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Raphaël Glucksmann veut rendre inéligibles les condamnés pour haine raciale

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Sur BFMTV et RMC, le candidat PS-Place publique veut écarter des urnes les condamnés pour injure raciale, haine raciale ou antisémitisme. Interdire une idée serait « très compliqué » : il s'en prend donc à ceux qui la portent.

Raphaël Glucksmann ce lundi 2 novembre face à Apolline de Malherbe sur le plateau de RMC/BFMTV. Photo : BFMTV
Raphaël Glucksmann ce lundi 2 novembre face à Apolline de Malherbe sur le plateau de RMC/BFMTV. Photo : BFMTV

Raphaël Glucksmann, député européen et candidat PS-Place publique à la présidentielle de 2027, a proposé lundi 2 novembre, face à Apolline de Malherbe sur BFMTV et RMC, que les personnes condamnées pour injure raciale, incitation à la haine raciale ou antisémitisme ne puissent plus être élues. La gauche qui jure ne pas vouloir interdire les idées propose ainsi d'en écarter les porteurs du suffrage universel.

Une proposition née d'une question sur Éric Zemmour

La phrase répond à une question sur Éric Zemmour. Le candidat venait de regretter l'absence d'unité nationale après l'attentat raciste de Trappes. L'antenne lui rappelle alors un débat entre Jean-Luc Mélenchon et le président de Reconquête, puis demande : « Est-ce qu'aujourd'hui il faut débattre ou il faut l'interdire, l'interdire de parole ? » BFMTV, qui avait décommandé Éric Zemmour le 24 octobre, posait donc la question après y avoir répondu.

Raphaël Glucksmann écarte d'abord l'interdiction : « C'est très compliqué d'interdire une idée aussi abjecte soit-elle ou une idéologie. » Il passe ensuite à la condamnation pénale, avec cette formule : « Il faut faire en sorte que ceux qui sont condamnés pour injure raciale, incitation à la haine raciale ou antisémitisme ne puissent plus être élus. » Il y voit « la République exemplaire ».

Éric Zemmour, le candidat que tout le monde a en tête

Le cas concret est tout trouvé. Éric Zemmour, candidat déclaré à la présidentielle depuis le 17 septembre 2026, a vu sa condamnation à cent jours-amende de 100 euros pour complicité d'injure publique et provocation à la haine devenir définitive le 2 décembre 2025, pour ses propos sur les mineurs isolés. La question posée à Raphaël Glucksmann portait sur lui, et c'est bien en réponse à son sujet que la mesure est sortie du chapeau.

Une règle pénale plus sévère ne vaut que pour les faits commis après son entrée en vigueur : ces propos-là échapperaient à la loi nouvelle. La logique, elle, est limpide. Un adversaire politique ne se bat plus sur ses idées, il se retire de la course après un passage au tribunal. Le candidat de la République exemplaire laisse aux juges le soin de faire le tri parmi ses concurrents, ce qui épargne bien des débats.

Le juge à la place de l'électeur

C'est là que la proposition mérite d'être dénoncée pour ce qu'elle est : de la censure, déplacée du micro vers le bureau de vote. Une injure ou une provocation sont des délits de parole. Elles se punissent déjà d'une amende ou de prison. Y ajouter l'exclusion des urnes revient à décider à la place de millions de Français qui peut solliciter leur voix, au nom de mots que chacun reste libre de juger dans l'isoloir.

Le procédé n'est d'ailleurs pas isolé. Trois jours plus tôt, le sénateur Yannick Jadot, soutien de Raphaël Glucksmann, proposait un écran noir d'une heure sur CNews à chaque propos raciste. Le pouvoir de couper l'antenne d'un côté, celui de fermer le bulletin de vote de l'autre : le camp du candidat ne manque pas de sanctions à soumettre. Il manque seulement d'un argument pour convaincre ceux qui votent autrement.

Ce que la loi permet déjà

La loi n'a pas attendu cette idée. L'article 24 de la loi de 1881 punit d'un an de prison et de 45 000 euros d'amende la provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence raciale ou religieuse. Le tribunal peut y ajouter la privation d'éligibilité pour cinq ans au plus, et il décide au cas par cas. La possibilité date de 1990. La nouveauté compte donc trente-six ans.

Rendre cette peine obligatoire pour les délits de presse a déjà échoué deux fois. Le Conseil constitutionnel l'a censuré le 8 septembre 2017, en jugeant que « le législateur a porté à la liberté d'expression une atteinte disproportionnée ». Saisi du projet du gouvernement, le Conseil d'État a estimé le 25 juin 2026 que cette décision « s'impose au législateur ». Une exclusion automatique pour des mots, les juges constitutionnels l'ont donc déjà appelée par son nom : une atteinte à la liberté d'expression.

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