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Justice

Sarah Knafo saisit la justice après les propos de Jean-Michel Aphatie dans Quotidien

Par Roman Thill

La députée européenne Sarah Knafo a annoncé le dépôt d'une plainte contre Jean-Michel Aphatie, qui l'a qualifiée de « raciste » et de « xénophobe » sur le plateau de Quotidien sur TMC. C'est Gilles Verdez qui a révélé l'information dans l'émission de Cyril Hanouna.

Sarah Knafo saisit la justice après les propos de Jean-Michel Aphatie dans Quotidien

C'est une première pour Sarah Knafo : la députée européenne, proche d'Éric Zemmour, a décidé de saisir la justice après les propos tenus à son encontre par Jean-Michel Aphatie sur le plateau de Quotidien, diffusé sur TMC. L'annonce a été faite mardi soir par le chroniqueur Gilles Verdez dans l'émission de Cyril Hanouna.

Sur le plateau de Yann Barthès, l'ancien journaliste politique avait déclaré, en plein débat : « On essaye de vendre Knafo. Mais Knafo, elle est xénophobe et raciste comme lui [Éric Zemmour] ». Une charge frontale, sans fait ni argument précis à l'appui, qui a visiblement franchi pour l'eurodéputée la ligne de ce qu'elle est prête à tolérer.

Une plainte annoncée, une ligne rouge revendiquée

Sarah Knafo a justifié sa démarche en des termes qui dépassent sa seule personne : « À travers moi, il a insulté des millions de Français. On est taxé de raciste pour nous faire taire. Ce sont des méthodes staliniennes. On ne laissera plus rien passer », a-t-elle affirmé selon Gilles Verdez.

Sur les réseaux sociaux, elle avait déjà répliqué dès le lendemain de la séquence, le 22 septembre, avec une pique bien ajustée : « Il fut un temps où Jean-Michel Aphatie était journaliste. Il posait des questions. Aujourd'hui, il colle des étiquettes. » Elle lui reproche précisément d'avoir employé les mots « raciste » et « xénophobe » sans apporter le moindre fait ou argument pour étayer cette qualification.

Le point mérite d'être relevé. Si Jean-Michel Aphatie avait confronté Sarah Knafo sur telle ou telle position, tel ou tel chiffre de son ouvrage, ce serait le débat démocratique ordinaire. Mais l'accusation de racisme, prononcée sans étayage et sans contradiction sur un plateau où personne ne l'a relevée, n'est pas une analyse : c'est une condamnation morale. Or dans le droit français, cette qualification n'est pas anodine. La justice devra désormais trancher une question qui dépasse ce seul affrontement : jusqu'où peut aller la liberté de parole lorsqu'on qualifie publiquement une personnalité de « raciste » et de « xénophobe » ?

Le mot qui tue le débat

Il y a dans cette affaire un symptôme plus large que l'épisode télévisuel. Le mot « raciste », brandi comme un verdict sans procès, est devenu dans une partie du paysage médiatique l'instrument commode pour disqualifier un adversaire sans avoir à débattre de ses idées. Une fois l'étiquette posée, plus besoin de répondre aux arguments : l'accusé est sorti du champ républicain par décret. Sarah Knafo n'est évidemment pas la première visée : une part non négligeable des électeurs de droite, et jusqu'aux classes populaires qui votent pour des partis « populistes », reconnaît dans cette mécanique le procédé dont elle s'estime victime par procuration.

En portant plainte, l'eurodéputée fait un pari : transformer une insulte de plateau en question de droit. C'est aussi, habilement, une manière de rappeler que la liberté de la presse n'a jamais été un permis de diffamer. Les journalistes, si prompts à réclamer la protection des sources et la présomption d'innocence, pourront difficilement défendre l'idée qu'un chroniqueur puisse distribuer des qualifications pénales sans en répondre.

Une sortie médiatique sur fond de succès éditorial

L'affaire survient au moment précis où Sarah Knafo connaît une exposition médiatique inédite. Son livre Le Casse du siècle, consacré aux dépenses publiques françaises, frôle les 200 000 exemplaires vendus en quelques semaines, un chiffre remarquable pour un essai politique. La multiplication de ses invitations télévisées et de ses dédicaces , elle a récemment croisé François Hollande dans une gare, lui-même en promotion , a mécaniquement accru le nombre de confrontations sur les plateaux.

La formule d'Aphatie, « on essaye de vendre Knafo », en dit d'ailleurs long sur l'arrière-plan : le succès commercial de l'ouvrage est lu comme une manœuvre de communication, et non comme l'intérêt réel d'un public pour une enquête sur les finances publiques. C'est une vieille habitude : quand un livre de droite se vend, on n'interroge pas ses thèses, on dénonce sa promotion.

Reste une question d'opportunité politique que la plainte ne résoudra pas seule. Judiciariser le débat comporte un risque, connu : celui d'enfermer l'adversaire dans un procès en diffamation d'où il sortira, quelle que soit l'issue, en martyr de la liberté d'expression. Jean-Michel Aphatie, dont la carrière a traversé toutes les grandes rédactions avant d'échouer sur un plateau de divertissement, pourrait se trouver confortable dans ce rôle. Mais à l'inverse, laisser passer signifiait acter que traiter une élue de raciste en prime time, sans fait et sans contradiction, est désormais du journalisme. Sarah Knafo a choisi de ne pas laisser passer. La justice dira s'il y a insulte publique ; l'opinion, elle, a déjà compris de quoi il s'agissait.

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