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Immigration

Fraude aux allocations : à Nantes, un Érythréen soupçonné d'avoir touché 20 000 euros par an grâce à deux titres de séjour

Par Dimitri Scudo

Un Érythréen de 45 ans a été interpellé mardi à la préfecture de Nantes : il est soupçonné d'avoir perçu des allocations de la CAF et de la CPAM sous deux identités, en Loire-Atlantique et en Seine-Saint-Denis.

Fraude aux allocations : à Nantes, un Érythréen soupçonné d'avoir touché 20 000 euros par an grâce à deux titres de séjour

C'est une empreinte digitale qui a mis fin au manège. Mardi matin, un Érythréen de 45 ans s'est présenté à la préfecture de Nantes pour renouveler son titre de séjour, une démarche administrative des plus banales. Sauf que l'agent chargé du dossier a constaté que ses empreintes correspondaient à une autre identité, enregistrée en Seine-Saint-Denis. L'alerte remontée, la police aux frontières a interpellé l'homme et l'a placé en garde à vue, notamment pour escroquerie et obtention indue de documents administratifs auprès d'organismes sociaux, selon une source policière citée par Le Figaro.

Deux identités, deux départements, un même bénéficiaire

Selon les éléments recueillis par le JDD, le suspect détenait un titre de séjour en Loire-Atlantique depuis 2016 et un second en Seine-Saint-Denis depuis 2017. Les enquêteurs estiment à ce stade qu'il aurait perçu environ 10 000 euros d'allocations par an dans chacun des deux départements, auprès de la CAF et de la CPAM, soit quelque 20 000 euros annuels. Le dispositif aurait fonctionné pendant au moins deux ans, mais les investigations pourraient remonter davantage dans le temps, et le montant du préjudice être réévalué.

On retiendra d'abord ceci : pendant des années, deux administrations, deux caisses d'allocations et deux préfectures ont traité le même homme comme deux personnes distinctes, sans que rien ne se croise. Ce n'est pas l'astuce d'un fraudeur de génie qui est en cause, mais l'étanchéité défaillante de nos fichiers. Quand la droite réclame depuis des lustres l'interopérabilité des bases de données de l'État, on lui oppose le coût, la complexité, parfois le droit. Ce dossier illustre ce que coûte, en réalité, l'inertie.

Une réponse pénale annoncée, un préjudice à chiffrer

Après sa garde à vue, l'homme a été libéré. Il devra être entendu ultérieurement sur l'ensemble des faits. Le procureur de la République de Nantes, Antoine Leroy, a précisé au Figaro que « le mis en cause, qui présente toutes les garanties de représentation, sera de nouveau et ultérieurement entendu sur l'intégralité des faits qui lui seront reprochés », ajoutant qu'« une réponse pénale évidemment appropriée sera donnée » et que « les investigations doivent finalement porter sur de nombreuses années ».

Que l'intéressé bénéficie des garanties procédurales, c'est l'état de droit. Mais la question que pose ce cas va au-delà du sort judiciaire d'un individu : comment un étranger en situation régulière a-t-il pu obtenir puis renouveler deux titres de séjour sous deux noms différents, sans qu'aucun contrôle biométrique croisé ne sonne l'alarme avant 2026 ? La réponse tient sans doute à la sous-dotation chronique des préfectures et à l'absence de vérifications systématiques. Autant de sujets sur lesquels les gouvernements successifs ont promis des plans et livré des circulaires.

Une fraude qui pèse bien plus lourd qu'un fait divers

Cette affaire survient alors que le gouvernement affiche sa volonté de renforcer la lutte contre la fraude sociale. Le rappel est utile : la fraude à la sécurité sociale a été estimée à 14 milliards d'euros en 2025 par le Haut Conseil du financement de la protection sociale. Un chiffre qui relativise les débats habituels sur les économies à trouver dans le budget de l'État. Traquer sérieusement ces montants, c'est préserver la crédibilité du système de solidarité lui-même, et l'acceptation par les Français des prélèvements qui le financent.

Le dossier nantais n'est pas isolé dans sa nature. La Dépêche révélait récemment qu'une fonctionnaire de préfecture corrompue avait vendu, pour 400 000 euros, des titres de séjour à des narcotrafiquants originaires du Maroc. Deux affaires distinctes, une même leçon : le titre de séjour est devenu un document trop facilement contournable, dont l'intégrité conditionne pourtant l'accès aux prestations sociales. À droite, on y voit la confirmation qu'il ne suffit pas d'annoncer des chiffres d'expulsion ou des quotas : c'est la solidité de la chaîne administrative, de la délivrance des titres au versement des allocations, qui doit être reconstruite. Un lecteur d'empreintes a fait en une matinée ce que dix ans de discours n'ont pas accompli. C'est à la fois rassurant et consternant.

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