Insolite

Aurélien Saintoul écrit « bismillah » sur X et se fait reprendre par l'auteur Ismaël Boudjekada

Par

Le député LFI a écrit « Bon ben bismillah à samedi... » vendredi. Ismaël Boudjekada lui reproche d'employer des mots dont il ne comprendrait pas le sens. Nous n'avons pas trouvé de réaction du député à ce stade.

Aurélien Saintoul, le 13 février 2023 à l'Assemblée Nationale, traitant le ministre du Travail de l'époque, Olivier Dussopt, d'« assassin ». Photo : Assemblée Nationale
Aurélien Saintoul, le 13 février 2023 à l'Assemblée Nationale, traitant le ministre du Travail de l'époque, Olivier Dussopt, d'« assassin ». Photo : Assemblée Nationale

Le député La France insoumise des Hauts-de-Seine Aurélien Saintoul a publié sur X, vendredi 30 octobre, le message « Bon ben bismillah à samedi... ». L'auteur et journaliste Ismaël Boudjekada, ainsi qu'il se présente sur ce réseau, lui a répondu publiquement samedi 31 octobre vers 6 heures, en lui demandant de cesser « l'usage de mots dont vous ne semblez pas comprendre le sens ». Nous n'avons pas trouvé de réaction du député à ce stade.

Ce qu'Ismaël Boudjekada reproche à Aurélien Saintoul

Le message du député cite le post d'un compte X consacré à l'eurodéputée insoumise Rima Hassan et à deux mots que ce compte lui attribue : « À samedi ». Aurélien Saintoul ne précise pas de quel rendez-vous il parle. Son texte tient en vingt-neuf caractères, points de suspension compris, ce qui ne l'a pas empêché de recueillir 730 réponses. La concision a ses limites comme moyen de prudence.

Ismaël Boudjekada a répondu en citant ce message : « Il s'agirait d'écouter la communauté musulmane de France qui, nombreuse, vous demande d'arrêter l'usage de mots dont vous ne semblez pas comprendre le sens. » Il ajoute : « Vous aviez le choix entre le respect ou l'ignorance. Vous semblez avoir choisi la deuxième option de manière totalement contreproductive. » Sa réponse comptait dimanche 276 798 vues, contre 263 704 pour le message du député.

Ces mots n'engagent que leur auteur. Il invoque une communauté sans donner de chiffre, et nous n'avons pas trouvé de prise de position d'une instance religieuse sur le message du député. Son profil X indique « 7x Auteur », « Journaliste » et « Militant des causes justes ». Il ne mentionne pas de confession, et sa réponse non plus.

Que signifie « bismillah » ?

« Bismillah » signifie en arabe « au nom de Dieu ». C'est le début de la formule qui ouvre les sourates du Coran, à l'exception de la neuvième : « Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux ». Les musulmans la prononcent traditionnellement avant de commencer une tâche ou un repas. Le mot relève donc d'abord de la pratique religieuse.

Dans l'argot français, le terme s'est en partie détaché de ce sens pour se rapprocher de « on y va ». C'est la lecture la plus favorable au député de Bagneux, Malakoff et Montrouge : un élu qui annonce un rendez-vous dans le vocabulaire du moment. Nous n'avons pas trouvé d'explication de sa part sur ce choix de mot, ni d'indication sur le sens qu'il entendait lui donner.

D'où vient le slogan « Bismillah, c'est les ténèbres » ?

Le mot a pris un autre tour depuis le début du mois d'octobre, avec la circulation de captures d'écran de Snapchat, réseau utilisé par des lycéens pour organiser des blocus. Un compte nommé « Mamadou » y demande à rejoindre un groupe. De nombreux élèves ont conclu que ce compte était tenu par un policier se faisant passer pour un adolescent, et la phrase est devenue leur mot d'ordre.

Cette origine n'est pas établie. Comme le relevait Euronews le 19 octobre, ni la police ni le ministère de l'Intérieur n'avaient commenté, et personne n'avait vérifié de manière indépendante qui tenait ces comptes. Des internautes affirment les avoir remontés jusqu'à des commissariats, sans confirmation. Aucune des sources que nous avons consultées n'établit qu'il s'agirait d'un agent de la brigade anti-criminalité (BAC), hypothèse qui circule en ligne.

Pour les lycéens qui le reprennent, le slogan se moque de quelqu'un qui emprunte des mots sans en maîtriser l'usage. Aurélien Saintoul se voit désormais adresser à peu près le même reproche. L'arroseur arrosé n'avait pourtant écrit que cinq mots, sans même reprendre le slogan entier.

Emma Fourreau, les pancartes et les précédents à gauche

L'eurodéputée insoumise Emma Fourreau a connu un épisode voisin à la mi-octobre. Selon Le JDD, elle avait repris le slogan sur Instagram pour appeler à manifester le 17 octobre, et des internautes lui ont demandé : « Retire le post ». L'identité de ces internautes et l'authenticité de toutes les captures diffusées ne sont pas établies. L'avertissement n'a visiblement pas atteint Montrouge.

Le slogan a aussi été visé dans la rue. Boulevard Voltaire a décrit le 21 octobre une vidéo TikTok, que nous n'avons pas pu voir, où un jeune homme inspecte des pancartes de manifestants et arrache celles qui portent la formule, au motif qu'on ne joue pas avec l'islam. Les sources que nous avons lues évoquent quelques internautes et manifestants, et nous n'avons pas trouvé d'élément rattachant ces pancartes à un parti.

Nous n'avons pas trouvé de réponse d'Aurélien Saintoul à Ismaël Boudjekada à ce stade, ni de commentaire de La France insoumise. Dimanche 1er novembre, le message du député restait en ligne, sans modification. Le rendez-vous de samedi est passé, le mot est resté.

Partager cet article

Partenaires

Vous pourriez aussi aimer

Suite