CNews : la pétition réclamant sa fermeture dépasse 500 000 signatures, LFI applaudit
Par Dimitri Scudo
Déposée en juin à l'Assemblée, la pétition « Supprimer CNews » a franchi lundi le seuil d'un débat possible dans l'hémicycle. LFI y voit « un acte d'intérêt général ». CNews évoque une « pétition politique », selon Presse-citron.
La pétition « Supprimer CNews de l'audiovisuel français », déposée le 10 juin sur la plateforme de l'Assemblée nationale par Lucas Massoni, a dépassé lundi 2 novembre le seuil des 500 000 signatures. Elle réclame le retrait de la convention TNT de la chaîne et sa fermeture. La commission des affaires culturelles et de l'éducation, saisie du texte, doit désormais décider de l'examiner ou de la classer, avant que la conférence des présidents tranche sur un éventuel débat en séance.
Selon Presse-citron, CNews « refuse de commenter et évoque une « pétition politique » ». Son auteur ne fait pas mystère de son objectif : « CNews n'est pas une chaîne d'information. C'est une machine de propagande », affirme Lucas Massoni, qui avance 27 rappels à l'ordre de l'Arcom et 630 000 euros d'amendes depuis 2019. La pétition demande en toutes lettres « la fermeture de la chaîne ».
Une pétition contre CNews réveillée par l'attentat de Trappes
Pendant près de cinq mois, le texte a dormi dans un coin du site de l'Assemblée. Il s'est réveillé après l'attentat raciste de Trappes et de La Verrière, dans les Yvelines, qui a fait un mort le 23 octobre. Plusieurs responsables de gauche ont alors mis en cause la chaîne, et les compteurs ont suivi : 100 000 signatures jeudi 29 octobre, 200 000 vendredi, 300 000 samedi, puis plus de 500 000 lundi.
Le maire Génération.s de Trappes, Ali Rabeh, a donné le ton : « Il faut cesser de considérer que CNews est un média. » Le député insoumis Thomas Portes, qui avait déjà exigé la fermeture de CNews au lendemain de l'attentat, a écrit sur X : « Depuis des années, cette pseudo "chaîne" met une cible dans le dos des musulmans. » Le sénateur Yannick Jadot proposait quant à lui de couper l'antenne une heure à chaque dérapage.
Ce que la gauche réclame contre CNews
Le groupe LFI à l'Assemblée a publié lundi un communiqué titré « Demander la fermeture de CNews est un acte d'intérêt général ». Il y demande à l'Assemblée de « saisir les différentes instances compétentes ». Ces instances se résument en réalité à une seule, l'Arcom, que les insoumis accusent par ailleurs de n'avoir jamais osé retirer une autorisation de diffusion. La pétition sert donc de levier pour obtenir du régulateur ce qu'ils lui reprochent de ne pas oser.
Le député écologiste Benjamin Lucas-Lundy a résumé le débat à sa façon : « Il y a deux camps : celui de la République, de la démocratie (…) et le camp de la haine, du racisme, de CNews, du RN. » La République compte ainsi désormais une chaîne de télévision parmi ses adversaires. Deux de ses collègues écologistes ont réclamé dans le même temps le retrait des accréditations à l'Assemblée des médias du groupe Bolloré.
Le public visé n'a rien de marginal. CNews réunit autour de 3 % de part d'audience et arrive en tête des chaînes d'information en continu. Fermer une chaîne parce que sa ligne déplaît, c'est retirer à ses téléspectateurs le choix de ce qu'ils regardent, au nom d'un pluralisme qui s'accommoderait très bien d'une voix de moins. La liberté d'expression vaut d'abord pour les opinions qu'on ne partage pas.
Que peut réellement l'Assemblée contre CNews ?
Rien de direct. Une pétition n'a aucune portée législative, et un débat dans l'hémicycle n'entraînerait ni la fermeture de la chaîne ni l'ouverture d'une procédure par l'Arcom. Le seuil de 500 000 signatures n'impose même pas ce débat : la pétition contre la loi Duplomb a été discutée en séance, celle contre la présomption de légitime défense des policiers a été classée sans suite.
Le contrôle existe déjà, et il s'exerce. La loi du 30 septembre 1986 permet à l'Arcom de suspendre un programme, d'infliger des amendes ou de retirer une autorisation en cas de manquement grave. Le régulateur a frappé CNews de 100 000 euros d'amende en février, puis de 200 000 euros en juillet, une sanction que la chaîne conteste devant le Conseil d'État. Le gendarme sanctionne donc, mais sans fermer la boutique.
C'est précisément ce que les pétitionnaires lui reprochent. Avant tout débat dans l'hémicycle, la commission des affaires culturelles devra se prononcer sur la pétition numéro 5820.
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