Jean-Luc Mélenchon renonce au 20 heures de TF1 après l'interview d'Édouard Philippe
Par Dimitri Scudo
Le candidat LFI accuse Anne-Claire Coudray de reprendre des « calomnies racistes ». Édouard Philippe lui réplique sur X qu'il fait des « pilleurs » des « modèles d'intégration ».
Jean-Luc Mélenchon, candidat de La France insoumise à la présidentielle de 2027, a annoncé dimanche 1er novembre sur X qu'il n'irait pas au journal de 20 heures de TF1. Il met en cause la présentatrice Anne-Claire Coudray et Édouard Philippe, candidat Horizons et maire du Havre, interrogé le soir même sur la place de jeunes issus de l'immigration dans les pillages du 17 octobre.
Le message est parti quelques minutes après le passage de l'ancien Premier ministre : « Anne-Claire Coudray reprend à son compte les calomnies racistes d'Édouard Philippe. Lequel déroule son discours dégoûtant sans être interrompu. Lundi, je n'irai pas au 20 heures de cette chaîne. » Le candidat insoumis a écrit cela « sans plus de précision », relève Le Figaro. Trois phrases ont suffi pour le réquisitoire, l'absence et le verdict.
Ce qu'Édouard Philippe a dit au 20 heures de TF1
Après les émeutes du 17 octobre, Édouard Philippe avait jugé « patente » « la surreprésentation de jeunes issus de l'immigration » dans les violences autour des manifestations, et pointé « l'échec de l'intégration » depuis « plusieurs décennies ». Dimanche soir, dans le passage cité par l'AFP, Anne-Claire Coudray l'a interrogé sur ce point en une ligne : « Quelle conclusion avez-vous tirée de ce constat ? »
L'ancien Premier ministre a répondu : « Dans les images que nous avons vues des pillages, il y avait de fait un certain nombre et un nombre important de jeunes Français, sans doute, que je considère comme des Français, issus de l'immigration. Ce qui traduit un sujet qu'on doit regarder les yeux dans les yeux. » Il a ensuite défendu une réponse fondée sur l'école, la croissance et un service national obligatoire.
Le débat ne date pas de dimanche. Dans un entretien au Point, Édouard Philippe avait déjà déclaré : « Selon le mot de Péguy, il faut “voir ce que l'on voit”. L'échec de l'intégration dans notre pays depuis plusieurs décennies est incontestable. » Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, l'avait alors accusé de dériver « dans les eaux noires des préjugés racistes ».
Les faits dont il est question ont leur propre comptabilité : 2 397 interpellations et 997 policiers et gendarmes blessés le 17 octobre, près de 1 500 commerces pillés ou saccagés. Emmanuel Macron avait attribué le 18 octobre ces violences à des « factieux issus de groupuscules d'ultragauche, rejoints par de nombreux délinquants ».
Un rendez-vous que TF1 n'avait pas annoncé
Ni LFI ni TF1 n'avaient annoncé l'interview du candidat insoumis. Un proche de Jean-Luc Mélenchon avait seulement indiqué à l'AFP qu'elle était prévue dans la semaine, avant le meeting de LFI au Bourget, en Seine-Saint-Denis, samedi 7 novembre. Le mot « lundi » vient de son propre message. Le rendez-vous a donc reçu son annonce la plus large au moment de son annulation.
La chaîne n'est pas une tribune comme une autre pour lui : il y a officialisé sa candidature en mai. Le 5 octobre, devant des étudiants d'HEC, il avait annoncé vouloir paraître le moins possible sur les chaînes d'information en continu, en gardant, selon Public Sénat, deux exceptions : le 20 heures de TF1 et le média Brut. Pour ce lundi du moins, la liste a perdu la moitié de ses membres.
La réplique d'Édouard Philippe sur X
Dans la soirée, Édouard Philippe a répondu sur X, accusant son concurrent de faire des « pilleurs » et des « casseurs d'extrême gauche » des « modèles d'intégration » et des « victimes de la police ». Selon Epoch Times, il lui a reproché de vouloir censurer ses interlocuteurs et diviser le pays, et a défendu sa démarche : « Je veux dire les choses pour lui permettre de se redresser et de faire unité. »
Jean-Luc Mélenchon a répliqué sur le même réseau en accusant l'ancien Premier ministre de « clientélisme racialiste ». Depuis l'attentat raciste de Trappes, les Insoumis reprochent aux chaînes de télévision de laisser proliférer les paroles racistes d'extrême droite. Le candidat, qui compte 2,7 millions d'abonnés sur X, y a trouvé un plateau où personne ne l'interrompt.
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