Insolite

« Caca sur Bardella » : la gauche anti-RN se trouve un hymne de cour de récréation

Par

Chanté le 24 octobre à Orléans face au congrès du RN, le refrain « on fait caca sur Bardella » cumule des millions de vues. La riposte de la gauche au RN tient désormais en trois rimes.

"On fait caca sur Bardella", fièrement affiché par une manifestante sur sa pancarte. Photo : Source inconnue
"On fait caca sur Bardella", fièrement affiché par une manifestante sur sa pancarte. Photo : Source inconnue

Une manifestante interrogée par France 3 Centre-Val de Loire le samedi 24 octobre à Orléans, dans le cortège opposé au congrès du Rassemblement national, a expliqué les pancartes de son groupe d'amis en chantant : « On fait caca sur Bardella, on fait pipi sur les nazis, on fait popo sur les fachos. » Publiée par la chaîne, la séquence a dépassé le million de vues sur Instagram et les 3 millions sur un repost TikTok.

Comment le refrain d'Orléans a conquis les réseaux sociaux

En quelques jours, le micro-trottoir est devenu un son que les internautes reprennent pour se filmer, chanter ou danser. Les remix se sont multipliés, en version techno, orientale ou africaine, et certains imaginent déjà le morceau en sonnerie de téléphone, en musique de mariage ou en comptine pour enfants. Cette dernière proposition a au moins le mérite de rendre l'œuvre à son public naturel.

Le HuffPost a parlé dès le 27 octobre d'« un hymne viral contre l'extrême droite ». Deux jours plus tard, André Bercoff intitulait son émission sur Sud Radio « Le nouveau discours politique : on fait caca, pipi, popo sur les fachos ! », avec ce jugement : « c'est pas de la grande littérature, mais le message y est ». Une citoyenne qui plaisante devant une caméra n'engage qu'elle. Le sujet, c'est l'hymne.

Ce que « caca sur Bardella » laisse de la manifestation d'Orléans

La journée avait pourtant été pensée comme un grand rendez-vous. Olivier Faure, premier secrétaire du PS, la députée Clémentine Autain et Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis, marchaient en tête d'un cortège pour lequel 20 000 à 30 000 personnes étaient attendues. Il en a réuni environ 13 000 selon les autorités, jusqu'à 26 000 selon d'autres décomptes, soit « beaucoup moins de personnes que ce qui était annoncé », d'après le maire d'Orléans, Serge Grouard (divers droite).

Les slogans sérieux n'ont pas manqué, de « Macron démission, Le Pen en prison » à la pancarte « la jeunesse emmerde le Rassemblement national ». Le refrain les a éclipsés. Le même samedi, le ministère de l'Intérieur comptait 410 000 manifestants en France dans la mobilisation contre la vie chère. Le prix du plein ne figure pas au répertoire, qui s'en tient à trois fonctions naturelles et trois cibles.

Ces trois cibles forment d'ailleurs tout l'argument. Le refrain place le président du Rassemblement national sur la même portée que les nazis, sans un mot sur son programme, sur l'immigration, la sécurité ou le pouvoir d'achat. Il répond à un dossier politique par une affaire de toilettes, et l'électeur qui hésite à voter RN n'y apprend rien, sinon qu'il risque d'être rangé dans le couplet suivant.

Pourquoi le slogan anti-Bardella rend service au Rassemblement national

La veille du cortège, deux spécialistes avaient décrit le piège sur Public Sénat. L'historien Jean Garrigues voyait dans cette manifestation contre le congrès d'un parti légal, dont la candidate domine les sondages, « plutôt un aveu de faiblesse », et jugeait « anachronique » la posture du front antifasciste. Luc Rouban, du Cevipof, rappelait que le RN relève de la droite radicale et non du fascisme.

Le même chercheur estimait « un peu suicidaire de la part du PS de se positionner frontalement face au RN » : ce face-à-face pouvait laisser croire que le parti n'avait guère autre chose à proposer. Il parlait du vocabulaire antifasciste. Il ignorait encore que celui-ci recevrait, dès le lendemain, sa version pour école maternelle, et que les nazis y rimeraient avec pipi.

La filiation n'est pas glorieuse. « La jeunesse emmerde le Front national », tiré d'une chanson du groupe punk Bérurier Noir, date des années 1980. Près de quarante ans plus tard, le parti visé a changé de nom, sa candidate mène les sondages, et ses adversaires ont retouché la formule en supprimant ce qu'elle gardait d'adulte. La méthode a eu largement le temps de faire ses preuves.

Le refrain flatte ceux qui sont déjà convaincus, et 3 millions de vues ne font pas un bulletin de vote. Jordan Bardella, lui, a été réélu sans adversaire à la présidence du RN avec 98,98 % des voix ce même week-end. Le lendemain du cortège, à la tribune du congrès d'Orléans, il entonnait la Marseillaise.

Partager cet article

Partenaires

Vous pourriez aussi aimer

Suite