Attentat de Trappes : la photo de Kevin T. retirée du site de l'association France Palestine Solidarité
Par Rudy Levasseur
Selon Fdesouche, l'Association France Palestine Solidarité a supprimé de son site internet une photographie où figurait Kevin T., l'auteur présumé de la tuerie raciste de Trappes. Radio Courtoisie révèle de son côté des clichés plaçant le tireur aux côtés de militants pro-palestiniens présentés comme proches de La France insoumise.
Trois jours après l'attentat qui a endeuillé Trappes et La Verrière, dans les Yvelines, le portrait de Kevin T. se complique. La revue de presse Fdesouche affirmait ce lundi 26 octobre que l'Association France Palestine Solidarité (AFPS) a retiré de son site internet la photographie sur laquelle figurait l'auteur présumé de la tuerie, précisant que Mediapart confirme qu'il s'agit bien de lui. Une suppression qui, si elle est avérée, interroge : pourquoi effacer la trace d'un membre au moment même où toute la France cherche à comprendre qui était cet homme ?
Dans la matinée, Radio Courtoisie avait déjà publié ce qu'elle présente comme une exclusivité : des photographies montrant Kevin T., 39 ans, en compagnie de militants pro-palestiniens décrits comme des sympathisants de La France insoumise. Selon la station, le nom d'Olivier Pareja figurerait parmi les personnes présentes sur ces clichés. « Ces éléments laissent penser que Kévin T. était davantage lié à la gauche qu'à la droite », écrit la radio, qui mentionne également des images évoquant un engagement antipublicitaire et une participation à des clips de rap. Elle confirme, de son côté, le retrait des photographies du site de l'AFPS.
Une thèse initiale fragilisée
Ces révélations viennent bousculer le récit installé dès les premières heures de l'enquête. Dès samedi, l'avocat de la famille de la victime avançait la thèse du terroriste d'extrême droite, et la découverte d'un exemplaire de Mein Kampf au domicile du suspect, révélée par Le Monde, semblait conforter cette lecture. Mediapart publiait ce lundi un portrait du tireur fondé sur les témoignages de membres de son groupe d'amis, le décrivant comme un trentenaire en « détresse » pour lequel « tout était à cause des Noirs et des Arabes », selon le titre de l'article, dont la haine aurait été alimentée par des discours racistes télévisés. La version de Fdesouche, toujours ce lundi, évoque pour sa part des tracts du Rassemblement national retrouvés, tout en rapportant que sa famille le décrit comme raciste mais pas militant, qu'il s'habillait parfois en djellaba et comptait un ami musulman.
L'appartenance, ou tout au moins la présence de Kevin T. sur le site de l'AFPS, dessine un profil moins univoque que celui qui a été servi à l'opinion pendant trois jours. La précipitation avec laquelle une certaine presse et une partie du monde politique ont verrouillé le profil idéologique du tueur appelle désormais à la prudence, quand ce n'est pas à l'examen de conscience.
Une course meurtrière de vingt minutes
Vendredi 23 octobre au matin, Kevin T. a ouvert le feu en rafales, depuis son véhicule, à Trappes puis à La Verrière. Pengo Bossio Wangi, 26 ans, espoir français du MMA qui s'entraînait à la Atch Academy d'Aubervilliers, a été tué. Cinq autres personnes ont été blessées, dont une fillette de 12 ans, grièvement atteinte. La course du tireur s'est achevée à Coignières au bout de près de vingt minutes, où il a été interpellé.
Lors de son arrestation, selon les informations du Monde obtenues de sources concordantes, le suspect s'est félicité d'avoir « vengé les commerçants » en s'en prenant « aux Noirs et aux Arabes », en réaction aux scènes de pillages et de vandalisme qui ont émaillé les manifestations du 17 octobre. Déjà condamné pour des délits de droit commun, il aurait sélectionné ses victimes en fonction de leur couleur de peau, selon l'enquête rapportée par Radio Courtoisie. Sa garde à vue a été interrompue pour raisons médicales, l'homme souffrant de schizophrénie, et il a été placé en observation psychiatrique.
Une enquête antiterroriste en cours
Le parquet national antiterroriste s'est saisi du dossier pour assassinats en relation avec une entreprise terroriste, en retenant la circonstance aggravante à caractère raciste. Emmanuel Macron a qualifié les faits d'« attentat terroriste raciste ». Samedi, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées à Trappes en hommage à la victime, derrière des pancartes proclamant « Trappes réclame justice et vérité », rapporte Le Monde.
L'enquête devra désormais établir quelles étaient les fréquentations réelles du tireur et la nature exacte de ses liens avec les milieux militants où les photographies le placent. Une précaution s'impose : selon Le Monde, un homonyme du suspect a été accusé à tort sur les réseaux sociaux, son nom et ses photos largement diffusés, et une source judiciaire a confirmé que le nom circulant en ligne n'était pas celui de l'homme en garde à vue. L'identification des personnes figurant sur les clichés révélés ce lundi devra donc être rigoureusement vérifiée par les enquêteurs, seuls à même de trancher.
Partenaires
Vous pourriez aussi aimer
Suite



