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Budget 2027 : les chiffres de Bercy confirment une hausse des prélèvements, malgré la promesse de stabilité de Sébastien Lecornu

Par Clarence Azolina

Le projet de loi de finances 2027, transmis samedi par Bercy au Haut Conseil des finances publiques, prévoit une hausse des prélèvements obligatoires de 0,3 point de PIB et une dette qui atteindrait 121,7 % du PIB l'an prochain.

Budget 2027 : les chiffres de Bercy confirment une hausse des prélèvements, malgré la promesse de stabilité de Sébastien Lecornu

Sébastien Lecornu l'avait promis, Bercy vient de le démentir. Dans un entretien au Figaro publié jeudi, le Premier ministre affirmait encore : « Stabilité fiscale, nous n'augmenterons pas les impôts ». Deux jours plus tard, les chiffres transmis samedi au Haut Conseil des finances publiques (HCFP) par le ministère de l'Économie racontent une tout autre histoire : le projet de loi de finances 2027 prévoit bien une hausse des prélèvements obligatoires, qui atteindraient 44,2 % du PIB l'an prochain, contre 43,9 % en 2026.

Des chiffres qui contredisent la parole gouvernementale

L'écart peut sembler minime : 0,3 point de PIB. Mais dans un pays qui affiche déjà l'un des niveaux de prélèvements obligatoires les plus élevés du monde développé, chaque dixième compte, pour les ménages comme pour les entreprises. Surtout, le problème n'est pas tant l'ampleur de la hausse que la distance entre la promesse et l'acte. Quand un Premier ministre martèle une formule en une du Figaro quarante-huit heures avant que ses propres services publient des chiffres la contredisant, c'est toute la crédibilité de la parole publique qui s'érode. Difficile, ensuite, de demander aux contribuables de croire aux efforts annoncés.

Le document, sur lequel le HCFP doit désormais rendre un avis, confirme une autre tendance lourde : la dette publique continuerait de grimper pour atteindre 121,7 % du PIB en 2027. Un sommet historique, qui illustre l'impasse budgétaire dans laquelle la France s'enfonce année après année. Car c'est bien là le paradoxe de ce budget : les impôts augmentent, et la dette s'envole quand même.

Augmenter les impôts sans assainir les comptes

Cette double trajectoire résumée par les chiffres de Bercy est le cœur du problème français depuis dix ans. On ponctionne davantage sans jamais enrayer la machine à dépenser. La charge de la dette, d'après les informations des Échos, grimpe même plus vite que prévu, sous l'effet conjugué de l'accumulation des emprunts et du renchérissement des taux. Autrement dit : les contribuables paieront plus cher, non pour financer de nouveaux services, mais pour servir les intérêts d'une dette contractée hier.

Ce constat conduit à une question que le gouvernement préférerait éviter : à quoi sert réellement cette hausse des prélèvements ? Si elle devait garantir un retour vers l'équilibre, on pourrait en débattre. Mais si elle accompagne une dette à 121,7 % du PIB, c'est qu'elle sert à financer une dépense publique que l'exécutif renonce à réformer. Le diagnostic de droite est connu : tant que la maîtrise de la dépense ne sera pas la priorité, aucune promesse de stabilité fiscale ne survivra au premier projet de loi de finances. Le gouvernement Lecornu vient d'en fournir l'illustration la plus nette.

Un budget de coupes ciblées et de mesures symboliques

En filigrane de ce projet de budget se dessinent des arbitrages qui donneront du grain à moudre au débat parlementaire. Le gouvernement envisagerait de plafonner l'avantage fiscal des retraités à 3 000 euros, une mesure qui toucherait directement les seniors, électorat traditionnellement le plus fidèle aux urnes. Une coupe de 600 millions d'euros serait également à l'étude sur l'allocation de rentrée scolaire. De son côté, la Cour des comptes a remis sur la table la question de l'imposition des hauts patrimoines, sujet inflammable dans l'hémicycle.

Sur le plan politique, la stratégie de Sébastien Lecornu apparaît fragile. Le Premier ministre semble vouloir tenir deux discours à la fois : rassurer la droite en promettant la stabilité fiscale, tout en laissant filer les prélèvements pour ne pas toucher à la dépense. C'est exactement le type d'équilibriste qui contente tout le monde en apparence et ne convainc personne dans les faits. Les électeurs de droite, sensibles à la question fiscale, n'oublieront pas que la hausse a eu lieu sous un gouvernement qui affirmait le contraire. Quant à la gauche, elle réclamera de toute façon davantage de taxation.

Le verdict du Haut Conseil attendu

L'avis du HCFP, instance chargée d'évaluer la sincérité et la cohérence des prévisions budgétaires, sera scruté de près. Après les déconvenues des précédents budgets, où les prévisions de recettes et de déficit se sont régulièrement révélées optimistes, la vigilance de l'institution présidée par Pierre Moscovici sera un premier test de crédibilité pour ce projet de loi de finances.

Reste que le message envoyé samedi est déjà clair. Promettre la stabilité fiscale en une d'un grand quotidien puis transmettre un budget qui augmente les prélèvements, ce n'est pas seulement une faute de communication. C'est admettre, sans le dire, que l'État français a renoncé à la seule réforme qui permettrait de tenir ses promesses : celle de sa propre dépense.

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