Présidentielle 2027 : Bayrou relance son appel à un candidat unique, du PS aux Républicains, face au duel RN-LFI
Par Dimitri Scudo
L'ancien Premier ministre a renouvelé ce week-end sa proposition d'« organiser une compétition » entre les candidats du « fleuve démocratique » afin de désigner, avant le 1er février 2027, un candidat unique face au Rassemblement national et à La France insoumise. L'appel reste sans écho.
François Bayrou persiste et signe. Ce week-end, l'ancien Premier ministre et président du MoDem a de nouveau plaidé pour que les forces politiques situées entre les deux extrêmes se réunissent « autour d'une table », du Parti socialiste aux Républicains, afin de désigner un candidat unique à l'élection présidentielle de 2027. Objectif affiché : conjurer un second tour entre le Rassemblement national et La France insoumise, hypothèse qui n'a rien d'imaginaire à l'heure où aucun candidat des partis de gouvernement ne parvient à s'imposer.
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Une primaire du « fleuve démocratique » tranchée avant février
Le mécanisme proposé est connu : François Bayrou le défend depuis l'été. Dès le mois d'août, dans un entretien au Figaro, il appelait à « organiser une compétition » entre les candidats potentiels, « du Parti socialiste, dans sa version sociale-démocrate, jusqu'aux gaullistes ». Invité de CNews et Europe 1 quelques jours plus tard, il avait précisé sa pensée : un seul candidat pour ce « grand espace », investi « pour mission de renouveler le pays et de faire vivre ensemble les gens qui auront voté pour lui ».
Ce week-end, il a remis l'ouvrage sur le métier en fixant une échéance : le 1er février 2027 pour départager les prétendants. Sans se poser en recours, lui qui a renoncé à se présenter le 10 septembre sur BFMTV et RMC, il cite volontiers les profils de Jean-Louis Borloo, Xavier Bertrand ou Thierry Breton, figure déjà présentée ces derniers mois comme une possible incarnation de cet espace central.
« Un risque mortel pour le pays »
Le raisonnement de l'ancien maire de Pau tient en une formule qu'il répète depuis des semaines : « On peut se retrouver avec un deuxième tour extrême contre extrême, ce que j'appelle le face-à-face des pires, avec un risque mortel pour le pays ». Un duel entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, « c'est une catastrophe », résumait-il déjà le 10 septembre sur BFMTV. Les candidats des deux camps, selon lui, proposent « la division du pays, l'affrontement d'une partie contre l'autre ».
Le diagnostic n'est pas dénué de fondement. Un sondage OpinionWay publié à la mi-septembre créditait Marine Le Pen de 34 % des intentions de vote au premier tour, loin devant tous ses poursuivants. Côté central, aucune figure n'émerge : Édouard Philippe, tête de file d'Horizons, voit Gabriel Attal multiplier les apparitions dans son espace, tandis que Bruno Retailleau peine à installer sa candidature. Dans une tribune publiée début septembre, Le Monde notait qu'à moins de neuf mois du scrutin, aucun candidat issu des partis ayant gouverné n'était parvenu à percer, la dynamique restant aux mains de ceux qui promettent de renverser la table.
Un appel sans réponse
Reste que la méthode Bayrou n'a, à ce stade, convaincu personne. Olivier Faure a décliné l'invitation au nom du Parti socialiste dès le mois d'août, déclenchant une passe d'armes : « Il est tout à fait possible que les responsables soient des irresponsables et qu'ils disent : écoutez, non, les problèmes du pays ne m'intéressent pas. Ce qui m'intéresse d'abord, c'est ma propre promotion », avait alors répliqué le président du MoDem. Aucun des candidats déclarés, d'Édouard Philippe à Bruno Retailleau, n'a davantage manifesté l'intention de s'effacer.
La situation n'est pas sans ironie historique. C'est la conjugaison des votes du RN et de la gauche qui a renversé le gouvernement Bayrou en septembre 2025, lors du vote de confiance qu'il avait lui-même sollicité, Marine Le Pen écrivant alors que « seule la dissolution permettra désormais aux Français de choisir leur destin ». Un an plus tard, c'est précisément la perspective de voir ces deux forces s'affronter au sommet de l'État que l'ancien Premier ministre tente d'écarter, au nom d'un rassemblement que les intéressés refusent pour l'instant d'envisager.
Le spectre d'un hémicycle sans boussole
La fragmentation politique issue des dissolutions et des censure successives a laissé le pays sans majorité claire, et l'élection présidentielle s'annonce comme l'arbitre de cette longue crise. À droite comme au centre, la multiplication des candidatures nourrit le scénario que François Bayrou redoute par-dessus tout. Son appel du week-end, s'il est resté lettre morte, a au moins le mérite de poser la question qui fâche : à six mois du scrutin, qui, dans le camp républicain, acceptera de se retirer pour éviter le duel annoncé ?
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