Ecrits antisémites : Jordan Bardella conteste à nouveau les éléments d'authentification de Mediapart
Par Rudy Levasseur
Lors de la conférence de presse du Rassemblement national consacrée à son contre-budget, mardi 6 octobre, Jordan Bardella a de nouveau nié les écrits antisémites de 2013 que lui attribue Mediapart, promettant un règlement devant les tribunaux.
La conférence de presse était censée porter sur le contre-budget du Rassemblement national. C'est pourtant une tout autre affaire qui a occupé la fin des échanges, mardi 6 octobre, dans le huis clos médiatique du parti. Interpellé par un journaliste de Mediapart, Jordan Bardella a de nouveau contesté catégoriquement les écrits antisémites que le site d'investigation lui attribue, dans des conversations privées remontant à l'été 2013, au moment de ses débuts au Front national.
« Je conteste d'abord formellement vos accusations. Je conteste vos preuves et je conteste vos sources. Nous aurons l'occasion d'en discuter devant les tribunaux », a déclaré le président du RN, selon Le Monde. Son avocat a, a-t-il rappelé, déposé une plainte en diffamation contre Mediapart.
Une semaine de polémique
L'affaire a éclaté le lundi 28 septembre, avec la publication d'une enquête de Mediapart. Le site y rapporte des échanges écrits dans lesquels le jeune Bardella aurait tenu des propos antisémites et complotistes, dont la formule « toutes les banques sont détenues par des juifs ». Le dirigeant du RN a aussitôt dénoncé des « faux grossiers », puis des montages.
Depuis, Mediapart a publié, jeudi, des captures d'écran des messages incriminés, assorties d'éléments d'authentification : le média affirme notamment s'être appuyé sur Meta, la maison mère des réseaux concernés, et sur le constat d'un huissier. C'est précisément ce travail de vérification que Jordan Bardella conteste désormais « formellement », ce qui déplace le débat : il ne s'agit plus seulement de nier des propos, mais de réfuter un dispositif technique de preuve. Or contester une authentification d'huissier suppose d'en apporter la contre-démonstration, et pas seulement le démenti. C'est bien devant les tribunaux que ce match-là se jouera.
Le sujet qui dépasse le cadre judiciaire
L'épisode a contraint Marine Le Pen à sortir du bois : selon Le Monde, elle a réaffirmé sa confiance en Jordan Bardella malgré les accusations. Un soutien qui n'a rien d'anodin. Le président du RN est pressenti pour devenir premier ministre en 2027 en cas de victoire de Marine Le Pen, et la stabilité du ticket repose largement sur sa capacité à incarner la normalisation du parti.
Car c'est bien là le nœud de l'affaire. Depuis des années, le RN mène un travail patient de crédibilisation, en particulier sur la question de l'antisémitisme, ligne de clivage historique héritée du Front national. Des écrits de 2013, fussent-ils ceux d'un militant de dix-sept ans engagé depuis peu, viendraient écorner ce récit au pire moment : à dix-huit mois d'une présidentielle où chaque faute de casting sera disséquée.
Le droit de réponse passe par les faits
Du côté de Mediapart, la méthode pose aussi question, et il est légitime de la poser. Le timing de la publication, la remontée de conversations privées datant de plus de douze ans, le déploiement médiatique qui a suivi : tout cela relève d'un choix éditorial politiquement chargé, et le site ne s'en cache guère. Le journalisme d'investigation n'a pas à être neutre sur ses sujets, mais il gagne toujours à être irréprochable sur ses pièces. Si les documents sont authentiques et correctement authentifiés, la plainte en diffamation de Bardella se retournera contre son auteur.
C'est d'ailleurs là l'essentiel pour le camp national : ce dossier ne se réglera ni par communiqué, ni par formule de plateau. Jordan Bardella a choisi la voie judiciaire ; elle l'engage pleinement. S'il parvient à démontrer la falsification des échanges, ce sera une victoire majeure face à un média qui l'a ciblé frontalement, et elle retentira au-delà de sa seule personne. Si, en revanche, les pièces de Mediapart résistent à l'examen, un simple démenti répété ne suffira pas : il faudra assumer, expliquer, et montrer que l'homme de 2025 n'a plus rien à voir avec le militant de 2013.
Sur un sujet aussi grave que l'antisémitisme, la droite nationale ne peut se permettre ni l'angélisme ni la mauvaise foi. La justice, désormais saisie, devra trancher. D'ici là, la solidité du dispositif de preuve de Mediapart, autant que la démonstration contraire du RN, dira qui a dit vrai. Et l'échéance de 2027 rend ce verdict plus politique encore que judiciaire.
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