Primaire de la gauche : Faure, Royal et Maurel n'écartent pas une alliance avec LFI, Glucksmann et Guedj dénoncent une soumission
Par Roman Thill
Lors du premier débat télévisé de la primaire social-démocrate sur LCI, mercredi 24 septembre 2026, les cinq candidats se sont violemment opposés sur une éventuelle alliance avec La France insoumise aux législatives, Ségolène Royal étant aussi mise en difficulté sur l'Ukraine et Gaza.

C'est un premier débat qui en dit long sur l'état de la gauche de gouvernement. Mercredi soir, sur LCI, dans une émission spéciale « Face aux Français » présentée par David Pujadas et longue de plus de trois heures, les cinq candidats à la primaire de l'espace social-démocrate , Raphaël Glucksmann, Emmanuel Maurel, Ségolène Royal, Olivier Faure et Jérôme Guedj , se sont affrontés avec une virulence rare. Au coeur des échanges : l'éternelle question d'une alliance avec La France insoumise aux législatives, mais aussi l'Ukraine et le conflit à Gaza.
La ligne de fracture LFI, toujours au même endroit
Le clivage est net, et il est ancien. Trois candidats ont refusé d'exclure un rapprochement avec LFI : le patron du Parti socialiste Olivier Faure, l'ex-candidate à la présidentielle de 2007 Ségolène Royal et le député Emmanuel Maurel. Face à eux, l'eurodéputé Raphaël Glucksmann et le député Jérôme Guedj ont dénoncé ce positionnement sans ménagement.
Jérôme Guedj s'en est pris directement à Olivier Faure, en revenant sur l'alliance conclue lors des législatives anticipées de 2024 : « La godille, c'est bon pour le ski, pas pour la gauche », a-t-il lancé, précisant qu'il « s'en fichait de la survie d'un groupe socialiste » à l'Assemblée, et reprochant à Faure de « glisser dans la soumission à La France insoumise ». « Pas d'insulte ! », a rétorqué Ségolène Royal, avant d'ajouter : « Si vous ne voulez pas faire d'alliance avec la gauche, vous voulez la faire avec la droite ».
Voilà qui résume assez bien le piège dans lequel la social-démocratie s'est elle-même enfermée : poser le choix en termes binaires, LFI ou la droite, comme si les années d'union avec les mélenchonistes n'avaient produit ni victoire ni clarification idéologique. Le Nouveau Front populaire de 2024 a certes sauvé des sièges, mais il a surtout validé la thèse que le PS ne pèse plus que dans l'orbite insoumise. Reconduire ce schéma, c'est moins une stratégie qu'une addiction.
L'argument du rassemblement contre l'extrême droite
Olivier Faure a justifié sa position par l'urgence électorale : « Arrêtons de cracher sur le reste de la gauche ! Si vous dites aux électeurs insoumis qu'ils sentent mauvais, ils ne viendront jamais ! » Le premier secrétaire du PS a appelé à s'occuper de l'extrême droite « qui pour la première fois depuis Vichy, effectivement, peut l'emporter ». Emmanuel Maurel a abondé : si « par malheur Marine Le Pen arrive à l'Élysée », il faudra « se rassembler » à gauche.
La rhétorique est connue, éprouvée même, et c'est bien le problème. Le « front républicain » invoqué à toutes fins utiles depuis des décennies sert désormais de prétexte à des alliances que leurs propres promoteurs présentent comme subies. Raphaël Glucksmann a opposé un raisonnement inverse, et arithmétiquement défendable : « pour battre l'extrême droite, y compris aux législatives, si vous arrivez avec une alliance avec LFI, vous perdez », Jean-Luc Mélenchon « fait trop peur à trop de monde ». On peut discuter la formule ; on peine davantage à la contredire sur les résultats. Chaque campagne où la gauche s'affiche unie avec les insoumis voit l'électorat modéré fuir, et le RN n'a jamais eu besoin de meilleur agent électoral.
Royal en terrain miné : Ukraine et Gaza
Plus tôt dans la soirée, les questions internationales avaient déjà tendu l'atmosphère. Ségolène Royal, qui avait attaqué ces derniers jours le favori du scrutin Raphaël Glucksmann en le traitant de « stagiaire », s'est retrouvée en difficulté en défendant l'idée de négocier avec la Russie. Selon elle, il faut « aider l'Ukraine à obtenir une paix juste et durable », mais « certains nous disent qu'on n'a pas le droit de parler de paix, sinon on est traité de poutinolâtre ».
Glucksmann a répliqué que Poutine « n'a aucune intention de négocier » avec les Européens, appelant à « aider les Ukrainiens parce que c'est notre première ligne de défense ». Le contexte ne joue pas en faveur de l'ex-candidate : au début de l'invasion russe en 2022, elle avait mis en doute la réalité de certains massacres avant de s'excuser, et se voit depuis régulièrement accusée de complaisance envers le Kremlin, ce qu'elle a réfuté mercredi soir.
Sur Gaza, la séquence a été encore plus délicate. Ségolène Royal a estimé que « la montée de l'antisémitisme n'est pas due à Israël » mais « aux actuels dirigeants » du pays, plaidant pour « plus de voix israéliennes et juives pour dire que ce qui se passe » à Gaza « est intolérable ». Une formule jugée « incroyable » par Jérôme Guedj : « Dire que c'est aux Juifs de se justifier du gouvernement israélien, c'est essentialiser le conflit ». Glucksmann a enfoncé le clou : c'est « avec ce type de discours qu'à la fin on se retrouve avec un père et ses enfants qui marchent dans la rue et qui se font traiter de génocidaires juste parce qu'ils ont une kippa ». De son côté, Olivier Faure a plaidé pour que le mot de génocide soit utilisé.
Une primaire qui révèle plus qu'elle ne départage
Au bout de trois heures de débat, une évidence s'impose : cette primaire ne désignera pas seulement un candidat, elle tranchera une question que la gauche refuse de trancher depuis 2017. Glucksmann et Guedj incarnent une ligne républicaine, pro-européenne, assumant une distance claire avec LFI , au risque de courir seuls et divisés. Faure, Royal et Maurel misent sur l'agrégat mécanique des voix de gauche , au risque de rééditer une union sans projet commun, dont le principal bénéficiaire s'appelle Rassemblement national.
Il y a quelque chose de paradoxal à voir celles et ceux qui prétendent barrer la route à Marine Le Pen adopter, précisément, la stratégie qui l'a le mieux servie jusqu'ici : présenter aux électeurs un duel entre l'extrême droite et une gauche verrouillée par Jean-Luc Mélenchon. Si la droite parlementaire, elle, a payé cher ses propres ambiguïtés passées, elle observe ce spectacle avec un enseignement simple : on ne gagne pas une élection en agrégeant des faiblesses, on la gagne avec une ligne. La primaire social-démocrate n'en a, pour l'heure, pas dégagé une seule.
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