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Justice

Statue de la Vierge profanée à Porto-Vecchio : les deux auteurs présumés ont quitté la Corse ce dimanche

Par Clarence Azolina

Enzo Debhi Charbonnier et Johan Courtel, soupçonnés d'avoir détruit une statue de la Vierge Marie à Porto-Vecchio, ont finalement quitté la Corse par voie aérienne ce dimanche, après avoir été empêchés d'embarquer vendredi à l'aéroport d'Ajaccio.

Statue de la Vierge profanée à Porto-Vecchio : les deux auteurs présumés ont quitté la Corse ce dimanche

Après quarante-huit heures d'incertitude, les deux auteurs présumés de la destruction de la statue de la Vierge Marie à Porto-Vecchio ont finalement quitté la Corse. Selon France 3 Régions, Enzo Debhi Charbonnier et Johan Courtel ont été « exfiltrés par voie aérienne » ce dimanche 4 octobre au matin, sans que l'on sache précisément par quel moyen : vol commercial, privé ou hélicoptère. Le parquet d'Ajaccio n'a pu être joint pour confirmer les modalités de ce départ.

Ce dénouement administratif ne doit pas faire oublier l'essentiel : deux jeunes hommes, dont l'un est présenté par la presse comme un « influenceur toulousain », sont soupçonnés d'avoir vandalisé une statue de la Vierge dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre, en filmant la scène pour la poster sur les réseaux sociaux. La vidéo montrait l'un d'eux mimant un acte sexuel sur la statue en proférant des propos sexistes. Une provocation gratuite, revendiquée, conçue pour l'audience. Voilà où mène la culture de la transgression à tout prix : quand le sacré n'est plus qu'un décor pour contenu viral, c'est le socle même de la vie commune qui s'effrite.

Une justice qui répond, une foule qui gronde

Les faits ont profondément choqué l'île. Dès le jeudi 1er octobre, des rassemblements s'étaient organisés devant la gendarmerie où les deux suspects avaient été placés en garde à vue, puis le soir au niveau du rond-point du Stabiacciu. Le Monde rapporte qu'un cercueil avait même été déposé devant la gendarmerie pendant la garde à vue. Le maire de Porto-Vecchio, Jean-Christophe Angelini, avait alors appelé à « une réponse ferme et rapide » des autorités.

Vendredi, les deux hommes ont été placés sous contrôle judiciaire, poursuivis des chefs de « dégradations graves en réunion de la statue de la Vierge Marie au préjudice de la paroisse et de la mairie de Porto-Vecchio » et d' « exhibition sexuelle ». Ils avaient obligation de quitter la Corse, avec interdiction d'y paraître à nouveau, en attendant leur jugement fixé au 16 novembre devant le tribunal correctionnel d'Ajaccio.

Sur le principe, la justice a donc fait son travail avec célérité. Mais c'est la suite qui interroge. Vendredi soir, à l'aéroport Napoléon-Bonaparte d'Ajaccio, plusieurs personnes ont manifesté leur hostilité à l'égard des deux hommes, troublant suffisamment l'embarquement pour que le commandant de bord du vol Ajaccio-Paris décide de refuser de les laisser monter à bord. Bloqués, les deux suspects ont alors tenté de passer la nuit dans un hôtel proche de l'aéroport, où la direction les a refusés. Dans un communiqué, celle-ci a expliqué qu' « une réservation a été effectuée via Booking sans que les employés de l'hôtel puissent savoir qu'elle concernait les deux personnes mises en cause », et que « dès leur identification, la direction a refusé de les héberger et leur a demandé de quitter immédiatement l'établissement ».

La colère des Corses, un symptôme à double tranchant

Que des Corses, attachés à leurs traditions et à leur foi, soient scandalisés par cette profanation n'a rien d'étonnant. L'indignation est saine, et elle dit quelque chose de la fracture entre une jeunesse élevée au mépris et une population qui, elle, sait encore ce que respecter veut dire. Pendant qu'une partie de la jeunesse française confond liberté et licence, la Corse rappelle que certaines choses ne se touchent pas.

Mais une société de droit ne peut accepter que la vindicte populaire se substitue au verdict des tribunaux. Le refus d'embarquement, le refus d'hébergement, les rassemblements hostiles : tout cela témoigne d'une défiance croissante envers la capacité de l'État à rendre justice lui-même. Quand les citoyens estiment devoir régler eux-mêmes ce qui relève des juges, c'est que la parole publique a perdu de son autorité. Ce n'est pas un motif de satisfaction, c'est un avertissement.

C'est pourquoi la suite judiciaire comptera autant que le symbole. Le 16 novembre, le tribunal correctionnel d'Ajaccio devra se prononcer. Une sanction à la hauteur de la gravité des faits, c'est-à-dire d'une dégradation doublée d'une profanation assumée et diffusée, serait la meilleure réponse à la fois à la provocation des deux prévenus et à la colère de la population. Car une justice ferme et visible est précisément ce qui dissuade les uns de recommencer et rassure les autres sur l'utilité de s'en remettre au droit plutôt qu'à la rue.

Ce que cette affaire révèle

Reste la question de fond : comment en est-on arrivé là ? Deux saisonniers qui viennent travailler sur une île saccagent un symbole religieux, le filment et le publient, visiblement sans imaginer une seconde qu'il puisse en coûter quelque chose. Ce n'est pas seulement leur affaire personnelle. C'est le produit d'un climat où l'antichristianisme de bas étage est devenu un marqueur social banal, où la provocation rapporte en vues ce qu'elle devrait coûter en réputation.

La Corse, elle, n'a pas cédé à cette résignation. Son émotion, ses rassemblements, la fermeté affichée par ses élus et ses forces de l'ordre dessinent une leçon simple : quand une communauté tient encore à ce qui la fait vivre, elle sait dire non. À condition, désormais, que les tribunaux tiennent leur part du contrat.

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