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Tuerie de Trappes : Le Monde admet avoir affirmé à tort que des tracts du RN avaient été retrouvés dans la voiture de Kevin T

Par Dimitri Scudo

Le quotidien a modifié son article sur l'attentat de Trappes après avoir écrit, à tort, que des tracts du Rassemblement national avaient été découverts dans la voiture du tireur. La rédaction a présenté ses excuses.

Tuerie de Trappes : Le Monde admet avoir affirmé à tort que des tracts du RN avaient été retrouvés dans la voiture de Kevin T

Le Monde a dû corriger l'un des éléments les plus sensibles de son article consacré à la tuerie de Trappes. Dans sa publication du samedi 24 octobre, le quotidien du soir affirmait que des tracts du Rassemblement national avaient été retrouvés dans la voiture de Kevin T., l'auteur présumé de l'attaque qui a coûté la vie à Pengo Bossio Wangi, 26 ans, et fait cinq blessés, dont une fillette de 12 ans grièvement touchée, vendredi 23 octobre dans les Yvelines. L'information était fausse. L'article a été modifié en début d'après-midi et la rédaction a présenté ses excuses.

Une affirmation restée en ligne plus de douze heures

Publiée dans la nuit de vendredi à samedi, à 0h24 précisément, la version initiale de l'article signé par trois journalistes du Monde mentionnait la découverte de ces tracts dans la Renault Clio du suspect. Entre sa mise en ligne et sa correction, vers 13h17 selon l'horodatage de l'article, l'affirmation erronée est ainsi restée accessible pendant plus de douze heures, un laps de temps considérable au regard de la charge politique de l'insinuation.

Ce que les enquêteurs ont réellement saisi dans le véhicule du tireur, c'est un pistolet-mitrailleur de type Sten et une bombe lacrymogène, selon le parquet national antiterroriste. C'est au domicile de Kevin T., à Plaisir, un appartement piégé à l'aide de bouteilles de gaz et de fils électriques connectés à un minuteur, qu'un exemplaire de Mein Kampf a été découvert lors de la perquisition, comme l'a rapporté L'Obs.

Aucun lien établi avec le Rassemblement national

À ce stade de l'enquête, rien ne rattache le Rassemblement national au périple meurtrier de Kevin T., un homme de 39 ans travaillant dans le secteur des hydrocarbures, non fiché S mais connu pour des faits de droit commun, d'après le parquet national antiterroriste. Marine Le Pen avait d'ailleurs condamné l'attaque dès vendredi soir sur les réseaux sociaux, en écho aux propos d'Emmanuel Macron, qui s'était rendu à Trappes dans la soirée pour dénoncer « un attentat terroriste raciste ».

La présence supposée de tracts RN dans la voiture du tueur n'était pas un détail. Dans le contexte d'une enquête ouverte sous la qualification d'assassinat terroriste à caractère raciste ou islamophobe, elle dessinait un faisceau de présomptions politiques que les faits, tels que communiqués par le parquet, ne permettent pas d'étayer. Sa diffusion par un quotidien de référence lui a conféré un crédit qu'aucun message anonyme sur les réseaux sociaux n'aurait obtenu.

Un week-end marqué par les fausses informations

L'affaire s'inscrit dans un week-end particulièrement trouble sur le plan informationnel. Parallèlement, un homme sans aucun rapport avec l'enquête, partageant simplement le prénom et l'initiale du patronyme du suspect, a été présenté à tort comme le tueur de Trappes sur TikTok, X et Facebook, dans des messages vus des millions de fois. Le Monde lui-même a consacré un article à ce calvaire, titrant sur « la meute » lâchée contre cet innocent, comme l'a également raconté Le Parisien.

Le contraste n'a échappé à personne : le même titre qui déplorait la propagation d'erreurs sur les réseaux sociaux laissait en ligne, durant plus de douze heures, une information fausse engageant directement le premier parti d'opposition. La correction et les excuses de la rédaction, actes attendus de la déontologie journalistique, ne peuvent effacer la durée d'exposition de l'erreur ni son objet.

L'enquête se poursuit

Sur le fond, l'instruction suit son cours. La garde à vue de Kevin T. a été levée dimanche 25 octobre pour raisons psychiatriques et le suspect a été transféré à l'infirmerie psychiatrique de la préfecture de police de Paris, afin d'y être soumis à une observation susceptible de durer quarante-huit heures, a indiqué le parquet national antiterroriste. Celle-ci doit permettre d'apprécier si son état de santé est compatible avec la poursuite de ses auditions. Trois personnes de son entourage ont également été placées en garde à vue, selon La Dépêche. C'est de ces investigations, et non de suppositions, que dépendra l'établissement précis des motivations du tireur.

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