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Non-remplacement des professeurs : Édouard Geffray dégaine 3 000 enseignants sans affectation pour calmer la crise des lycées

Par Dimitri Scudo

Face aux blocages de lycées, le ministre de l'Éducation nationale a annoncé jeudi sur TF1 le déploiement de 3 024 professeurs non affectés dès vendredi, ainsi que le recrutement de plusieurs centaines d'autres enseignants.

Non-remplacement des professeurs : Édouard Geffray dégaine 3 000 enseignants sans affectation pour calmer la crise des lycées

La séquence en dit long sur l'état de fébrilité du gouvernement. Jeudi 8 octobre, sur le plateau de TF1, le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, a dégainé un plan d'urgence face à la mobilisation des lycéens qui bloquent leurs établissements pour dénoncer le non-remplacement des professeurs absents. Au menu : 3 024 enseignants actuellement sans affectation, mobilisés dès ce vendredi, plusieurs centaines de recrutements supplémentaires entre vendredi et mardi, et la promesse de « des centaines de milliers » d'heures d'enseignement en plus.

Un logiciel, 114 lycées « rouges » et une accélération opportune

Selon le ministre, ce déploiement serait rendu possible par un nouvel outil de pilotage. « Grâce à un logiciel que j'ai demandé il y a un an, on a pu identifier 114 établissements considérés comme rouges et 400 comme oranges », a-t-il détaillé. Questionné sur le retard pris par ces mesures, alors que la rentrée a déjà plusieurs semaines, Édouard Geffray a reconnu que l'outil n'aurait pas dû être opérationnel si tôt : « Le logiciel est en cours de déploiement, j'ai accéléré les choses, il était prévu pour début novembre. Nous n'avions pas les outils de pilotage ».

L'aveu mérite d'être souligné. Le ministère le plus doté de l'État, premier budget de la Nation, reconnaît tranquillement qu'il ne savait pas, jusqu'ici, où se trouvaient ses besoins les plus criants. Il aura fallu que des adolescents barricadent leurs lycées pour que l'administration découvre l'usage d'un tableau de bord. Et la question que personne, rue de Grenelle, ne semble vouloir poser frontalement demeure : comment se fait-il que plus de 3 000 professeurs soient rémunérés sans affectation, au moment même où des centaines de milliers d'heures de cours ne sont pas assurées faute de remplaçants ? Voilà qui en dit long sur la gestion des ressources humaines d'un mammouth que les réformes successives n'ont jamais réussi à discipliner.

Des moyens débloqués sous la pression de la rue

Au-delà du redéploiement, le ministre va « autoriser les recteurs à recruter plus que ce pour quoi ils sont autorisés », avec l'objectif de plusieurs centaines d'enseignants supplémentaires entre vendredi et mardi. Interrogé sur le coût de l'opération, Édouard Geffray a botté en touche : « Ce qui m'intéresse, c'est que des élèves qui n'ont pas cours aujourd'hui vont avoir cours demain ». L'intention est louable. Mais refuser de chiffrer une mesure budgétaire, dans un pays qui prépare un projet de loi de finances sous surveillance de ses créanciers, relève d'une conception singulière de la responsabilité publique. À droite, on considère généralement que le « combien » n'est pas un détail technique, mais la première des questions.

Sébastien Lecornu a complété le dispositif en précisant que le plan devait « permettre davantage de remplacements de courte durée par des professeurs déjà présents dans l'établissement dès la rentrée de la Toussaint », via les heures du « pacte enseignant ». « Chaque heure de cours perdue faute de professeur remplacé pénalise les élèves », a ajouté le Premier ministre. Constat juste, que les familles font depuis des années sans attendre que Matignon le formalise.

Un accueil sceptique sur le terrain

La communication ministérielle n'a pas convaincu partout. RTL s'interroge sur l'origine réelle de ces 3 000 remplaçants déployables en quelques heures, parlant d'un « énième bricolage ». Dans l'académie de Toulouse, la continuité pédagogique peine à fonctionner et certains enseignants qualifient déjà le dispositif de « pub du ministère », selon La Dépêche. À Agen, rapporte Sud Ouest, les lycéens ont rejoint le mouvement national sous surveillance policière, avec cette formule qui résume le malaise : « On est censés passer le bac et on nous envoie la BAC ».

C'est bien là le nœud politique de l'affaire. Le gouvernement n'a pas anticipé une crise pourtant prévisible, chaque rentrée offrant son cortège de classes sans professeurs. Il réagit sous la pression de la rue, avec des effectifs qui existaient déjà mais dormaient dans les tuyaux de l'administration. Que 3 000 enseignants sans affectation soient soudain disponibles prouve au moins une chose : le problème n'était pas seulement une pénurie de candidats, mais aussi une incapacité de l'État à allouer ses propres moyens. Le ministre a par ailleurs indiqué que 66 000 lycéens avaient répondu à une consultation, promettant des réponses « établissement par établissement », et annoncé que le gouvernement déposerait des amendements au projet de loi de finances pour 2027 concernant le budget de l'Éducation nationale, sans préciser si l'enveloppe augmenterait.

On jugera sur pièces. Un pilotage digne de ce nom, une gestion rigoureuse des postes et une autorité académique assumée feraient plus pour l'école que n'importe quel plan d'urgence dégainé au vingtième heure. Mais cela suppose une constance que les annonces télévisées, aussi massives soient-elles, n'ont jamais remplacée.

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