimait récemment, sur Radio Classique, que « Jordan Bardella en est la première victime ». Dans ce climat, chaque nouvelle accusation contre le président du RN prend une résonance démultipliée, et chaque commentateur, y compris le plus improbable, se sent légitime pour rédiger sa nécrologie anticipée. La prudence voudrait pourtant qu'on attende les faits établis plutôt que les prophéties de condamnés repentis.
La chronique lot-et-garonnaise, enfin, mérite d'être lue pour ce qu'elle est : un exercice de style qui ne cache pas ses préférences. On y voit l'attaché parlementaire RN Dorian Lajunie taxé de mauvaise conception de la liberté de la presse pour avoir estimé que « Sud Ouest fait de la politique », tandis que l'élu agenais Sébastien Delbosq se voit opposer sa fermeté sur les OQTF à son silence supposé sur le cas de la propagandiste pro-Kremlin Xenia Fedorova. La ligne éditoriale est constante, elle s'assume à peine, et elle éclaire en retour la place faite au parallèle Bardella-Cahuzac. L'analogie, en politique comme en justice, reste un raccourci. Elle dit souvent plus sur celui qui la formule que sur celui qu'elle vise.
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