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Immigration

Ceuta : quand les tombes deviennent des projectiles, la frontière européenne s'effondre en direct

À Ceuta, où 60 000 migrants ont franchi la frontière marocaine en quelques jours, des pierres tombales ont été arrachées et profanées pour servir de projectiles contre les forces de l'ordre. L'Italie a fermé sa frontière avec l'Espagne.

On croyait avoir tout vu dans la décomposition des frontières européennes. Erreur. À Ceuta, des pierres tombales ont été arrachées de leurs sépultures pour être balancées sur les forces de sécurité espagnoles. Les morts de l'enclave, y compris ceux qui l'ont construite, servent désormais de munitions contre elle. Voilà où en est l'Europe de Schengen en ce mois de juillet 2026.

Les chiffres donnent le vertige. Selon les autorités espagnoles, 60 000 migrants ont franchi la frontière depuis le Maroc en l'espace de quelques jours. Le gouvernement de Pedro Sanchez annonce triomphalement que plus de 48 000 personnes sont déjà "rentrées" au Maroc, comme si le simple fait de compter les allers-retours constituait une politique migratoire. On applaudit le retour des deux tiers, on oublie commodément que plus de 10 000 personnes restent sur place.

Le Maroc ouvre les vannes, Madrid encaisse

Rappelons l'évidence que personne au gouvernement espagnol n'ose formuler : pareil flux ne se déclenche pas tout seul. Le Maroc, pays tiers chargé de contrôler son côté de la clôture, a visiblement jugé le moment opportun pour desserrer la vis. Rabat maîtrise ce robinet migratoire depuis des années et s'en sert comme levier diplomatique, quand il veut de l'argent, du silence ou des concessions. Madrid acquiesce, Madrid paie, et les cimetières de Ceuta paient les pots cassés.

Sanchez appelle à l'unité, l'Italie ferme la porte

Face aux critiques, Pedro Sanchez a sorti la formule consacrée : un appel à l'unité des Européens. Traduction : nous avons perdu le contrôle, venez donc partager le fardeau. La réponse de Rome ne s'est pas fait attendre, et elle est cinglante. L'Italie a suspendu l'ouverture de l'espace Schengen à l'Espagne et fermé temporairement sa frontière commune. Autant dire que le mythe de la libre circulation vient de prendre un projectile en pleine figure, lui aussi.

L'Europe apprend à ses dépens

Le spectacle est désormais rodé. Une frontière cède, un gouvernement de gauche minimise, les médias bien-pensants parlent de "situation humanitaire", et un pays voisin rétablit ses contrôles dans l'urgence. Ceuta n'est que l'épisode ibérique d'un scénario déjà vu à Lampedusa, à Lesbos, à Calais. À chaque fois, la même leçon : sans volonté ferme aux frontières extérieures, c'est la frontière intérieure de chacun qui se referme.

Reste une image qui résume tout. Des hommes déterrent des stèles pour en armer leurs poings, pendant que des ministres européens rédigent des communiqués sur la solidarité. Ceux qui profanent les tombes du continent qui les accueille ne demandent pas l'asile. Ils déclarent leur mépris. Et l'Europe, fidèle à elle-même, répond par une réunion de crise.

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