Le Rempart

Politique

Présidentielle : sur Polymarket, Marine Le Pen au plus haut, Édouard Philippe en net retrait

Par Clarence Azolina

Selon un message du compte X Boulou, les parieurs de Polymarket donnent désormais 44,5 % de chances de victoire à Marine Le Pen, contre 19,5 % à Édouard Philippe, sur un marché où plus de 140 millions de dollars ont été échangés.

Présidentielle : sur Polymarket, Marine Le Pen au plus haut, Édouard Philippe en net retrait

Le signal vaut d'abord par sa netteté. Sur Polymarket, plateforme de paris où plus de 140 millions de dollars se sont échangés autour de la présidentielle, Marine Le Pen est créditée de 44,5 % de chances de l'emporter, selon le compte X Boulou. Ce serait son plus haut niveau : le 12 septembre, elle était à 34 %. Dans le même temps, Édouard Philippe serait passé de 28,5 % à 19,5 %, Jean-Luc Mélenchon se tiendrait à 12,5 % et David Lisnard occuperait la quatrième place à 8 %.

Un marché de paris n'est ni un scrutin ni une absolution. Il mesure une anticipation, avec de l'argent, de l'information et parfois de l'humeur. Mais quand l'écart entre Marine Le Pen et Édouard Philippe passe, selon Boulou, de 6 points à 25 en trois semaines, difficile d'y voir un simple frisson spéculatif. « Le moment où ça décolle n'a rien d'un hasard », écrit Boulou. La phrase est courte ; elle dit l'essentiel : le mouvement paraît construit, pas accidentel.

Une dynamique Le Pen, un recul Philippe

Le fait politique central n'est pas seulement la poussée de la candidate du Rassemblement national. C'est la décrue simultanée d'Édouard Philippe, longtemps présenté comme le point de fixation d'une droite de gouvernement capable de contenir le RN. Si les parieurs le font glisser sous la barre des 20 % pendant que Marine Le Pen approche les 45 % de probabilité, c'est que le duel attendu n'a plus la même forme. Le premier semble s'élargir, le second se rétrécir.

Cette lecture rejoint, sans s'y confondre, la photographie des sondages cités par Le Figaro et La Dépêche : Marine Le Pen donnée en tête entre 31 et 36 %, Édouard Philippe qualifié pour le second tour dans certaines hypothèses, Jean-Luc Mélenchon éliminé, et une gauche qui recule. Les intentions de vote et les cotes de parieurs ne disent pas la même chose, mais elles dessinent une convergence gênante pour l'ancien premier ministre : la centralité ne suffit plus. À force d'incarner la stabilité sans incarner la rupture, il risque d'être le candidat que l'on respecte davantage qu'on ne le choisit.

Pour la droite républicaine, la leçon n'est pas de courir après Polymarket. Elle est de comprendre ce que les parieurs pricing, comme disent les Anglo-Saxons : une demande de clarté. Marine Le Pen gagne quand le champ adverse paraît hésitant, composite, préoccupé de tactique. Elle perd quand on lui oppose une ligne simple sur l'autorité, le budget, l'immigration et la souveraineté, tenue sans grimace ni complexe.

Ni martyre, ni blanc-seing

L'arrière-plan judiciaire reste présent. En avril 2025, après sa condamnation, Le Monde décrivait une Marine Le Pen qui choisissait le déni et s'accrochait à son avenir politique, tandis qu'une tribune du même journal rappelait que cette condamnation relevait de l'application de lois votées. Une droite sérieuse doit tenir les deux bouts : refuser l'idée que le suffrage universel efface une décision de justice, mais refuser aussi que l'appareil judiciaire devienne, par effet de halo, le grand électeur de 2027.

C'est ici que la dynamique actuelle devient exigeante. Si une partie de l'opinion transforme chaque épisode judiciaire en preuve d'un système fermé, Marine Le Pen peut y gagner un capital de défiance. Mais ce capital est dangereux s'il dispense de répondre aux vraies questions : crédibilité budgétaire, alliances possibles, capacité à gouverner sans faire de l'État un camp retranché. Elle a d'ailleurs annoncé vouloir soumettre par référendum une « règle d'or budgétaire » pour éviter « la mise sous tutelle de la France », selon des propos rapportés par Ouest-France, BFM et L'Opinion. L'idée a le mérite d'être lisible ; elle devra supporter la contradiction entre promesse de rigueur et tentation de la dépense symbolique.

L'affaire Bardella, avec ses appels à la démission et la réponse très dure de Marine Le Pen invitant Mediapart à « enfiler son costard en Kevlar », montre aussi que le camp RN ne monte pas seulement : il se tend. Une cote élevée sur un marché n'achète ni la discipline interne ni la respectabilité externe. Au contraire, plus la victoire paraît accessible, plus chaque faute devient chère, parce qu'elle cesse d'être périphérique pour devenir un test de maturité.

Ce que la droite doit en faire

La tentation serait grande, à droite, de commenter ces chiffres avec un sourire entendu. Erreur. Les marchés peuvent se tromper brutalement ; ils ont souvent la mémoire courte et les nerfs fragiles. Mais ils révèlent une hiérarchie du moment : Marine Le Pen avance parce qu'elle paraît savoir où elle va, Édouard Philippe recule parce qu'il laisse planer le doute sur ce qu'il veut exactement rompre ou conserver, et la gauche, avec Mélenchon à 12,5 % chez les parieurs selon Boulou, ne semble plus en état d'imposer le récit.

La vraie question n'est donc pas de savoir si Polymarket a raison. Elle est de savoir qui, hors RN, saura parler aux électeurs qui ne demandent ni une République en procès permanent ni une alternance en trompe-l'œil. Si Marine Le Pen capitalise à la fois sur l'épreuve judiciaire, sur l'usure des exécutifs et sur l'absence d'offre claire en face, sa cote ne sera pas un scandale : elle sera un diagnostic. Et les diagnostics, en politique, punissent toujours ceux qui préfèrent les nier plutôt que les traiter.

Partenaires

Vous pourriez aussi aimer

Suite