Sénatoriales 2026 : Gabriel Amard, gendre de Jean-Luc Mélenchon, premier élu LFI à siéger au palais du Luxembourg
Par Dimitri Scudo
Le député du Rhône Gabriel Amard, 59 ans, est devenu dimanche le premier élu de La France insoumise à entrer au Sénat, dix ans après la création du mouvement.
C'est une première dans la jeune histoire de La France insoumise. Dix ans après sa création, le mouvement fondé par Jean-Luc Mélenchon compte enfin un élu au Sénat. Et c'est, comme un symbole, le gendre du leader lui-même qui ouvre les portes du palais du Luxembourg : Gabriel Amard, député du Rhône de 59 ans, élu dimanche, « à la surprise générale » selon 20 Minutes.
La coïncidence est d'autant plus frappante que Jean-Luc Mélenchon a lui-même passé près de dix-neuf ans dans cette chambre haute, du temps où il siégeait sous les couleurs du Parti socialiste. Gabriel Amard est marié depuis 2016 avec la fille du fondateur de LFI, elle-même salariée du mouvement. Interrogé par Libération avant le scrutin, l'intéressé évacuait le parallèle : « C'est un clin d'œil de l'histoire, mais je ne suis pas dans le fétichisme ». Dimanche soir, il changeait cependant de registre, y voyant « une onde annonciatrice de la victoire de Jean-Luc Mélenchon » à la présidentielle. Difficile de ne pas relever la glissade : le fétichisme serait donc de retour dès lors qu'il sert la cause.
Un lien familial que LFI préférerait taire
Sur la question du népotisme, le mouvement marche sur des œufs. Et pour cause : un parti qui a construit une partie de son identité sur la dénonciation de l'oligarchie et des privilèges de caste se retrouve à envoyer au Sénat l'époux de la fille de son chef, salariée du mouvement. La défense des cadres est donc prévisiblement circonstanciée : « Sa vie privée n'a aucun rapport avec sa désignation », assénait un responsable LFI au moment de la nomination de Gabriel Amard comme tête de liste. Formule classique, dont on peut douter qu'elle eût convaincu la gauche radicale si un tel cas s'était présenté dans le camp d'en face.
Pour crédibiliser le choix, LFI met en avant le long parcours d'élu local du nouveau sénateur : adjoint au maire de Longjumeau de 1989 à 1995, maire de Viry-Châtillon de 1995 à 2006, conseiller régional d'Île-de-France de 1998 à 2001. Un CV indéniablement fourni, que la députée insoumise du Rhône Anaïs Belouassa-Cherifi salue : « Par son expérience en tant que maire et en tant qu'élu des collectivités territoriales, il saura représenter au mieux toute la diversité des territoires du Rhône ». Reste que cet argument n'explique pas tout : bien des élus locaux du Rhône ou d'ailleurs possèdent un parcours comparable sans jamais avoir été propulsés têtes de liste insoumises.
Un profil discret, mais contesté dans son territoire
Élu à l'Assemblée nationale depuis 2022, Gabriel Amard se distingue du style hérité des tribuns du mouvement. « Ce n'est pas le plus virulent », observe un élu du Rhône cité par 20 Minutes. Une modération relative qui, dans un groupe LFI rodé à la conflictualisation, pourrait aussi bien être un atout qu'une cible. Car au Sénat, institution que LFI affirme d'ailleurs vouloir supprimer, il faudra composer, négocier, siéger longtemps. Que le mouvement célèbre aujourd'hui sa première conquête dans une assemblée qu'il juge indigne d'exister en dit long sur la souplesse doctrinale de la formation : les principes semblent s'aménager dès lors qu'un siège est à prendre.
Dans le Rhône, tous les élus de gauche ne cachent pas leur agacement. « Il est assez actif mais il est très mal vu des élus, il les caporalise un peu. Et d'ailleurs, il a failli perdre aux législatives de 2024 contre l'ancien maire de Villeurbanne : à mon avis ça vient de là son envie d'aller au Sénat », grince l'un d'eux. Le rappel des faits lui donne du corps : en 2024, Gabriel Amard n'a conservé son fauteuil de député que d'un souffle, avec 50,57 % des voix dans la sixième circonscription du Rhône. Le Sénat, élu par les grands électeurs, offrait une voie de sortie confortable à un profil affaibli dans le scrutin direct. On comprend mieux, dès lors, le calendrier de la reconversion.
Un spécialiste de l'eau au parcours atypique
Côté thématiques, Gabriel Amard s'est construit une expertise sur la question de l'eau. Auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet, il pilote avec la députée Claire Lejeune le découpage en « écorégions », ce projet insoumis de réorganisation territoriale autour des bassins versants, en vue de la présidentielle de 2027. Ferme opposant à la corrida et végétarien assumé, il se décrivait en 2019 dans Le Monde comme le fils d'une « mère catholique anticléricale, d'origine italienne » et d'un père « juif de naissance, franc-maçon, laïc ». Un profil de militant sincère, auquel il est difficile de reprocher l'absence de conviction.
Mais l'essentiel est ailleurs. Avec cette élection, LFI franchit un seuil institutionnel qu'elle avait toujours délaissé, au nom d'une hostilité de principe à la chambre haute. Elle y envoie un homme de la famille, dans un territoire où sa réélection en 2027 n'avait rien d'acquis, après un scrutin de 2024 arraché de justesse. Que le mouvement y voie un signe annonciateur de victoire présidentielle relève de la communication de campagne plus que de l'analyse politique. Ce que cette entrée au Sénat illustre surtout, c'est la capacité d'un parti qui dénonce les entre-soi à en reproduire les mécanismes, dès lors que le fauteuil à pourvoir concerne les siens.
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