Blocages de lycées : visé par le préfet de police, le maire LFI de Saint-Denis Bally Bagayoko persiste
Par Roman Thill
Visé par une saisine de la justice du préfet de police de Paris Patrice Faure, le maire LFI de Saint-Denis Bally Bagayoko défend sa présence devant les lycées bloqués de sa ville et dément avoir encouragé les violences.
Bally Bagayoko, maire (LFI) de Saint-Denis, s'est rendu lundi et mardi devant le lycée Paul-Eluard de sa ville, en plein mouvement de blocage des établissements scolaires. Mercredi, le préfet de police de Paris, Patrice Faure, a saisi la justice contre lui, une décision relayée notamment par Le Figaro, qui précise le motif : « provocation à commettre un délit ». Interrogé jeudi 1er octobre sur Franceinfo, l'édile a assumé, sans ciller, sa présence sur le terrain.
« C'est la place d'un élu »
Sur les ondes, Bally Bagayoko a d'abord justifié son déplacement auprès des lycéens mobilisés : « c'est la place d'un élu », a-t-il déclaré, répondant aux accusations d'instrumentalisation politique du mouvement venues de l'exécutif et des opposants à La France insoumise. Il a comparé cette démarche à ses autres engagements : « comme quand il y a des sans-papiers qui sont concernés (…) Comme je l'étais d'ailleurs dans les grandes mobilisations pour le service public », a-t-il ajouté, assurant que sa « responsabilité en tant qu'élu » est « d'apprécier l'ensemble quasiment de la population, les lycéens en font partie ».
L'argument séduit par sa simplicité, mais il bute sur un point de droit : être présent auprès de sa population n'oblige pas à se poster physiquement devant un établissement dont l'accès est bloqué et dont une partie du portail principal a été renversée lors des actions. Un maire a une responsabilité d'ordre public dans sa commune ; choisir de se rendre sur les lieux d'un blocus, c'est nécessairement prendre position dans un rapport de force, et non simplement « apprécier » une situation.
Un lycée fermé, un portail renversé
Jeudi, le lycée Paul-Eluard était « exceptionnellement fermé » pour la journée, a indiqué l'équipe de direction dans un courriel adressé aux élèves et aux personnels et consulté par l'Agence France-Presse. « Cette mesure vise à garantir les meilleures conditions de sécurité pour l'ensemble de la communauté scolaire et à permettre la finalisation des travaux de remise en état du portail principal », précise ce message. Concrètement : des élèves privés de cours, des dégradations à réparer, une direction contrainte de fermer les portes. Voilà le résultat tangible du mouvement auprès duquel l'élu dit être venu simplement au contact des jeunes.
Difficile, dans ces conditions, de ne pas voir dans la présence du maire un effet de légitimation. Quand la plus haute autorité de la ville se déplace devant un lycée bloqué au lieu d'appeler à la reprise des cours, le signal envoyé aux mineurs concernés est clair, et ce n'est pas un appel au retour à la normale.
Vidéos, feu de poubelle et dénégations
L'affaire a pris un autre tour avec la diffusion de vidéos tournées lors des échauffourées à Saint-Denis. Selon Ouest-France, Bally Bagayoko a démenti avoir allumé un feu de poubelle devant un lycée : « Je n'ai évidemment ni allumé ni encouragé de feu de poubelle. Ces accusations sont grotesques et montrent la volonté de nuire à l'image du mouvement lycéen en cours », a-t-il déclaré. Sur Franceinfo, l'élu affirme aussi appeler « à la désescalade » et se défend « d'encourager la violence », après plusieurs affrontements entre forces de l'ordre et lycéens depuis le début du mouvement.
Reste que des propos tenus par le maire et repris dans la presse brouillent ce message : « la violence peut être légitime », a-t-il ainsi déclaré, selon un titre relayé par l'agrégateur de presse Google News. Une formule qui, pour un représentant de l'État en exercice, ne relève pas du simple débat d'idées. Elle fournit d'ailleurs un éclairage utile sur la décision du préfet Faure : quand un élu théorise la légitimité de la violence au moment même où des portails sont renversés et des établissements fermés, la frontière entre accompagnement et provocation devient une question judiciaire, pas seulement politique.
Une saisine qui pose la bonne question
La procédure engagée par le préfet de police tranche avec l'habituelle prudence des pouvoirs publics face aux élus insoumis. Elle pose une question que la gauche radicale préfère éluder : un maire peut-il, sous couvert de proximité avec sa population, se mêler d'opérations de blocage illégales d'établissements scolaires ? Le droit français réserve le maintien de l'ordre aux forces de l'État et le bon fonctionnement des écoles à une obligation qui vaut pour tous, y compris pour les élus locaux.
Pour Bally Bagayoko, l'affaire sera tranchée par la justice. Pour les familles de Saint-Denis, dont les enfants n'ont pas pu entrer en classe jeudi, le débat est plus simple : elles attendent d'un maire qu'il défende l'école, pas qu'il la courtise quand elle est en état de siège.
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