Le Rempart

Insolite

Avis Google truqués à la permanence de Sébastien Delogu : la majorité des louanges émane d'une intelligence artificielle

Par

Le Canard enchaîné révèle que la note de 4,9 sur 5 affichée par la permanence marseillaise du député LFI repose sur des avis massivement rédigés par une IA, selon le détecteur Pangram.

La permanence parlementaire de Sébastien Delogu, située dans le 15e arrondissement de Marseille. Photo : Google Avis
La permanence parlementaire de Sébastien Delogu, située dans le 15e arrondissement de Marseille. Photo : Google Avis

Une note de 4,9 sur 5 sur Google, fièrement affichée sur son site Internet flambant neuf : la permanence marseillaise du député La France insoumise Sébastien Delogu aurait presque tout d'une adresse recommandable. Sauf que la plupart de ces éloges n'ont jamais été écrits par un électeur, mais par une intelligence artificielle, révèle Le Canard enchaîné dans son édition parue ce mercredi 28 octobre.

À lire aussi : Sébastien Lecornu : son numéro de portable fuite sur internet après le piratage du Slip Français · Après plus de 8 heures de garde à vue, le dossier révèle finalement que sébastien delogu a bousculé, puis traité les policiers de "bande de fatigués" et de "trous du c*l

Des éloges qui sentent le robot

Sur son site, l'élu de la 7e circonscription des Bouches-du-Rhône invite ses administrés à « donner son avis ». Cinquante-cinq internautes s'y sont pliés, près de cinquante-deux décernant la note maximale de cinq étoiles. Patricia salue « la qualité de l'accueil ainsi que le professionnalisme de toute l'équipe », Victor « recommande cette permanence pour toute personne ayant besoin d'accompagnement auprès de son député », Louisa loue une équipe « à l'écoute, disponible et professionnelle ».

Soumis par l'hebdomadaire satirique au détecteur de textes Pangram, ces commentaires ressortent comme « rédigés par IA ». En clair : le député, ou du moins son entourage, aurait eu recours à un outil d'intelligence artificielle pour fabriquer de toutes pièces une réputation flatteuse.

« James Bond », seul mécontent authentique

Seul avis qui semble échapper à la mécanique de l'éloge artificiel : celui d'un certain « James Bond », qui décerne une seule étoile et raconte une toute autre expérience. « Il est indiqué ouvert le mardi, mais la permanence est fermée aux horaires inscrits. Injoignable ! », déplore-t-il. Cet administré-là n'avait visiblement pas besoin d'une machine pour s'exprimer.

La manœuvre est d'autant plus remarquable que la réputation numérique d'un élu n'est pas un détail : elle pèse sur la confiance que les habitants d'une circonscription accordent à leur représentant. Gonfler artificiellement ses notes, c'est tromper précisément ceux que l'on prétend servir.

Une révélation au moment le plus délicat

Cette affaire de façade survient dans une période judiciaire éprouvante pour le parlementaire. La semaine dernière, devant le tribunal judiciaire de Marseille, la procureure adjointe a requis à son encontre deux ans de prison avec sursis et cinq ans d'inéligibilité pour diffusion de documents volés à un chef d'entreprise. L'élu, qui avait plaidé avoir été « mal conseillé » et agi « dans l'urgence », attend son jugement.

Il devra encore comparaître en novembre puis en décembre, cette fois pour outrage et diffamation, après ses échanges houleux avec des policiers. Dans cette séquence, chaque élément qui nourrit le doute sur sa probité compte double.

La méthode d'un parti qui aime les leçons de morale

L'affaire prête d'autant plus à réflexion que La France insoumise se pose régulièrement en victime de campagnes de désinformation et dénonce, à juste titre, les manipulations numériques qui ciblent ses candidats. En mars dernier, le mouvement s'était ému à bon droit de l'étrange offensive de faux comptes visant Sébastien Delogu lui-même en pleine campagne municipale.

Dénoncer la tromperie quand elle vous frappe et la pratiquer quand elle vous sert : voilà une conception de l'honnêteté qui laissera les électeurs de Marseille jugeant, eux, sans algorithmes. Le tribunal, lui, rendra sa décision dans l'affaire des documents volés dans les semaines qui viennent.

Partenaires

Vous pourriez aussi aimer

Suite