Meloni contre-attaque : l'Italie cible les Espagnols après l'afflux migratoire outre-Pyrénées
Le gouvernement italien de Giorgia Meloni a annoncé des contrôles renforcés à l'encontre des ressortissants espagnols entrant sur le territoire italien. Cette mesure intervient alors que l'Espagne a enregistré près de 40 000 arrivées migratoires irrégulières depuis le début de l'année.

Giorgia Meloni ne plaisante plus. Ou plutôt si, elle plaisante, mais c'est une plaisanterie qui pique. Alors que l'Espagne s'enfonce dans une crise migratoire sans précédent avec près de 40 000 arrivées irrégulières depuis janvier, la présidente du Conseil italien a choisi une réponse inattendue : contrôler systématiquement chaque Espagnol franchissant la frontière italienne. La boucle est bouclée, le boomerang aussi.
Le symétrie de la panique
L'Italie connaît le sujet. Lampedusa, les NGO, les négociations à l'arrache avec la Tunisie et la Libye. Meloni a bâti une partie de sa carrière sur cette lutte. Mais voilà que l'Espagne, longtemps épargnée par la comparaison, dépasse désormais l'Italie en termes d'arrivées. La réaction romaine ? Pas une aide, pas une coordination européenne crédible. Non. Un coup de pression bureaucratique contre les citoyens d'un pays membre, comme si le passif migratoire de l'Espagne justifiait de traiter ses ressortissants en suspects de passage.
On se souvient pourtant que Madrid et Rome affichaient encore récemment une entente cordiale sur le dossier. Pedro Sánchez et Meloni partageaient même une certaine irritation commune face à l'inertie de Bruxelles. C'était avant que les Canaries et les côtes andalouses ne basculent sous le poids des embarcations. Avant que l'opinion espagnole ne commence à gronder. Aujourd'hui, l'union nationale fait place à la méfiance réciproque.
Bruxelles spectateur payé
Entre-temps, l'Union européenne observe. Elle observe beaucoup, elle observe bien, elle observe surtout très cher. Le pacte sur la migration et l'asile, présenté comme la grande avancée du quinquennat von der Leyen, peine à décoller. Les réinstallations ? Symboliques. Les hotspots ? Surchargés. Les accords avec les pays tiers ? Achat de tranquillité à crédit, avec des régimes dont on ne veut pas trop savoir les méthodes.
Meloni le sait. Elle qui pourtant négociait elle-même avec les Libyens. Elle qui a vu ses propres chiffres baisser temporairement grâce à des arrangements opaques. La leçon n'a pas été perdue : quand la crise frappe chez le voisin, on ferme les vannes et on laisse les autres gérer. L'hypocrisie européenne en matière de solidarité n'a jamais été aussi visible.
Un précédent dangereux
Reste que la mesure italienne ouvre une boîte de Pandore. Si chaque État membre commence à indexer les citoyens des pays frontalement exposés aux flux migratoires, le Schengen devenu fantôme achèvera de s'effondrer. Les contrôles aux frontières intérieures se multiplient déjà. L'Allemagne en impose. La France aussi, ponctuellement. L'Italie vient d'ajouter une couche, avec cette fois une discrimination de fait fondée sur la nationalité.
Le pire ? Cela ne résoudra rien. Ni pour l'Espagne, submergée, ni pour l'Italie, qui se prépare électoralement à de nouvelles turbulences. Entre deux pays du Sud européen démunis face à un défi continental, la guerre des frontières remplace l'entraide. Pendant ce temps, les passeurs continuent leur commerce. Eux, au moins, ne font pas de discriminations.
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