Manuel Bompard et Sébastien Delogu volent au secours du Marché du Soleil, temple de la contrefaçon
Par Dimitri Scudo
Manuel Bompard réclame la reprise publique et la réouverture du Marché du Soleil. Condamné en première instance, son propriétaire Georges Dahan compte faire appel et reste présumé innocent ; son avocat dénonce une « exécution sommaire ».
Manuel Bompard, député de Marseille et coordinateur de La France insoumise, a rencontré les commerçants du Marché du Soleil, comme il l'a annoncé sur son compte X. Il réclame que les pouvoirs publics reprennent le site et le rouvrent avec des loyers encadrés. Ce bazar de 3 600 m², voisin de la gare Saint-Charles, a été condamné le 7 septembre, en première instance, à la fermeture définitive par le tribunal correctionnel de Marseille.
Le député demande aussi une solution provisoire pour que les commerçants reprennent leur activité. La fermeture touche plus de cent d'entre eux, bien au-delà des prévenus jugés en juin, et ceux qui vendaient des articles légaux n'ont récupéré leurs marchandises que le 3 août. « On n'est pas des voleurs. On travaille, on charbonne », a dit un ancien vendeur au Bondy Blog. Sébastien Delogu leur avait déjà apporté son soutien le 9 février, en pleine campagne municipale.
Pourquoi le Marché du Soleil a été fermé
Selon la décision du tribunal administratif du 8 avril, les contrôles de novembre 2025 ont permis de saisir plus de 28 000 articles de textile contrefaits et plusieurs dizaines de milliers d'euros en espèces. Des contrefaçons ont été constatées dans 80 % des locaux loués, et des vendeurs « en situation irrégulière et non déclarés » ont été interpellés.
En février, 300 agents ont saisi en cinq jours plus de 200 000 articles contrefaits, d'une valeur estimée à 42 millions d'euros. Selon la procureure, les copies de marques ont représenté jusqu'à 70 % des ventes après le Covid. Le rayonnement de l'établissement ne se discutait pas : des clients y venaient en car depuis Lyon.
La juge a validé une fermeture destinée à prévenir le blanchiment, mais aussi la perception de loyers auprès de personnes et de sociétés non déclarées. L'encadrement des loyers aurait ici une portée inédite : le problème n'était pas seulement leur montant, mais une partie de ceux qui les payaient.
Ce que le jugement du 7 septembre reproche au Marché du Soleil
Le tribunal correctionnel a condamné en première instance Georges Dahan, 81 ans, fondateur et propriétaire du marché, à quatre ans de prison avec sursis pour contrefaçon et blanchiment, et a confisqué les murs. Son avocat, Stéphane Ceccaldi, dénonce une « exécution sommaire ». Georges Dahan, qui s'est présenté comme un commerçant dépassé par la contrefaçon, compte faire appel et reste présumé innocent. Il percevait environ 150 000 euros de loyers par mois pour quelque 170 boxes.
L'affaire a dépassé les allées du marché. Une douzaine de prévenus ont été condamnés en première instance, dont trois policiers municipaux, qui ont écopé de 18 à 24 mois avec sursis pour avoir transmis à la gérante des informations sur des contrôles en échange de baskets. Une employée de la préfecture a reçu 18 mois avec sursis, le tribunal retenant qu'elle avait accepté de l'argent pour tenter d'empêcher la fermeture.
La reprise du Marché du Soleil par les pouvoirs publics
Manuel Bompard demande donc à la puissance publique de rouvrir ce que la puissance publique vient de fermer, à trois reprises. Le préfet a signé l'arrêté du 30 janvier, le ministère l'a prolongé fin juillet au nom de la loi contre le narcotrafic, une première en France selon la préfecture, puis le tribunal a statué en première instance. Trois décisions publiques ne suffisent pas toujours à convaincre un député.
La proposition suppose aussi un bâtiment en état de servir. Dans la nuit du 9 au 10 septembre, trois jours après le jugement, un incendie a touché environ 2 000 m² du site, et 71 riverains ont été évacués. Si la confiscation est confirmée, l'État sera propriétaire. La reprise réclamée ferait alors du contribuable le bailleur à loyer encadré d'un marché sinistré.
L'idée d'une reprise publique ne vient d'ailleurs pas des seuls insoumis : Anthony Krehmeier, maire des 2e et 3e arrondissements, souhaite un « grand marché oriental ». L'Union des fabricants juge au contraire que le jugement « doit désormais servir d'exemple ». Le rideau administratif, lui, reste baissé jusqu'au 30 janvier 2027.
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