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Sébastien Lecornu : son numéro de portable fuite sur internet après le piratage du Slip Français

Par Roman Thill

Le Premier ministre Sébastien Lecornu figure parmi les victimes du piratage du site Le Slip Français survenu en 2024 : son numéro de téléphone portable circule désormais sur internet, révèle Le Canard enchaîné.

Sébastien Lecornu : son numéro de portable fuite sur internet après le piratage du Slip Français

La révélation tombe mal, ou plutôt elle tombe à point nommé selon le côté où l'on se place. Alors que Sébastien Lecornu doit s'exprimer ce mercredi soir depuis Matignon pour tenter d'apaiser le mouvement lycéen qui a mobilisé de nombreuses villes la veille, Le Canard enchaîné publie une information d'un tout autre registre : le numéro de téléphone portable du Premier ministre circule sur internet, victime collatérale du piratage du site marchand Le Slip Français.

« Des infos perso du chef du gouvernement sont parties dans les méandres d'internet », écrit l'hebdomadaire satirique. L'affaire remonte à 2024, lorsque Sébastien Lecornu était ministre de la Défense. Cette année-là, le vendeur en ligne de sous-vêtements tricolores avait subi un piratage massif : les données de 1,5 million de clients avaient été dérobées puis diffusées par des pirates informatiques. Selon les éléments disponibles, le fichier compromis contenait noms, prénoms, numéros de téléphone, adresses postales, adresses électroniques et numéros de commandes. Le nom du membre du gouvernement figurait tout simplement dans la base clients de l'enseigne.

Un gouvernement largement exposé

Le cas du Premier ministre, s'il prête à sourire, n'est malheureusement pas isolé. Selon Le Canard enchaîné, 25 des 36 membres du gouvernement voient leurs données personnelles circuler sur internet. La Dépêche du Midi en énumère quelques exemples édifiants : l'adresse personnelle de la ministre des Armées, révélée après le piratage de son opticien à Reims ; le numéro de téléphone personnel du ministre du Travail Jean-Pierre Farandou ; ou encore le numéro de Sécurité sociale et le RIB à la Caisse d'Épargne de la ministre chargée du Numérique.

Le détail a de quoi faire réfléchir. Que la ministre en charge précisément du numérique voie ses identifiants bancaires et son numéro de Sécurité sociale naviguer en liberté sur la toile résume assez bien le décalage entre les discours officiels sur la souveraineté numérique et la réalité des pratiques, y compris au sommet de l'État. La protection des données personnelles ne se décrète pas dans un communiqué : elle commence par l'exemplarité de ceux qui gouvernent.

Une insécurité numérique qui devient structurelle

Cette affaire s'inscrit dans un contexte plus large et plus inquiétant. Ces dernières semaines, la Direction générale des finances publiques a elle-même dû reconnaître un piratage touchant, selon ses propres termes, « quelques centaines de milliers d'usagers » du fisc. L'administration fiscale, celle-là même qui centralise les données financières de tous les contribuables, n'est donc pas davantage à l'abri qu'un site de vente de caleçons.

Difficile, dans ces conditions, d'y voir de simples accidents isolés. La multiplication des fuites, qu'elles touchent des entreprises privées, des professionnels de santé ou des administrations centrales, dessine un tableau où la France accumule un retard manifeste en matière de cybersécurité. L'État impose aux citoyens et aux entreprises une collecte de données toujours plus dense, mais se montre incapable de garantir la protection des siennes. C'est une question d'autorité régalienne autant que de technique : un pouvoir qui ne sécurise pas les informations dont il a la charge fragilise la confiance sur laquelle repose tout son action.

Leçons de prudence pour l'exécutif

Pour Sébastien Lecornu, l'épisode restera sans doute mineur sur le plan politique : changer de numéro de téléphone n'a jamais fait tomber un gouvernement. Mais la séquence est révélatrice d'un relâchement général. Lorsqu'un ministre de la Défense, futur Premier ministre, laisse son numéro personnel dans la base clients d'un site marchand, on mesure le chemin qui reste à parcourir en matière d'hygiène numérique au sommet de l'État.

La droite a raison d'insister depuis longtemps sur ce point : la souveraineté numérique ne tient pas dans des slogans sur le cloud européen ou les grandes déclarations de forum internationaux. Elle tient à des règles strictes, appliquées d'abord par ceux qui les édictent. Tant que les trois quarts d'un gouvernement verront leurs coordonnées personnelles circuler librement, les leçons de cybersécurité données aux Français resteront lettre morte.

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