Justice

Sarah Knafo annonce saisir l'Arcom et réclame la mise en demeure de Radio France

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L'eurodéputée compte 73 interruptions lors de son entretien de mercredi sur franceinfo. Avant cette annonce, la radio avait défendu ses deux journalistes, qui « ont exercé leur métier ». Nous n'avons pas trouvé sa réponse à la saisine.

Sarah Knafo, l'invitée de l'émission 8h30 sur France Info, le 28 octobre 2026. Source : France Info
Sarah Knafo, l'invitée de l'émission 8h30 sur France Info, le 28 octobre 2026. Source : France Info

La députée européenne Reconquête Sarah Knafo a annoncé samedi 31 octobre sur X qu'elle saisissait l'Arcom pour demander la mise en demeure de Radio France. Elle conteste son entretien du mercredi 28 octobre sur franceinfo, mené par Simon Le Baron et Audrey Tison. La radio avait défendu ses journalistes dès mercredi. Nous n'avons trouvé à ce stade ni réponse de Radio France à la saisine, ni réaction de l'Arcom.

« Je suis plus que jamais pour la privatisation de l'audiovisuel public », écrit l'élue, venue sur franceinfo présenter son livre Le casse du siècle. Elle ajoute : « mais tant que nous le paierons, il devra respecter la loi, et l'Arcom est là pour l'y obliger. » Celle qui veut vendre la maison exige donc, en attendant l'acte de vente, qu'on en applique le règlement intérieur.

Que reproche Sarah Knafo à franceinfo ?

Dans sa lettre au président de l'Arcom, Sarah Knafo liste huit griefs. Le plus chiffré tient en une phrase : « La transcription jointe relève 73 interruptions de l'invitée », sur une transcription de 24 minutes et 19 secondes. Elle dénonce aussi un « simulacre de procès », avec un bandeau « Knafo répond aux accusations » affiché dès la première minute, et reproche aux journalistes d'avoir énuméré trois fois les condamnations d'Éric Zemmour.

La lettre compte encore dix interruptions en moins de deux minutes, pendant que l'invitée énumérait les Français tués par le terrorisme islamique depuis 2012. « Ne me coupez pas pendant la liste de nos martyrs », avait-elle lancé à l'antenne. À un autre moment, Simon Le Baron lui avait demandé : « Quatre jours après la mort d'un homme parce qu'il était noir à Trappes, que cherchez-vous à faire quand vous parlez du racisme anti-blancs ? »

Un autre grief vise les économistes opposés à ses chiffres, qui auraient été invoqués sans contenu. Sarah Knafo avait répliqué à l'antenne : « Citez les noms » La retranscription qu'elle publie montre qu'Audrey Tison en a ensuite cité deux, Antoine Bozio et François Ecalle. Le dossier de l'accusation apporte ainsi, avec une grande honnêteté, un élément à la défense.

Sur quels textes s'appuie Sarah Knafo pour saisir l'Arcom ?

Sarah Knafo invoque les articles 3-1, 42 et 43-11 de la loi du 30 septembre 1986, ainsi que le cahier des charges de Radio France. Elle demande une mise en demeure au titre de l'article 42, un examen, selon des critères mesurables, du traitement des invités d'après leur orientation politique, et la publication des conclusions de l'instruction. Son message retient trois obligations : l'honnêteté de l'information, l'impartialité et l'égalité de traitement.

L'élue met en regard les entretiens de Mathilde Panot, le 5 octobre, et de Clémence Guetté, le 27 octobre, et assure qu'« il suffit de compter les interruptions, les rappels à l'ordre, les secondes de réponse laissées ». La lettre n'avance aucun chiffre pour ces deux invitées. Celle qui a compté 73 interruptions laisse cette fois l'addition à l'Arcom. L'annexe de la lettre précise que ses qualifications sont « des pistes d'examen et non des manquements juridiquement établis ».

Ce que répond franceinfo à Sarah Knafo

Franceinfo avait réagi dans l'après-midi du 28 octobre, avant cette annonce : « franceinfo apporte son plein soutien à Simon Le Baron et Audrey Tison, qui ont exercé leur métier. » La radio rappelle qu'il appartient aux journalistes « de poser des questions, relancer et confronter les responsables politiques à leurs déclarations ». La Société des journalistes de Radio France a réaffirmé ce soutien aux deux journalistes.

La radio regrette aussi une « stratégie visiblement délibérée de délégitimation du travail journalistique » et condamne « les attaques, les menaces ou les tentatives d'intimidation » visant ses journalistes. Elle a par ailleurs démenti avoir présenté des excuses à l'invitée. Sarah Knafo a versé ce message à son dossier, dont il forme le huitième grief. Le communiqué de défense est ainsi devenu une pièce de l'accusation.

L'échange avait tourné à l'affrontement dès l'ouverture. « Ce n'est pas vous qui posez les règles sur ce plateau », avait répondu Simon Le Baron à l'invitée, puis : « Je suis journaliste, je n'ai pas à condamner ou ne pas condamner. » Sarah Knafo avait lancé en fin d'entretien : « si vous arrêtiez de vous prendre pour des procureurs ». Elle a ensuite parlé sur X d'une « interview lunaire » et de « militants d'extrême gauche ».

L'Arcom a déjà mis Radio France en demeure en juin

Radio France connaît la procédure. Le 10 juin, l'Arcom l'a mise en demeure de respecter le pluralisme politique, après avoir constaté que le Rassemblement national était sous-représenté en journée sur France Inter et franceinfo. Sur franceinfo, plus de 70 % de son temps de parole passait entre minuit et 5 h 59, de janvier à mars. Sarah Knafo, elle, était reçue à 8 h 30.

Cette décision de juin portait sur des temps de parole mesurés sur trois mois. La saisine annoncée le 31 octobre porte, elle, sur la conduite d'un seul entretien de 24 minutes, jugée par l'élue contraire à l'impartialité. Aucune décision de l'Arcom sur le passage du 28 octobre n'a été annoncée à ce jour, à notre connaissance.

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