Saint-Denis : le maire Bally Bagayoko s'abstient sur un vœu contre l'excision
Par Dimitri Scudo
Le 24 septembre 2026, le conseil municipal de Saint-Denis a adopté un vœu contre l'excision, présenté par l'opposition socialiste, sans la voix du maire Bally Bagayoko, qui s'est abstenu avec sa majorité.

Une abstention qui interroge
C'est un vote qui aurait dû faire l'unanimité. Le 24 septembre 2026, lors du conseil municipal de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), un vœu contre l'excision, présenté par l'opposition socialiste et destiné notamment à répondre à une campagne pro-excision menée au Mali, a été adopté sans la voix du maire de la ville. Selon la délibération officielle, consultée par Marianne, le texte a recueilli huit voix pour et quarante-quatre abstentions, dont celle de Bally Bagayoko. Autant dire que le premier édile de l'une des communes les plus touchées par la précarité et les enjeux de protection des femmes a choisi de s'effacer sur un sujet où la République n'admet pourtant aucune ambiguïté.
L'excision est un crime. Ce n'est pas une opinion, c'est le droit français, et c'est une position que toutes les familles politiques, jusqu'à une date récente, partageaient sans barguigner. Qu'un maire, quel qu'il soit, conditionne son soutien à un texte contre les mutilations génitales féminines à des considérations d'étiquette législative mérite qu'on s'y arrête.
Une majorité qui marchande
Que s'est-il passé exactement ? Marianne a interrogé des participants à la séance et consulté son enregistrement. Il en ressort que la majorité municipale a conditionné son soutien au vœu au retrait d'une référence législative précise : la mention de la « loi intégrale » contre les violences sexistes et sexuelles. L'opposition socialiste a refusé de céder sur ce point. Résultat : la majorité s'est abstenue en bloc, entraînant le maire dans son sillage.
On mesure ici le glissement opéré par une certaine gauche radicale. La protection des femmes contre les mutilations ne vaut plus comme principe absolu : elle devient une variable d'ajustement, subordonnée à des querelles de chapelle politique. Le motif invoqué, aussi techniquement défendable soit-il dans l'esprit de ses auteurs, produit un effet dévastateur : sur un sujet où le consensus républicain devrait être total, la majorité de Saint-Denis a préféré faire valoir un désaccord partisan plutôt que de voter la condamnation d'une pratique barbare.
Un cafouillage révélateur
L'épisode ne s'arrête pas là. Toujours selon le récit de Marianne, le maire a annoncé prématurément le rejet du texte en séance, avant même d'avoir appelé les voix favorables. Un cafouillage de procédure qui en dit long sur l'état d'esprit du moment : la majorité semblait si certaine de son calcul qu'elle en a oublié les formes les plus élémentaires du vote. Le vœu a finalement été adopté grâce aux huit voix favorables de l'opposition, les quarante-quatre abstentions ne pouvant l'empêcher.
Ce détail n'est pas anecdotique. Annoncer un rejet avant le dépouillement complet, c'est traiter le conseil municipal comme une chambre d'enregistrement. La démocratie locale mérite mieux, et les électrices et électeurs de Saint-Denis aussi.
Le contexte qui rend l'abstention plus grave encore
Il faut rappeler ce qui justifiait ce vœu : une campagne pro-excision menée au Mali, pays dont une partie de la population dionysienne est originaire. Le texte n'avait donc rien d'un exercice symbolique abstrait. Il s'agissait d'adresser un message clair, depuis une ville française où vivent des femmes et des filles directement concernées, contre une entreprise de légitimation d'une pratique que la France réprime pénalement.
C'est précisément dans ce contexte que l'abstention prend toute son ampleur. Saint-Denis n'est pas n'importe quelle commune : c'est une ville où les questions de protection des femmes, de pressions communautaires et de recul des droits sont au cœur du débat public. Le maire avait l'occasion de tenir un langage de fermeté sans nuance. Il a choisi le calcul.
Un symptôme plus large
L'article de Marianne renvoie d'ailleurs à un dossier connexe, sur des chercheurs qui relativisent l'excision au nom de l'antiracisme. Le rapprochement n'est pas innocent : il dessine une continuité idéologique où la lutte contre les violences faites aux femmes se trouve de plus en plus souvent filtrée, hiérarchisée, voire suspendue, lorsqu'elle risque de bousculer certaines grilles de lecture. La droite le dénonce depuis des années : lorsque l'universalisme républicain cède devant le particularisme et la tactique politicienne, ce sont les femmes les plus vulnérables qui paient l'addition.
Bally Bagayoko et sa majorité répondront sans doute que leur abstention visait une référence législative, pas le principe du vœu. Mais en politique, les votes sont des actes publics, et ils signifient. S'abstenir sur l'excision, pour quelque raison que ce soit, c'est accepter que le message retenu soit celui-là. À Saint-Denis, le 24 septembre, l'opposition socialiste a voté la condamnation des mutilations génitales. Le maire, lui, s'est tu. Les habitants de la ville sont en droit de s'en souvenir.
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