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Vacances à 434.000 euros sur l'île Moustique : Matthieu Pigasse plaide la richesse assumée de gauche

Par Rudy Levasseur

Pointé du doigt par Le Canard enchaîné pour un séjour à 434.000 euros sur l'île Moustique, le banquier d'affaires Matthieu Pigasse s'est justifié ce mardi sur France Inter, affirmant qu'être de gauche n'impose pas le vœu de pauvreté.

Vacances à 434.000 euros sur l'île Moustique : Matthieu Pigasse plaide la richesse assumée de gauche

La polémique avait couvé une semaine. Le Canard enchaîné révélait le 17 septembre que Matthieu Pigasse avait passé ses vacances d'été sur l'île Moustique, aux Caraïbes : 19 jours pour un montant évalué à 434.000 euros, soit une villa louée autour de 130.000 euros la semaine. Ce mardi matin, le banquier d'affaires et patron du groupe de médias Combat (Les Inrockuptibles, Radio Nova) a choisi le micro de France Inter pour répondre, face à Benjamin Duhamel. Il ne nie pas la destination, refuse de confirmer les chiffres, et contre-attaque : « Moi, je ne réponds pas à la police des mœurs ».

La séquence n'est pas anodine. Elle intervient alors que Matthieu Pigasse affirme ne fermer « aucune porte » à une candidature à la présidentielle de 2027, au nom de « l'union des gauches », tout en snobant la primaire social-démocrate. Autant dire que chaque sortie médiatique compte désormais double : ce n'est plus un financier qui parle, c'est un candidat potentiel qui teste sa capacité à encaisser.

Le tiers état, argument d'autorité

Le journaliste lui objectait une contradiction possible entre combat de gauche et train de vie. D'autant que Pigasse s'était proclamé, lors des dernières universités d'été des Écologistes, membre du « tiers état ». Sa défense passe alors par un cours d'histoire : « Étaient membres du tiers état ceux qui n'appartenaient ni au clergé, ni à la noblesse. Dans le tiers état, il y avait de riches industriels et de riches financiers », répond-il, citant Dupont de Nemours, Mirabeau, Mounier et Barnave. « Ils avaient tous la même volonté de changement. C'est ce qui m'anime. »

La référence est habile mais glissante. Mirabeau et Barnave ont fini déchirés par la Révolution qu'ils avaient contribué à lancer : invoquer les riches du tiers état pour justifier sa place dans le camp populaire, c'est aussi rappeler que ce camp a rarement épargné longtemps ses bailleurs de fonds. Un candidat plus rompu à l'exercice aurait sans doute évité la comparaison.

« Ce n'est pas de l'argent public »

Sur le fond, la ligne de défense est carrée. « Être de gauche, ce n'est pas faire vœu de pauvreté. On n'est pas de gauche en fonction de son compte en banque ou de ce que l'on possède, mais en fonction de ses valeurs, de ses engagements, de ses convictions », martèle-t-il. Il dit « comprendre » que les montants avancés par le Canard enchaîné « puissent choquer » : « Ce sont des montants qui sont en effet considérables. Mais ce n'est pas de l'argent public, c'est de l'argent privé. C'est mon argent personnel, et il n'y a aucun conflit d'intérêts d'aucune sorte. »

Sur le plan juridique, difficile de le contredire : un homme riche dépense sa fortune comme il l'entend, et il n'existe pas, comme il le rappelle, de « police des vacances ». C'est précisément là que le débat se déplace. Personne ne demande à Matthieu Pigasse des comptes d'argent public. Ce qu'une partie de son propre camp lui reproche, c'est l'écart entre le récit et la vie : se réclamer du tiers état devant les militants écologistes, puis régler une note de séjour qui équivaut à vingt ans de Smic. La droite, elle, n'a jamais eu de problème avec la réussite ni avec son affichage. C'est la gauche qui a fait de la dénonciation des riches une arme électorale ; elle découvre simplement que l'arme se retourne contre ses propres champions dès lors qu'ils vivent conformément à leur fortune plutôt qu'à leur discours.

La taxe Zucman comme bouclier

L'argument central de la contre-attaque tient en une phrase : « L'indécence serait d'avoir de l'argent et de demander des sacrifices aux autres. Moi je fais partie de ceux qui disent : oui, j'ai de l'argent, oui je suis riche, et oui je veux payer plus d'impôts. » Pigasse rappelle s'être toujours situé « avec beaucoup de transparence » dans le champ de la taxe Zucman, cette contribution minimale de 2 % visant les patrimoines supérieurs à 100 millions d'euros portée par le jeune économiste Gabriel Zucman et devenue le totem fiscal de la gauche.

Le raisonnement mérite d'être pris au sérieux, car il touche une vraie question : vaut-il mieux un riche qui revendique plus d'impôt pour les siens qu'un riche qui optimise en silence ? Sur le principe, la posture de Pigasse est plus honnête que celle de beaucoup de donateurs discrets de la gauche. Reste que promettre de payer plus d'impôts si on gagne ne coûte rien avant l'élection, et que la taxe Zucman, précisément, est contestée y compris par des économistes de gauche pour ses effets sur l'investissement et l'exil patrimonial. Se draper dedans en guise de certificat de vertu est un calcul politique autant qu'une conviction.

Un coût politique bien réel

En attendant, l'épisode laisse des traces. Sur les réseaux et dans les commentaires, la formule « gauche caviar » a été remise au goût du jour, version « gauche Moustique ». Plusieurs internautes soulignent aussi que Pigasse a bâti une partie de sa communication sur la critique des milliardaires de droite, Vincent Bolloré en tête, ce qui rend la leçon de morale d'autant plus fragile. Le problème n'est pas le séjour : c'est la chronologie. À quelques mois d'une possible entrée en campagne, un candidat qui veut incarner l'union des gauches ne peut pas se permettre que son premier fait d'armes médiatique soit une villa à 130.000 euros la semaine, cinéma privé et personnel de maison compris, selon les détails rapportés par Midi Libre.

Matthieu Pigasse demande à être jugé sur ses engagements et ses convictions plutôt que sur son compte en banque. Soit. Mais en politique, le compte en banque n'a jamais disqualifié personne à condition d'assumer pleinement ce qu'il signifie. C'est la tentative de jouer sur les deux tableaux, fortune insulaire d'un côté et étendard du tiers état de l'autre, qui fragilise le personnage. L'électorat de gauche tranchera en 2027 ; il a déjà montré par le passé qu'il pardonnait moins l'écart que la richesse elle-même.

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